Editorial


Par MELHEM KARAM

I - CLINTON, ELTSINE, CHIRAC ET LE RÊVE IMPOSSIBLE

II - LE MOYEN DISPONIBLE DE TORPILLER LE CADRE D’OSLO

Photo Melhem Karam
- I - L’entente entre deux parties n’est pas, nécessairement, l’une des imminences du dialogue. Elle n’est pas, non plus, la voie à des liens cordiaux et souriants. Le contraire pourrait être le plus court tremplin menant à de bonnes relations, quand le sommet, de l’aveu général, est le sommet le plus difficile dans l’histoire des relations américano-russes. Surtout s’il est motivé par le désir de préserver le partenariat élaboré par des deux Etats, ce qui a incité le président Clinton à soutenir toutes les initiatives de son homologue Eltsine, même la destruction de la «Douma», le parlement et l’élimination de dix de ses membres. Ce jour-là, le président américain a présenté cette action comme étant destinée «à défendre la démocratie» (sic). Ainsi que le signalent de grands analystes politiques, le sommet d’Helsinki était de la part du président Clinton, un nouvel ordre européen et mondial qu’il a tenté d’imposer à Eltsine. Intervenant huit années après la chute du mur de Berlin, ce sommet ne ressemble en rien au sommet de Yalta tenu en 1945, mais rappelle celui de Versailles qui a soumis l’Allemagne à la volonté des vainqueurs après la Seconde Guerre mondiale. Mais pourquoi le sommet a-t-il échoué, les deux présidents ayant gardé quand même deux larges sourires, commandés dans les meilleurs instituts où s’apprennent la duplicité et l’ambivalence politique? C’est parce que l’élargissement de l’OTAN vers l’Est exige une facture inimaginable, dont nul n’a évalué les chiffres, estimés entre 27 et 35 milliards de dollars, tel que l’a indiqué l’administration Clinton, alors que les statistiques du Congrès les situent entre 42 et 110 milliards. Et parce que peu de pays à l’Est et à l’Ouest, parmi ceux qui s’empressent de signer, n’ont pris la peine de se préoccuper du coût de l’opération, pour la répartir entre l’Europe et les Etats-Unis. L’élargissement du pacte atlantique en vue de protéger l’Europe occidentale contre les visées de Staline et son prolongement jusqu’aux frontières de l’ex-Union Soviétique, témoignent de ce que l’Amérique a gagné la guerre froide, alors que les Soviets l’ont perdue; ainsi, en termes simples et concis. Cet élargissement planifié de façon à le faire mûrir, artificiellement, et sur des réchauds à gaz, a séduit tous les pays de l’ancien pacte de Varsovie: la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, mais d’une manière temporaire, à l’ombre de l’éventuelle renonciation et de la rétrocession, si des démocraties véritables leur étaient assurées et si les problèmes frontaliers étaient réglés entre eux. Avec le désir de la Russie de s’y opposer en usant du veto. Cependant, les pays baltes et l’Ukraine qui forment une partie intégrante de l’Union soviétique, ont le droit non contesté d’adhérer à l’OTAN. Avec plus de précision: l’OTAN élargie équivaudrait, au plan sécuritaire, au cadre que procurerait une unité européenne élargie et agrandie. La cause la plus importante du rejet réside en ce que la Russie vit sous le poids d’un cauchemar dont elle ne peut se libérer. En se réunifiant contre elle, l’Europe la poussera, immanquablement, vers l’Asie, bien que Clinton jure que le nouveau pacte atlantique n’est pas dirigé contre elle, maintenant que la Russie a perdu sa puissance, son économie et son armée. Le grand problème pour Clinton consiste à convaincre Chirac, l’héritier légal du général de Gaulle, d’adhérer entièrement à l’OTAN. Ce qui est un rêve quasi-impossible!
- II - Les dernières heures sont lourdes de surprises et de situations appelées à changer du jour au lendemain, d’un moment à l’autre, comme entre une génération et une autre génération. Tout le monde est assuré que les Palestiniens et les Arabes ne laisseront pas passer le viol de Jérusalem, comme s’il s’agissait de remplacer une cravate ou d’ingurgiter une bouteille de rafraîchis-sement! Le sommet d’Islamabad s’est tenu dans un climat de tension arabo-islamique, provoqué par l’outrecuidance israélienne à Jérusalem. Ses délibérations ont débouché sur un appui de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) réaffirmant que Jérusalem fait partie intégrante des territoires occupés en 1967. La conférence a réagi, favorablement, à l’appel d’Arafat qui lui a demandé de sauver la Ville sainte des griffes israéliennes. Le président Rafic Hariri a appelé à l’arrêt de toute normalisation entre les Arabes et Israël, disant que les relations économiques avec l’ennemi lui donneraient un nouvel élan pour poursuivre ses agressions contre le Liban. Le vice-président syrien, Abdel-Halim Khaddam a appelé, quant à lui, à l’interdiction de tout rapport avec l’Etat hébreu, à l’ombre de la paix de l’indignité et Amr Moussa a invité l’OCI à contrôler la politique israélienne. Parmi les conséquences immédiates de cette série à plusieurs maillons, on relève l’assurance de l’Amérique selon laquelle elle n’entreprendra aucune nouvelle initiative avant la reprise des négociations. Ceci a amené Netanyahu à ne plus menacer de geler les négociations politiques et à se limiter au volet sécuritaire. D’autant que Madeleine Albright a refusé d’accuser Arafat, disant que le monde traversait, avec la paix, une phase délicate et très difficile. Netanyahu a eu la certitude que le monde condamne son arrogance et son complexe de supériorité, tout en feignant de se montrer simple, alors qu’il cache un subterfuge et une tromperie. Nul n’a tenu compte de sa suggestion visant à passer outre aux accords conclus et à se consacrer à définir un statut définitif aux territoires palestiniens, aux frontières, aux colonies, aux réfugiés et à... Jérusalem. Au lieu de ramener la confiance, le procédé actuel la compromet. «Chaque étape du processus de paix, observe Ezer Weizman, président d’Israël, suscite des problèmes plus complexes... Les solutions finales étant très difficiles, nous devons procéder immédiatement au règlement du conflit sans plus de retard». La politique des «petits pas» a prouvé son inefficacité et les Palestiniens s’y sont opposés. L’homme qui a tergiversé durant quatre mois avant d’accepter un retrait partiel de Hébron, prétend pouvoir régler en six ou neuf mois, un conflit vieux d’un demi-siècle, alors que ses prédécesseurs ont mis trois ans pour parvenir à cette situation, étant entendu que le parti travailliste est moins intransigeant par rapport à l’Etat palestinien. Netanyahu affirme l’éventuel retour à un procédé de rechange si les négociations venaient à échouer. Les milieux proches d’Arafat estiment que les négociations finales doivent aller de pair avec le redéploiement de l’armée israélienne en Cisjordanie. Les Palestiniens ont rejeté la première phase et la formule de Netanyahu sera gelée à l’instar de la formule qu’il compte proposer fin août, en attendant la solution globale. Ce n’est pas par hasard que toute la droite israélienne applaudit à l’initiative; elle y voit un moyen disponible de sortir du cadre d’Oslo que les jusqu’au-boutistes considèrent comme une série de concessions unilatérales, alors que Pérès appelle à l’élargissement de l’alliance au pouvoir. Quant à Netanyahu, il a plus de chance de réussir s’il s’en tient aux accords conclus, au lieu de les ignorer avant de procéder à leur torpillage


Home
Home