AFFAIRE DES DOYENS: POUR UNE RÉFORME DANS LE RESPECT DES LOIS |
“Les
citoyens se plaignent de l’Administration: il faut la réformer d’urgence,
en adoptant le principe de la récompense et du châtiment”,
a dit le chef du gouvernement au cours d’une visite effectuée, mardi
matin, au siège du Conseil de la fonction publique. Ainsi, le président
Hariri a reconnu, implicitement, les mauvais critères sur base desquels
a été effectuée la dernière réforme
administrative et, surtout, ont été nommés les trois
nouveaux doyens de l’Université libanaise.
“L’Administration étatique ne se porte pas bien et les gens se plaignent des fonctionnaires... Le Conseil des ministres peut nommer des éléments dont le choix n’est pas toujours heureux... Il faut lever l’immunité couvrant les fonctionnaires et le gouvernement déposera un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale. “Il faut, aussi, adopter le principe de la récompense et du châtiment, de façon à gratifier le fonctionnaire compétent et probe et à sanctionner celui qui ne s’acquitte pas comme il se doit de ses charges.” Ainsi a parlé le chef du gouvernement, devant le président et les membres du Conseil de la fonction publique et de l’Inspection centrale, au cours d’une visite inopinée effectuée, mardi matin, au siège de ces organismes. Ces paroles du président Hariri sont une reconnaissance implicite de l’échec des réformes administratives réalisées jusqu’à ce jour, dont la toute dernière remonte à moins de quatre ans; c’est-à-dire depuis qu’il a accédé au pouvoir. C’est, en même temps, une reconnaissance des conditions défectueuses conformément auxquelles ont été désignés, la semaine dernière, trois nouveaux doyens à l’Université libanaise, ceux-ci ayant été pris en dehors du cadre et il semble qu’ils ne répondent pas aux critères académiques. De plus, leur candidature n’a pas émané du conseil de l’université, comme l’exigent la loi et le règlement intérieur. Aussi, le chef de l’Etat s’est-il abstenu de promulguer les décrets de nomination des doyens et les a renvoyés “pour une nouvelle lecture” au Conseil des ministres qui a dû délibérer à leur sujet mercredi. Les visiteurs du palais de Baabda ont rapporté que “le président de la République était courroucé par les décisions du Cabinet concernant l’U.L., d’autant qu’une nouvelle faculté (de tourisme) a été créée... vraisemblablement pour satisfaire les chiites, lesquels veulent avoir le même nombre de doyens que les sunnites et les maronites... Fait à signaler: un membre du gouvernement proche de Baabda, en l’occurrence le ministre de l’Agriculture, a critiqué la procédure suivie pour la nomination des trois nouveaux doyens, disant que “l’Université libanaise paye le prix de manœuvres et de tractations politiques”. Aussi, a-t-il demandé au chef de l’Etat de ne pas promulguer les décrets relatifs à leur nomination, sans en référer au conseil de l’U.L. “dont l’autonomie académique et administrative doit être scrupuleusement respectée.” Ces faits posent, une fois de plus avec acuité, un problème parmi les plus inextricables, auquel se sont heurtés tous les régimes depuis l’avènement de l’indépendance, si l’on excepte celui du président Fouad Chéhab à qui on doit la création du Conseil de la fonction publique. Mais après avoir bien fonctionné les premiers temps, ce dernier a été mis au rancart, surtout durant les douleureux événements. Il n’a plus été consulté et les nominations, les révocations et les permutations des fonctionnaires ont été opérées, non seulement sans son avis, mais à son insu... On mesure maintenant l’ampleur des dégâts causés à l’administration étatique qui a besoin d’être réformée et réorganisée de fond en comble. |