Chronique


Par José M. LABAKI.

LA RÉSURRECTION, SON MYSTÈRE NOUS DÉPASSE...

Parce que tu as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui croient sans avoir vu». Dans une époque où la Foi est à l’épreuve, où l’oraison est devenue un problème politique, l’exégèse très critique, le problème de Thomas qui clôt l’Evangile de Jean se pose d’une manière capitale. Cependant, l’humanité croyante ignore-t-elle ce qu’elle fête? A ce calendrier de la mémoire, peu d’entre nous sont encore exacts. Nous ne prenons plus Dieu au sérieux. Au moins devrions-nous fêter à Pâques ce qu’il y a de plus sacré en nous, la liberté. Mais que faire si les temps que nous vivons rejettent les idées précises, alors qu’en revanche toutes les incohérences confondues sont acceptées? Toutefois, si la liberté consiste pour chacun dans le droit de faire ce qui lui plaît, ne va-t-elle pas jusqu’à nuire à la part la plus sacrée de l’Homme, son côté humain? On l’a vu, on le verra encore, le plus déconcertant scandale de ce siècle, c’est que chacun exerce sa propre justice au détriment de l’autre. C’est la force qui dicte sa loi. Si toutefois, il y a en nous une part de sacré, ce ne sont certes pas nos humeurs et nos caprices, c’est notre être profond qui échappe à l’usure du temps, c’est cette volonté de se subordonner à ce qui en nous, nous dépasse, notre éternité. Nous savons maintenant que nous sommes mortels, a fait dire Paul Valéry aux civilisations. «Tout est historique, note sans détour le Père Congar, absolument tout, y compris la Bible et le Christ, son avènement, sa mort et sa Résurrection. Les croyances, ajoute-t-il, les doctrines, les pratiques religieuses, les rites, les sentiments religieux, entendre la théologie, sont un lieu d’Histoire; mais pour y croire, la foi s’avère indispensable.» Si l’histoire du Christ n’appartient pas à l’Histoire, nous ne serions pas dimanche, une foule innombrable autour de ce tombeau vide où repose notre espérance. Et c’est justement parce qu’il n’existe pas de fait plus certain, plus attesté que la Résurrection, qu’il nous répugne de lui trouver un autre symbole, comme font les hommes de peu de foi, aux yeux desquels ces faits ne se sont jamais passés tels que les rapportent les témoins. Et pourtant, aucun trait de cette vie du Christ qui ne se reflète dans la nôtre, aussi misérable soit-elle! Désormais, il nous est défendu d’être des morts, car il nous appartient de redevenir des vivants.

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La foi, on le sait - mais le sait-on jamais assez? - n’est pas une chose, ni d’abord uniquement une simple suite d’énoncés. C’est la vie, avec ses crises, ses mues et ses risques. Elle est donnée et à faire, reçue et à venir. C’est un élan orienté, un tropisme fragile et tenace, une marche vers un certain horizon, mais peut-être aussi un mirage pour le marcheur impatient et fatigué, un chemin à tracer, à prolonger sans doute, mais aussi et surtout, à inventer solidairement avec ceux qui nous ont précédés et avec ceux qui nous accompagnent, parfois dans l’opposition et les affrontements, comme tant de prophètes et de saints en témoignent. A force de suivre la marche de l’humanité croyante, d’accompagner ses traîneurs, de voir s’éloigner de la troupe les déserteurs et repérer l’avant-garde qui précède la colonne, l’écrivain croyant ou pas, se sent de la famille et à ce titre, il se veut l’apôtre et pourquoi pas l’éclaireur! Dans un temps où chacun exige d’être respecté, est-ce notre nature éphémère, ou plutôt ce qui la dépasse, l’héritage spirituel qui survit à la chute des civilisations, l’âme qui survivra à la mort biologique qui nous fait sacraliser le caprice, l’aléatoire et oublier l’essentiel, l’âme? C’est tout mettre à l’envers. L’aléatoire surgit et s’efface, mais l’âme est autrement profonde, au point qu’elle ouvre sur une éternelle inquiétude, une quête, infinie comme le cosmos. C’est elle qui aspire à rejoindre dans le temps, la mystérieuse puissance qui a survécu. Chrétiens ou pas, ce mystère demeure le nôtre et la Résurrection est sa fête! Joyeuses Pâques


«Pour celui qui a la foi, tout s’efface devant le mystère de la Résurrection qui est celui de la vie, car nous sommes déjà ce que nous serons».

(Jean Guitton)


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