Saturnale


Par MARY YAZBECK AZOURY.

LE LIBAN ET LE SAINT-PÈRE

HARIRI SUPERMAN?

“L’ABUS N’EXCLUT PAS L’USAGE”

Bien avant les orien-tations recommandées par l’Assemblée des patriarches et évêques catholiques au Liban, «La Revue du Liban» a lancé depuis son numé-ro 1935 en date du 8 mars 1997, une opéra-tion «Lettres au Souve-rain Pontife», à l’occa-sion de la visite au Liban de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II. D’ores et déjà, les jeunes et moins jeunes se sont mis à leurs plumes. Fait intéressant à signaler, ce sont les très jeunes et les jeunes qui ont le plus spontanément répondu à cet appel. Il est touchant et réconfortant à la lecture de ces missives, à publier dans un numéro qui sera annoncé, de voir la confiance, l’espoir et l’espérance chrétienne que mettent ces jeunes dans la venue de Jean-Paul II... Plusieurs non-chrétiens ont aussi écrit. Ces derniers posent surtout des questions au Saint-Père. Toutes ces réflexions et toutes ces interrogations lui seront transmises. Tous les jeunes se sentent concernés. Jamais on n’aurait pensé que la person-nalité officielle et particulière de celui qui a été, d'abord, tout simplement Carol Wojtyla intéressait si profondément les jeunes Liba-nais. Excellent présage, qui augure d’un Liban futur, aux commandes duquel seront, du moins on le souhaite, des jeunes accordant au spirituel une place prépondérante sur le matérialisme et le capitalisme sauvage qui sévissent actuellement. Nombreux sont les auteurs de ces lettres qui se sont donné la peine de s’informer sur l’anniversaire du Pape et lui souhaitent pour ses 77 ans le 18 mai 1997, un très bon anniversaire.

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POLITIQUE ET ÉDUCATION

«Quelle est la première partie de la politi-que?» «L’Education», répond Michelet, dans l’in-troduction de son ouvrage «Le Peuple». «La seconde?» interroge-t-il. «L’Education». «Et la troisième?» «L’Education», conclut-il. Fort de ce principe, le Conseil des ministres décide de se mêler de l’éducation, fonce et signe la nomination des doyens de l’Université Libanaise. Mais là, il y a un gros malentendu. Michelet ne recommande pas aux politiciens de se mêler de l’éducation, mais bien de s’éduquer eux-mêmes. Et c’est faute d’éducation que messieurs les ministres sont en train de commettre gaffe sur gaffe, bourde sur bourde. Au fond, quel besoin avaient-ils, de se fourrer dans cette galère? Il semble que partant du principe que moins plus moins égale plus, quand une bêtise est commise, ils en ajoutent une autre. La politique c’est l’éducation, mais ce n’est pas la mathématique!

Si quelque chose va mal au Liban, on voit le Premier ministre enfourcher son tapis volant, pour aller arranger la situation. Tout récemment encore, les relations entre le Liban et l’Egypte s’étant envenimées en raison de la pomme et de la pomme de terre, Rafic Hariri s’est rendu, rapido presto, au Caire. Il semble qu’il ait arrangé les choses. Que M. Rafic Hariri se sente responsable et plus encore que responsable, cela fait énor-mément plaisir. Mais qu’en est-il du ministre de l’Agriculture? N’aurait-il pas été séant et de bonne politique qu’il emmène avec lui M. Chawki Fakhoury, du moins pour sauver les apparences? Tout le monde sait que Hariri est le grand décideur. Quand Hariri a effectué sa tournée mémo-rable, après le massacre de Cana, tout le monde a applaudi, car il a réussi à se faire recevoir avec à peine quelques heures de préavis par tous les chefs d’Etat qu’il a pressentis, mieux et plus vite que n’importe quel émissaire du gouvernement libanais. Mais il est des circonstances moins cruciales, telle l’affaire des pommes... Bien sûr, le prétexte donné après, était la rencontre politico-économique au sommet avec le chef d’Etat égyptien, Hosni Moubarak. Néanmoins, la manière de laisser au Liban et d’ignorer M. Chawki Fakhoury était pour le moins cavalière.

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LES MAIRES ET LE BAC

Une idée saugrenue! Mais nos chers édiles ne trouvent rien de bizarre, dans cette république ubuesque: ils voulaient que les candidats aux municipales soient titulaires d’un baccalauréat, pour le moins. Si l’on demande aux maires un Bac, que faut-il demander aux députés, aux ministres, etc... à tous les hauts responsables? Une licence et plus! Bien que nombreux d’entre eux portent le nom pompeux de “Docteur”, rares sont ceux qui ont fréquenté les écoles et encore moins les universités! La plupart d’entre eux ignorent ce qu’est un amphithéâtre. Plusieurs se sont vus décerner des titres “Honoris Causa”, ce sont des grades honorifiques, mais sans grande portée académique. Devant le tollé général, les responsables chargés de la réforme administrative ont reculé et réemballé leurs Bacs. L’exemple doit venir d’en haut. Et avant d’imposer des normes aux maires, il serait urgent de fixer des normes d’instruction et d’éducation à ceux censés légiférer, c’est-à-dire à messieurs les députés!

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Aujourd’hui, il existe dans le monde 195 pays indépendants (chiffre approximatif à un ou deux près). Sur ces 195 pays, 185 sont membres de l’ONU. En 1977, l’ONU comptait 125 pays indépen-dants. Le Liban avait plus de 60 ambassades et ambassadeurs résidant à Beyrouth, dont plu-sieurs couvraient des pays du Moyen-Orient, tels que la Jordanie, la Syrie, l’Irak, le Koweit et même l’Arabie séoudite! Aujourd’hui, 25 ans après, le Liban compte à peine 40 ambassades avec ambassadeurs rési-dant au Liban et plus d’une centaine de consuls et vice-consuls, honoraires dans tous les mohafazats! A titre d’exemple, la France a plus de 155 (et même davantage) ambassadeurs résidant à Paris. La Russie possède environ de 145 à 150 ambassades et ambassadeurs à Moscou (malgré l’éclatement de l’URSS...) Le Vatican a plus de 170 ambassades et ambassadeurs... et pas de consuls honoraires! De là, à déduire que la présence de tant de consulats honoraires n’est pas forcément en faveur du Liban!... Il faut que le Liban cesse d’accorder l’exequatur à tout venant et comme le conseille Jean Serres (une autorité dans le domaine diplomatique) n’accorder l’exequatur à un consul honoraire, que lorsque c’est une personne hautement intègre, qui fait honneur tant au pays qui le nomme qu’au pays où il réside. C’est-à-dire donner l’exequatur au plus digne. Pour conclure, selon l’axiome latin bien connu: “Abusus non tollit usum” c’est-à-dire “l’abus n’exclut pas l’usage”, c’est-à-dire que l’abus que l’on peut faire d’une chose, ne doit pas forcer nécessairement de s’en abstenir. Limiter le nombre de consuls honoraires, retirer l’exequatur à ceux qui abusent de leurs titres et plaques minéralogiques, n’en donner qu’au plus digne, devrait être les seuls principe, guide et philosophie des autorités libanaises.


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