Editorial

DIFFICILE RETOUR À LA TERRE SANS STRATÉGIE AGRICOLE

Enfin, le Pouvoir s’est penché sur un secteur ayant son importance - celui de l’agriculture - et paraît fermement décidé à le réactiver, en même temps que le secteur industriel. Et ce, après avoir découvert que le Liban n’est pas, uniquement, un pays de services. Mais comment favoriser le retour à la terre, prôné par le ministre de l’Agriculture (notre photo), sans une stratégie agricole valable et, surtout, sans crédits substantiels, les prévisions budgétaires de ce département n’ayant pas dépassé la proportion de 0,06% du budget de l’Etat?

Jusqu’ici, l’agriculture avait été marginalisée, partant du fait que le Liban ne peut être qu’un “pays de services”. Aussi, les prévisions budgétaires du ministère qui en a la charge n’ont-elles jamais excédé 0,16 pour cent du budget général de l’Etat, alors que cette proportion a été relevée, progressivement, en Syrie jusqu’à atteindre 22 pour cent cette année. Le ministre de l’Agriculture parle, à présent, d’un “éveil agricole”, en ce sens que nos sphères dirigeantes ont pris, enfin, conscience - après que les régions rurales ont été vidées de leur main-d’œuvre locale - de l’importance des secteurs agricole et industriel. Comment exploiter, avantageusement, cet “éveil agricole”, en l’absence d’une stratégie valable et, surtout, de crédits destinés à la mettre en application? “L’argent, dit-on, est le nerf de la guerre”, et le ministre de l’Agriculture en personne a dénoncé, dimanche soir, dans le cadre d’une émission télévisée, l’atitude négative des pays donateurs à notre égard. A titre d’exemple, les agriculteurs de la Békaa et d’ailleurs ont renoncé aux cultures prohibées, contre une promesse formelle qu’on les aidera à les remplacer par des cultures de rechange. Pour toute assistance, les quatorze Etats ayant promis leur aide (Etats Unis, Japon et pays de l’Union européenne) leur ont alloué cinq à dix millions de dollars, alors que le décuple de ce montant est nécessaire pour la seule région de Baalbeck-Hermel, cent autres millions devant être alloués à titre de prêts aux agriculteurs de tous les districts. Il va sans dire qu’il importe de réduire notre facture très élevée, représentant le montant de nos importations de denrées alimentaires qui atteint près d’un milliard et demi de livres par ans. Puis, en baissant le volume des “fruits exotiques” importés, il nous faut procéder à l’industrialisation de nos produits agricoles, en les transformant en jus ou en denrées comestibles en conserves. Autre moyen de rendre les produits de notre terre accessibles à toutes les bourses: établir un contact direct entre le producteur et le consommateur, car jusqu’ici l’intermédiaire a eu la part du lion dans l’écoulement des fruits et légumes produits localement. Cela dit, on ne peut passer sous silence le fait pour certains produits (agricoles) de dépendre d’un département autre que celui de l’Agriculture. De fait, le tabac relève du ministère des Finances; la betterave du ministère de l’Economie, plus exactement de l’OCBS; les coopératives agricoles, du ministère de l’Habitat et des Coopératives; les souks populaires (où se débitent les fruits et légumes), de la présidence du Conseil. Le ministère de l’Agriculture devrait avoir la haute main sur ces secteurs ou, tout au moins, pouvoir coordonner avec les départements qualifiés, surtout en ce qui concerne l’écoulement des récoltes, le contrôle des prix. Et ce, par le truchement d’un Conseil agricole supérieur - dont le principe de la création vient d’être approuvé en Conseil des ministres - ayant pour tâche d’étudier les problèmes qui se posent et de présenter des suggestions quant à la manière de développer les secteurs agricole et agro-alimentaire et d’en favoriser l’essor. Oui, au retour à la terre, mais cela est-il possible sans une stratégie rationnelle et dynamique?


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