LA TRIBUNE

JÉRUSALEM QUEL DESTIN?

D’abandons en abandons, la ville de Jérusalem n’est-elle plus, pour l’Oc-cident chrétien, qu’un site histo-rique que les touristes visitent au même titre que Pétra, les pyramides de Guizeh et les temples de Louxor? Israël y occupe désormais, souveraine-ment, l’espace temporel et spirituel alors que l’Occident a perdu son âme.

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Un statut international pour Jérusalem avait fait l’objet naguère d’une résolution de l’ONU. Mais comme toutes les résolu-tions de l’ONU concernant la Palestine, celle-là est tombée en désuétude. La déci-sion d’Israël de faire de la Ville Sainte sa capitale, provoquait jadis l’opposition éner-gique de ce qu’on appelle la communauté internationale et toutes les puissances refusaient d’y transférer leur représentation diplomatique. On avait même vu des visiteurs officiels s’obstiner à n’être reçus qu’à Tel-Aviv. Depuis, ces positions se sont érodées. Le Congrès américain a pu même voter en 1996 le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis; la Maison-Blanche a décidé de surseoir à exécution de peur de troubler davantage un «processus de paix» déjà encombré d’obstacles. Ce n’est, en somme, que partie remise. Lorsque le 15 mai 1967, le gouvernement de M. Eshkol décidait de commémorer la fondation de l’Etat d’Israël par un défilé militaire à Jérusalem, ce fut un tollé général et le secrétaire général de l’ONU, appuyé par trente-quatre pays, rappelait alors solennellement que Jérusalem, aux termes d’une résolution onusienne, devait avoir le statut de ville internationale. Aujourd’hui, tous les représentants des gouvernements étrangers en visite sont reçus officiellement à Jérusalem, la partie arabe de la ville est réduite à la portion congrue, la judaïsation s’y développe résolument sans plus soulever en Occident que de timides et discrètes «représentations diplomatiques» afin de ne pas compromettre le «processus de paix» et non plus au nom de statut de ville internationale que personne n’invoque plus. M. Netanyahu peut proclamer tous les jours que «Jérusalem est la capitale réunifiée et éternelle d’Israël», que «Jérusalem n’est pas objet de négociation», sans provoquer plus d’émotion... sauf chez les Palestiniens et ce, seulement au nom des accords d’Oslo qui prévoient une négociation entre eux et Israël sur Jérusalem-Est.

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S.S. le Pape manifeste son profond espoir de se rendre en pèlerinage à Jérusalem. Mais il ne peut encore fixer la date de cette visite qui risque, dans les circonstances actuelles, d’être l’objet d’interprétations incon-trôlables. En 1963, Paul VI avait pu prendre la décision historique de se rendre à Jérusalem. Aucun chef de l’Eglise catholique n’était, jusque-là, retourné en Terre Sainte depuis le début de l’ère chrétienne. Il y avait été précédé, en 1959, par le patriarche Athénagoras. L’œcuménisme était, alors, en plein essor et Jérusalem apparaissait comme le meilleur lieu de rencontre des Eglises d’Orient et d’Occident. Lieu du pouvoir spirituel, alors que jadis Rome et Constantinople ensuite avaient été choisies parce qu’elles étaient déjà le siège du pouvoir temporel. Hélas! ces deux démarches n’avaient pas eu de suite. De plus en plus, Jérusa-lem est apparu comme la capitale du seul judaïsme, pendant que les lieux saints de la chrétienté et de l’islam étaient encerclés, placés sous contrôle militaire et entrouverts aux touristes pressés. Les images du parcours heurté du président Chirac tout récemment dans les rues de Jérusalem sont encore dans toutes les mémoires. S’il y a encore aujourd’hui une défense du caractère sacré de Jérusalem, elle se limite au Comité Al-Qods présidé par le roi du Maroc. Pour les puissances occidentales, il n’y a plus qu’une seule priorité: éviter tout ce qui peut troubler un «processus de paix», complexe et délicat, poursuivi sous l’égide des Etats-Unis qui n’ont qu’un souci: la sécurité des puits de pétrole du Proche-Orient. L’aspect spirituel du conflit de Palestine est ainsi complètement occulté. Or, cela risque bien de ne pas l’être toujours impunément. Le spirituel prendra sa revanche un jour ou l’autre sur cette terre prédestinée de toute éternité au symbolisme religieux. Ce sera une nouvelle phase d’une tragédie sans fin.

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Nul doute que ce problème préoccupe profondément la diplomatie vaticane. Traditionnellement, beaucoup plus discrète que d’autres, elle semble l’être encore davantage sur cette situation explosive. En venant au Liban, S.S. le Pape s’approche de la Terre Sainte où il a fait vœu de pèlerinage. Quand le pourra-t-il? et dans quelles conditions? Depuis Saül et Salomon jusqu’à Titus, jusqu’à nos jours, la terre de Palestine a vu les royaumes s’effondrer quand les conquérants posaient leurs assises à Jérusalem. «Mon royaume n’est pas de ce monde», ces paroles, qui ont été prononcées à Jérusalem il y a deux mille ans, résonnent encore comme une condamnation des entreprises de puissance et de violence dont la Ville Sainte continue d’être le théâtre.

RENE AGGIOURI.