Bloc - Notes


Par ALINE LAHOUD..

LES MARCHANDS DE SALADE

L’eau est polluée à 70%. La mer l’est dans les mêmes proportions. Le taux de pollution de l’air est trois fois supé-rieur à la moyenne internationalement tolérée. Quant à la pollution par le plomb contenu dans l’essence, elle se situe entre 6,5% et 21,5% microgrammes, alors que le taux admissible est de 1,5% mgr. Ce n’est pas Greenpeace qui le prétend, ni l’un de cette sale engeance de journaliste, que les autorités chargent de tous les péchés, qui racontent de telles ignominies, mais M. Akram Chéhayeb, ministre de l’Environnement, sous le règne de Rafic 1er. Drôle de ministre, dira-t-on. Peut-être. Mais c’est bien la première fois, depuis la nuit des temps, qu’il nous est donné de trébucher sur un ministre qui dit la vérité. Tout à fait étrange dans un pays et sous un régime, où mentir est devenu à la fois une méthode de gouvernement et un sport national. Tout le monde ment à tout le monde et personne ne croit personne. Tant et si bien que tout finit par se transformer en un mystère d’une épaisseur telle qu’en comparaison, les énigmes du Sphinx apparaîssent comme des devinettes débiles pour attardés mentaux. Ces mensonges sont-ils destinés à dissi-muler des secrets qui menaceraient l’existence de la planète? La vérité est-elle à jamais condamnée à être en opposition avec la raison d’Etat? Ou bien les fourberies des scapins qui nous gouvernent ne sont motivées que par une politique en bâtons de chaise axée sur trois constantes majeures: l’improvisation, l’irré-flexion et la précipitation, le tout finissant par déboucher sur des bévues phénoménales? Personne n’a encore oublié ces quelques jours avant Noël qui ont vu les forces de sécurité fondre sur des citoyens respectables pour les mener, en pleine nuit, vers une destination inconnue et ne les relâcher que plusieurs semaines plus tard, sans explication ou inculpation. Bavure, dit-on. Vraiment? Quant à l’affaire de l’Armée Rouge japonai-se, elle a le pompon, celle-là! Douze ans que ces gens vivent au Liban au vu et au su de tout le monde et plus particulièrement des forces de sécurité et personne, absolument personne n’y trouve à redire. Brusquement, sans que rien ne le justifie d’aucune façon, voilà que ces mêmes forces de sécurité se jettent sur eux, leur mettent les menottes et, par la même occasion, nous mettent le Japon sur le dos, pour se retrouver finalement avec cinq Japonais sur les bras dont ils ne savent plus que faire. Grosse bourde? C’est à voir... C’est ensuite le tour des trois nouveaux doyens de l’Université libanaise dont la désignation prend à rebrousse-poil le président de la République qui refuse de signer le décret de nomination. Il paraît que ces messieurs ne sont pas qualifiés pour occuper les postes dont on leur a fait cadeau. Encore une fois à patau-ger dans la m.... mélasse! Et comme si l’on n’en avait pas suffisam-ment, voilà que Chawki Fakhoury s’amène avec ses pommes de terre. Lesquelles pommes de terre font pousser à l’Egypte des cris d’orfraie, après que les tomates, du même Fakhoury, aient mis à crin le roi Hussein de Jordanie. N’écoutant que ses impulsions - à défaut de ses ministres - le président Hariri de se précipiter, toutes voiles dehors, au Caire pour tenter d’amadouer un Amr Moussa décidé-ment de très mauvaise composition, tandis que le ministre Fakhoury, furieux de se voir ainsi déphasé, se demande pourquoi diable, le chef du gouvernement ne se mêle-t-il pas de ses oignons pour changer! M. Fakhoury jure ses grands dieux qu’il ne veut que protéger la production locale. Mais comme personne ne semble prendre au sérieux les explications du ministre de l’Agriculture, à commencer par le chef du gouvernement, lui-même, peut-on nous dire ce qu’il y a réelle-ment derrière cette histoire de pommes de terre et jusqu’où s’étend “le local” dans la Békaa? Peut-on savoir, aussi, après le Japon, la Jorda-nie et l’Egypte, avec quels pays nous propo-sons-nous de nous disputer dans une prochaine étape?


Home
Home