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Cheikh Séoud Nasser As-Sabbah entre
MM. Melhem Karam et Saër Karam.
LE PROCESSUS DE PAIX EST GELÉ PAR LA
FAUTE D’ISRAËL
- A votre avis, la paix est-elle imminente?
«Nous souhaitons la réalisation de la paix juste, globale
et permanente au profit de tous les peuples de la région. Cependant,
j’estime que le processus de paix est limité. Ce processus s’est
arrêté après la signature d’un accord avec la Jordanie
et d’autres accords avec les Palestiniens; il est gelé pour le moment,
car il en est qui ne désirent pas voir l’opération de la
paix évoluer de la manière où elle avait été
entamée précédemment. «Il est clair qu’Israël
persiste dans son intransigeance, les dernières déclarations
de Benjamin Netanyahu laissant insinuer qu’il existe des conditions non
proclamées pour la reprise des négociations. Ces conditions
pourraient être la cause du gel des pourparlers israélo-arabes.
«Ce qui nous importe en premier lieu, ce sont l’avenir du Liban et
son destin. Je répète ce que j’ai déjà dit
dans le passé: le Liban en paye trop cher le prix. Je doute donc
de l’imminence de la paix dont le Liban paye le prix en ce moment».
- Ne croyez-vous pas que les Etats arabes ont commis une erreur en
s’empressant de normaliser leurs relations avec l’Etat hébreu?
«La position du Koweit était claire dès le début:
nous n’avons envisagé aucune normalisation avant l’aboutissement
du processus de paix avec la satisfaction des frères en Syrie et
au Liban. Chaque Etat a ses intérêts et, en dépit des
pressions auxquelles nous sommes soumis, nous nous en tenons à nos
positions, car nous estimons que nos relations avec le Liban et la Syrie
priment toute autre chose».
OPTIMISTE QUANT À L’AVENIR DU LIBAN
- Le Liban est-il appelé à vivre des jours paisibles et de
bien-être?
«Je le souhaite. Cependant, il existe encore des éléments
ayant provoqué la guerre civile au Liban, notamment, la présence
d’Israël au Sud et de forces non-libanaises. Ces éléments
risquent de faire exploser la situation à tout moment. Puis, les
Libanais sont appelés à sceller leur unité, en répudiant
les germes de discorde, l’unité nationale étant plus importante
que tout. «Il semble que la direction libanaise s’oriente dans ce
sens. J’ai senti au moment où je me trouvais au Liban, que l’armée
libanaise est constituée de tous les éléments précédemment
antagonistes mais se soucient, maintenant, de réunifier le rang
pour préserver la souveraineté nationale. C’est un bon indice
pour ce pays frère et nous sommes optimistes quant à l’avenir».
- L’option «Liban, d’abord» proposée par l’Etat
hébreu, est-elle sournoise et hypocrite?
«La politique israélienne est connue depuis longtemps,
en ce sens qu’Israël agit aux fins d’engager des négociations
séparées avec chaque Etat arabe, non avec tous les pays arabes
réunis. C’est ce qui s’est produit avec l’Egypte, la Jordanie et,
à présent, avec les Palestiniens. «Je crois que l’option
«Liban, d’abord», vise à isoler la Syrie pour rester
seule face à Israël. La politique est faite d’hypocrisie et
de sérénité d’intentions. L’Etat hébreu sait
bien que le Liban n’engagera pas de négociations sans la Syrie».
SITUATION AMBIGUË AU P.O.
- Tel-Aviv s’emploie-t-il à torpiller «l’arrangement
d’avril»?
«Israël est habitué à torpiller les accords
conclus selon que le lui dictent ses intérêts sécuritaires.
Nous observons le pilonnage quotidien du Liban-Sud par l’artillerie israélienne.
Il faut mettre un terme à ces agressions permanentes de quelque
manière que ce soit, car si cet état de choses devait se
perpétuer, il provoquerait une plus grande explosion. «Maints
points d’interrogation se posent autour des conditions secrètes
avancées par Tel-Aviv pour relancer le processus de paix. Actuellement,
la situation est ambiguë, surtout par rapport au Liban et a besoin
d’être élucidée».
- Des Etats arabes du Golfe se disent disposés à établir
des relations avec le régime irakien; qu’en pensez-vous?
«Je ne crois pas qu’un Etat du Golfe voudrait renouer avec ce régime.
Des problèmes devaient être réglés pour mettre
un terme à la dure épreuve du peuple irakien, mais après
l’accord «Nourriture contre pétrole», ces problèmes
sont en voie d’être résolus. Nous avons été
les premiers à venir en aide aux sinistrés irakiens quand
ils se sont réfugiés en Iran. «Quoi qu’il en soit,
nous resterons les voisins de l’Irak, si grand que soit le conflit qui
nous oppose au régime de Bagdad. Il n’est dans l’intérêt
ni du Koweit, ni d’aucun pays du Golfe de rompre le contact et le dialogue
avec le peuple irakien à l’avenir, car le conflit nous oppose au
régime de Bagdad et non au peuple irakien. «L’homme envisage
l’avenir politique et l’équilibre des forces dans la région
qui sont plus importants que le régime irakien. Aussi, sommes-nous
dans l’attente de l’Irak d’après Saddam».
RELATIONS FRANCO-LIBANO-ARABES
- Comment qualifiez-vous les relations franco-arabes, surtout libanaises,
à l’ombre de l’action française visant à relancer
le processus de paix?
«Le Liban entretient des relations spéciales avec la France
qui a, depuis longtemps, un rôle stratégique dans votre pays.
L’intervention de la France dans l’opération de paix peut être
positive et donner satisfaction, d’autant qu’elle sent ce rôle lui
échapper au plan mondial, alors que les Etats-Unis exercent leur
hégémonie sur les positions stratégiques dans le monde.
«L’entente entre le Liban et la France autour de la paix, je la considère
comme une initiative positive que votre pays ne doit pas laisser passer.
«Puis, il existe un accord entre les grandes puissances autour de
la paix et toute participation française visant à sauvegarder
la sécurité du Liban et sa stabilité ne peut que lui
profiter».
- Ne pensez-vous pas que le désir des Arabes de voir l’Europe
assumer un rôle, se heurte à l’hégémonie américaine
qui veut tout accaparer?
«L’unité européenne constituera une force concurrente
aux USA par rapport aux intérêts économiques, militaires
et politiques US. Cependant, je crois que l’Amérique restera la
force politico-militaire la plus puissante dans le monde, d’autant que
les Etats européens sont divisés par maints problèmes
d’ordre politique».
ALBRIGHT LA «MARGARET THATCHER»
US
- Quand vous étiez ambassadeur à Washington, avez-vous
eu l’occasion de faire la connaissance de Mme Madeleine Albright, nouveau
chef du département d’Etat?
«Ses prises de position aux Nations Unies étaient bonnes par
rapport au Koweit et je l’appelle la «Margaret Thatcher des Etats-Unis»,
car elle se distingue par la fermeté de ses attitudes. Elle jouit
d’une forte volonté et le président Clinton lui prête
une oreille attentive. Je crois qu’elle mènera la diplomatie américaine
mieux que Warren Christopher. Ce qui nous importe, c’est sa position envers
les problèmes du Golfe, en général et, en particulier,
du Koweit. “En ce qui concerne le Proche-Orient, je suis rassuré
par la présence de Mme Albright et de ses collaborateurs au département
d’Etat, notamment du secrétaire pour les affaires politiques qui
jouit d’une longue expérience et, de ce fait, renforcera la politique
américaine dans le Golfe et au Proche-Orient”.
IRAN-KOWEIT
- Comment qualifiez-vous les relations koweito-iraniennes?
“Elles sont bonnes et évoluent d’une manière ferme. Nous
considérons ces relations avec méfiance, car ce qui se passe
en Iran nous incite à rester vigilants et à nous méfier
des intentions iraniennes. “Nous souhaitons que l’Iran ne s’immisce dans
les affaires intérieures d’aucun pays du Golfe et, spécialement,
du Koweit, car c’est une question très importante. L’Iran est un
grand Etat dans la région et il est de l’intérêt des
Etats du Golfe de rester au sein du système sécuritaire de
la région et non en dehors de ce système. “La République
islamique doit veiller au maintien de l’équilibre des forces dans
la région. Il nous répugne de voir cette dernière
vivre dans la tension, à cause de la présence de forces étrangères.
Toujours est-il que nous sommes tenus d’adopter une telle position, car
la vision futuriste n’est pas claire.”
- L’entité appelée “Etats signataires de la déclaration
de Damas” est-elle en voie de concrétisation totale ou bien reste-t-elle
dans le cadre de la coordonnation entre les huit pays?
“Cette question devrait être adressée à cheikh Sabah,
parce qu’il participe aux réunions des pays signataires de la “déclaration
de Damas”. D’après mes renseignements, nous nous en tenons à
toutes les clauses du point de vue politique, économique et sécuritaire.
Des obstacles sont suscités par des pays autres que le Koweit qui
a intérêt à ce que cette “déclaration” soit
appliquée, afin de garantir la sécurité et la stabilité
de la région, bien qu’il existe parfois des opinions contradictoires”.
PAS DE GUERRE AU P.O.
- La guerre est-elle encore possible avec Israël, suite à
la position juste et ferme de la Syrie?
“Je ne crois pas que le Proche-Orient connaîtra une nouvelle guerre
maintenant. Si celle-ci venait à éclater, elle ne serait
pas dans l’intérêt des Etats arabes de la région, car
la force militaire israélienne l’emportera. “Nous devons éviter
toute confrontation et recourir aux concertations politiques pour favoriser
le processus de paix.”
- Israël pourrait-il procéder à un retrait subit
de ses troupes du Liban-Sud, en vue de provoquer une perturbation au plan
sécuritaire?
“Israël a une seule position et invoque des considérations
d’ordre sécuritaire de ses frontières nord, afin de justifier
son occupation du Liban-Sud. Je ne crois pas que la situation géographique
et sur le terrain a changé par rapport à l’Etat hébreu,
c’est pourquoi, je ne crois pas qu’il s’engagera dans l’aventure du retrait.
Naturellement, il est capable de protéger ses frontières
sans avoir besoin d’occuper des portions du territoire libanais. Cependant,
son occupation du Sud et de la Békaa ouest constitue une pression
visant à contraindre le Liban à engager des négociations
de paix; mais il s’y oppose et la situation ne changera pas pour le moment.”
- Les visites effectuées par des dirigeants arabes aux Etats-Unis
pour y rencontrer le président Clinton, donneront-elles les résultats
qu’ils en escomptent?
“J’ignore, personnellement, l’objet de ces visites et leur programme
de travail. Je n’y trouve rien d’autre que des concertations au début
du nouveau mandat du président Clinton.”
QUID DE L’ACTION DE CLINTON AU P.O.?
- Le chef de la Maison-Blanche œuvrera-t-il plus activement lors
de son second quadriennat à l’effet d’instaurer la paix dans la
région?
“Il pourrait prendre des décisions fermes, car il ne pourra
plus briguer un troisième mandat. Cela dépend des parties
qui procèdent à une évaluation de la situation à
partir de Washington. En ce qui me concerne, je ne constate pas encore
une action efficace de la part des Etats-Unis depuis le renouvellement
du mandat du président Clinton, car les concertations en vue des
prochaines élections ont d’ores et déjà commencé
au sein des partis. “Au cours de son nouveau quadriennat, le président
américain, étant donné la majorité républicaine
qui domine le Congrès, ne peut prendre des décisions sans
revenir à ce dernier.”
- Que pensez-vous de ce qui se passe en Algérie?
“Il s’agit d’une affaire algérienne intérieure dans laquelle
je refuse de m’immiscer”.
BAHREIN - QATAR
- Le Koweit jouit-il d’une stabilité au plan sécuritaire?
“Il n’existe, Dieu merci, aucun problème à ce plan dans
la principauté. Cependant, ce qui nous préoccupe, c’est de
préserver la sécurité du Koweit contre toute ingérence
extérieure; ceci figure en tête de nos priorités.”
- Qu’auriez-vous à dire à propos des relations qataro-bahreinies?
“D’excellents indices ont été couronnés par la visite
du ministre des Affaires étrangères de Qatar à Bahrein
et par leur décision d’échanger des ambassadeurs à
travers l’ouverture de nouvelles missions diplomatiques. Puissent les bonnes
initiatives se poursuivre dans l’intérêt des deux pays”.
- Quoi de nouveau à propos du conflit autour des trois îles?
“Nous nous en tenons aux décisions du sommet du Conseil de coopération
du Golfe et nous espérons que cette affaire sera tranchée
par la Cour internationale de Justice, car la persistance du litige avec
l’Iran aura pour conséquence de compromettre les relations entre
les pays de la région”.
POURQUOI UN SOMMET ARABE?
- Le moment est-il propice à la tenue d’un sommet arabe auquel
prendraient part tous les Etats membres de la Ligue? “Pourquoi un sommet
arabe et quel en serait l’objectif? Voulons-nous susciter de nouveaux différends
interarabes?
“Je n’en vois pas la justification et le sommet ayant tenu ses assises
au Caire nous suffit à l’heure actuelle”.
- Un désir international s’est manifesté en faveur
d’une conférence mondiale sous l’égide des Nations Unies,
en vue de combattre le terrorisme. Quel est votre avis à ce sujet?
“Il y a eu une tentative destinée à définir le
terrorisme. Quand j’étais en poste à l’ONU, la question suivante
a été posée: La résistance doit-elle être
considérée comme du terrorisme ou pas? Des divergences se
sont manifestées, alors, sur ce point et l’organisation internationale
n’est pas parvenue à donner une définition du terrorisme.
“Naturellement, nous vivons dans une région exposée à
ce fléau, conséquemment à des différends politiques
et à des causes d’ordre personnel ou partisan. La situation connue
par le Liban, le Koweit en a pâti dans les années quatre-vingts.
Plus d’une opération terroriste a été exécutée
dans l’émirat, mais je crois que par leur coopération et
leur solidarité, les pays du globe parviendront à mettre
un terme au terrorisme”.
NOUS RESPECTONS LES DROITS DE L’HOMME
- Parmi les détenus libérés au Koweit à
l’occasion de la fête nationale et de l’anniversaire de la libération,
on a dénombré dix Jordaniens, d’un total de trente et un
prisonniers qui ont été élargis, précédemment,
ce qui constitue un respect des droits de l’homme, ainsi que l’ont témoigné
la Commission internationale des droits de l’homme et la Croix-Rouge internationale.
Qu’auriez-vous à dire à ce sujet?
“Vous avez répondu vous-même à la question. Les
portes de nos prisons sont ouvertes à la commission internationale
d’amnistie, à la Croix-Rouge et au Croissant Rouge qui ont toute
latitude de pénétrer dans les pénitenciers koweitiens
où nous veillons à respecter les droits de l’homme, comme
c’est le cas, en dehors des prisons. “D’ailleurs, plusieurs ambassadeurs
s’y sont rendus et en ont rapporté d’excellentes impressions. “Quant
à la libération des détenus à l’occasion de
la fête nationale, elle a été approuvée en vertu
d’un ordre princier; il y a eu parmi les personnes libérées
dix de nationalité jordanienne”.
- Quel sort sera réservé à la requête
par laquelle le Yémen demande à adhérer au Conseil
de coopération du Golfe?
“Il ne remplit pas les conditions l’habilitant à en faire partie”.
- Comment qualifiez-vous les relations jordano-koweitiennes?
“Il n’y a rien de nouveau à signaler à ce sujet”.
LA PRESSE DOIT RESTER LIBRE
- Vous vous dites fier de la liberté telle qu’elle est pratiquée
au Koweit. Que pensez-vous de la manière dont cette liberté
est exercée quotidiennement par les mass média koweitiens?
“Bien des opinions sont exprimées au Koweit à propos de cette
question. D’aucuns se plaignent et blâment la Presse koweitienne,
la tenant pour responsable de bien des problèmes internes. Je ne
suis pas de cet avis, car la Presse doit être libre; ceci est dans
sa nature. “La responsabilité ne retombe pas sur la Presse koweitienne,
mais sur ceux qui lui accordent des interviews et suscitent des polémiques”.
- Etes-vous satisfait de l’information officielle dans la principauté
et de son évolution sur le plan médiatique?
“Nous détectons beaucoup d’ambition dans ce domaine, la Presse
officielle jouissant de la liberté d’expression, ce qui cadre avec
l’orientation fondamentale au Koweit. Je suis donc satisfait de la Presse
officielle qui continuera à évoluer. “L’important pour nous
est l’évolution sur le plan humain et nous avons franchi une grande
étape dans la réhabilitation des éléments humains
qui constituent la base et nous atteindrons le niveau requis, s’il plaît
à Dieu”.
- Des députés s’emploient à faire délivrer
de nouvelles licences de journaux. Quelle est la position du ministère
de l’Information envers cette question?
“Nous avons émis notre avis à ce sujet au cours de la précédente
session parlementaire, en mettant en garde contre les risques d’une telle
affaire. J’admets qu’il faut mettre un terme à l’accaparement des
licences. Toujours est-il, qu’il y a lieu de craindre plus de chaos dans
l’émirat et il n’est pas dans l’intérêt de la principauté
qu’il y ait plus de journaux politiques dont le nombre actuel est suffisant”.
- Le Koweit projette-t-il de procéder à des expériences
spatiales?
“Un vaisseau spatial koweitien sera lancé à la demande de
S.A. l’Emir Jaber et le ministère des Communications est en train
de négocier avec des firmes spécialisées en vue de
lancer le vaisseau spatial koweitien”.
- Que diriez-vous des canaux de télévision par satellite?
“Leur nombre est devenu élevé et la concurrence entre
les stations devient de plus en plus âpre. Quoi qu’il en soit, la
télévision du Koweit reste la station fondamentale pour les
Koweitiens, tout homme ayant la liberté d’assister aux programmes
de son choix; chacun selon ses goûts”.
SAËR MELHEM KARAM
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