EDITORIAL
Par Melhem KARAM
La colère palestinienne ne faiblira pas. Son ton haus-sera, alors qu’un courant arabe et humain en sa faveur s’amplifie. Ehud Olmert, maire de Jérusalem, qui s’évertue à en atténuer le ton, n’y parviendra pas, pendant que le tapage entretenu emplit toutes les oreilles. Les propos sont inexacts, selon lesquels beaucoup d’Israéliens croient que la Bible leur confère le droit de propriété sur l’ensemble de la Palestine. Quant à la colonie de Har Homa appartenant à des Israéliens, le président Yasser Arafat y voit une tentative de pêcher en eau trouble. Fayçal Husseini estime que la création de cette colonie pousse les Israéliens à jouer avec le feu. De même, l’état d’âme à l’ombre duquel vivent les Palestiniens, est celui-là même qui dominait avant l’ouverture du tunnel dans l’ancienne ville de Jérusalem, lequel avait provoqué les affrontements d’octobre. Quant à prétendre que les Israéliens possèdent la colonie de Har Homa, située dans les limites régionales de la Ville sainte, mais dans son secteur oriental occupé en juin 1967, ce sont des propos invoqués par les Palestiniens à titre d’anecdote et de sarcasme. Dans ses tentatives de faire taire les critiques formulées à haute voix, Ehud Olmert a indiqué qu’à proximité du nouveau quartier juif, il sera procédé à la construction de 3.500 logements dans dix quartiers arabes de la cité. Cette promesse est incomplète et incapable d’intégrer la colère des Palestiniens. Quant à Netanyahu, il continue à basculer de droite à gauche, cette position changeante étant attendue de sa part, depuis le jour où il a eu le «courage» de signer un accord avec Yasser Arafat autour du redéploiement de l’armée israélienne à Hébron, ce qui a suscité un vif mécontentement parmi ses compagnons de la droite nationaliste. Yitzhak Shamir, ancien Premier ministre israélien, «qui reste jeune», en dépit de ses quatre-vingts ans dont il porte gaillardement le poids, est entré en action, encourageant vingt députés de la droite extrémiste et menaçant le gouvernement de provoquer sa chute, s’il ne donne pas le feu vert en vue de la création de la rue juive à Jérusalem-est. Pendant ce temps, Netanyahu a commencé à prodi-guer les garanties et un engagement à une fraction déterminée de la droite dont il a besoin pour gouverner, celle-ci ne digérant pas les concessions substantielles données aux Palestiniens et aux... Américains. Il n’y a rien de mieux et de plus seyant que Jérusalem, en tant que scène où un leader israélien peut agir en vue de se redonner une «virginité» nationale. L’an dernier, au cours de la campagne électorale, le leader du Likoud a enregistré des points. Maintenant, il accuse son concurrent gauchiste de vouloir amenuiser la souveraineté israélienne sur «la capitale éternelle du peuple juif» s’il est réélu. Aujourd’hui encore, lorsque Netanyahu choisit de contenter les faucons de son parti, en faisant construire des logements juifs dans la zone palestinienne, il admet, implicitement, avoir l’assurance que les griefs et critiques émanant de la gauche resteront modérés, parce qu’ils sont motivés par la peur d’être taxés de traîtrise, comme s’ils dénoncent le système de la ville. Attiser la convoitise des Israéliens vis-à-vis de Jérusa-lem est dangereux, en un temps délicat pour Netanyahu, alors que s’élargit à l’horizon un scan-dale politique, à propos duquel Netanyahu a été interrogé par la police... La politique visant à détourner l’attention du scandale, peut être un acte intelligent en politique intérieure. Cependant, il reste explosif par rapport aux Palestiniens et tous ceux qui gravitent sur la scène de la paix. Mais toute gaffe diplomatique dans la manière de traiter avec la visite d’Arafat en Amérique, aggrave la situation. Car Arafat n’hésitera pas à dénoncer cela devant le président Clinton qui doute, publique-ment, de bien des comportements de Benjamin Netanyahu. Et Arafat ne manque pas de preuves pour montrer qu’Israël modifie, dans son intérêt, la situation à Jéru-salem, alors que le sort de la ville fait maintenant partie des sujets à discuter et devant être tranchés lors des négociations autour de la position stable des Pales-tiniens avant la fin de l’étape transitoire, en 1999. De là, la détermination israélienne est confrontée à une opiniâtreté irréversible des Palestiniens de proclamer Jérusalem comme leur capitale. C’est pourquoi, il est indubitable qu’un arrangement soit opéré autour de cette question, si les Palestiniens et les Israéliens sont réellement désireux d’éviter à cette Ville sainte de devenir le champ des guerres futures. En octobre, Netanyahu a réalisé combien est cher le prix de l’agression contre les pierres du vieux Jérusa-lem. De fait, l’aménagement du tunnel fertile en vestiges a causé soixante-cinq victimes. Le cadre a été délimité de nouveau depuis quelques jours. Les Israéliens y ont inhumé l’un de leurs morts, assassiné au cours d’une manifestation près de Jérusa-lem. En dépit de son réalisme politique apparu à Hébron, Netanyahu reste un petit jouet sur la scène du processus de paix, semée de fils barbelés et de mines violemment explosives.