Chronique


Par José M. LABAKI.

ATREVIDO (1) EL SEÑOR EMBAJADOR

Avec toute la considération qu’on lui doit, l’ambassa-deur des Etats-Unis M. Richard Jones vient de se livrer à une incartade non des moins graves. A sa sortie de l’hémicycle Place de l’Etoile, où l’on commémorait la fatidique journée du 14 mars, face à une Assemblée en colère, il n’a pas hésité à plaider haut et fort en faveur d’un «Israël tout puissant». Et comme pour atténuer la gravité des propos, il a ajouté: «un Israël capable de faire la paix». Si cela s’était passé ailleurs, que de blâmes n’aurait-il pas essuyés, dont le moindre eût été d’être déclaré «persona non grata». Par bonheur, il se trouve au Liban, pays de tolérance, où tout est permis et pardonné. Certes, de tous temps, les Etats-Unis ont fait violence aux Arabes, Liban inclus, en faveur d’Israël. Il est grand temps que cette dérive morale et diplomatique prenne fin, le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël va crescendo à tous les niveaux et dans tous les domaines au détriment de ses voisins dont la méfiance à son égard est au bout du tunnel. Pour mémoire et pour votre gouverne monsieur l’ambassadeur, une brève rétrospective de ces anomalies s’avère nécessaire. La connivence entre Etats-Unis et Israël est devenue un principe irrévocable de la thématique américaine au Proche-Orient. Elle témoigne des erreurs de calcul et d’appréciation dont seuls sont capables les dirigeants américains, sous prétexte qu’Israël, à son corps défendant, exerce simplement son droit légitime d’auto-défense. Les vetos américains tant à l’ONU qu’au Conseil de Sécurité, ne se comptent plus, alors que les résolutions condamnant Israël, en plus d’êtres rarissimes, ne sont jamais respectées.

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Au moment même où une population outrée, crie toute sa colère face à ses malheurs, l’am-bassadeur américain, est venu verser de l’huile sur le feu au moment où la situation explosive qui prévaut au Sud-Liban et dans la Békaa Ouest, l’assassinat déli-béré d’une population sans dé-fense, dans l’aveuglement et l’in-conscience d’une Communauté internationale manipulée par les Etats-Unis, est réduite au rôle de pompier, de faux-jetons alors que c’est celui du Bon Samaritain, qu’elle aurait dû jouer. Face à ces ambiguïtés, les Liba-nais ne savent plus ni à quoi, ni à qui s’en tenir, seule la France et à la rigueur la communauté euro-péenne, tiennent à cœur le pro-blème libanais. La guerre israélo-arabe, de son vrai nom, ne leur paraît aussi criminelle et meurtrière, que parce qu’elle les atteint dans leur propre chair. L’impassibilité de la Com-munauté internationale sous tutelle américaine, face à ce drame ce «raidissement de la bête à l’abat-toir», les fait rougir d’indignation. D’une manière sordide, elle ne fait que raviver les haines qu’ils croyaient à jamais oubliées. Et si la Justice intervient par mégarde, c’est pour trancher, non en faveur des victimes innocentes, mais en faveur des bourreaux. Monsieur l’ambassadeur, les Libanais revendiquent à bon droit, la récupération des territoires arbitrairement occupés par Israël, il faut les comprendre, au lieu de faire la sourde oreille. Ce ne sont pas les Nations-Unies dont ils connaissent l’im-puissance, ni la realpolitik amé-ricaine qu’ils souhaiteraient voir triompher, mais le principe du droit qui interdit de se faire justice à soi-même et qui doit s’appliquer à tout le monde. Il est grand temps que le droit prenne le pas sur la force. Des politiques abracada-brantes, les Libanais en ont haut le cœur! Chaque fois qu’Israël est mise en cause, tous les présidents américains sont convaincus, que l’alliance avec celui-ci constitue le pilier principal de la stratégie américaine dans cette partie du monde. Bill Clinton n’a pas dérogé à ce principe. Depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier 93, il n’a cessé d’œuvrer dans cette di-rection. «Désormais, dit-il, il faut qu’Israël soit à l’abri de toutes les menaces d’où qu’elles viennent». Et comme pour donner toute son acception à l’avertissement, il a argué: «toute politique allant à l’encontre de cette stratégie, doit être colmatée, aussi élevé qu’en puisse être le prix».

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L’alliance israélo-américaine, montée de toutes pièces, enracinée dans la tradition, et dont la dimen-sion s’élargit de plus en plus dans les domaines militaire, économi-que et diplomatique, devrait alerter la conscience arabe jusqu’à présent somnolente, à l’heure où une dynamique arabe commune à l’égard du redoutable tandem israélo-américain, devrait être mise en œuvre, sinon la débâcle est inévitable! Le syndrôme israélien vivant et contagieux, frappe à la porte, le monde va-t-il graviter à jamais dans son orbite? En théorie comme dans la pratique, l’administration américaine, va-t-elle prendre cons-cience de toutes ces évidences sur le terrain? L’heure de vérité a sonné. Une nouvelle détérioration de la situa-tion déjà explosive, conduirait derechef à la balkanisation, et c’est peu dire, de la crise moyen-orien-tale. Les Israéliens, sous la houlet-te américaine sont capables de toutes les aventures. C’est à la conscience internationale et arabe d’agir en conséquence avant l’apo-calypse! C’est d’une nouvelle Pentecôte de paix que le monde a besoin et non d’une logique de guerre des-tructrice et meurtrière.

(1) Effronté.


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