Tribune


Par RENE AGGIOURI.

LE PARRAIN IMPUISSANT?

L’espoir de paix a fait place au désespoir. Et le désespoir mène à la violence. A qui faut-il en demander compte? Pour nous conduire à la paix, on nous avait mis sous la tutelle de deux «parrains». L’un n’a jamais fait, depuis bientôt six ans, qu’une pâle figuration. L’autre, l’Américain, plus actif et plus intéressé aussi, est dans une impasse. Par son veto, il a récusé le Conseil de sécurité parce qu’Israël, n’ayant jamais reconnu l’autorité des instances onusiennes, des résolutions prises dans ce cadre ne pouvaient mener à rien; et, en définitive, de ce point de vue, il n’avait pas tort (sauf que sur le plan moral, ce n’était pas soutenable). Mais, d’autre part, sur le terrain, le cycle de la violence a remplacé la négociation. Et ce parrain-là se trouve, par voie de conséquence, paralysé. Le département d’Etat a fait savoir, au début de cette semaine, à M. Netanyahu et à M. Arafat, qu’il ne peut prendre la moindre initiative tant que les négociations sont bloquées. Or, elles le sont bel et bien. M. Netanyahu fait semblant d’être toujours disposé à les reprendre et même à les accélérer. Mais les conditions qu’il pose ne permettent pas aux Palestiniens de s’y rendre dès lors que sur Jérusalem, la porte reste fermée. Beau résultat pour le parrain.

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Tout se passe comme si un piège avait été tendu à M. Arafat et qu’il y est tombé. Quand M. Netanyahu a annoncé la construction d’un nouveau quartier juif à Jérusalem-Est, il savait qu’il allait déclencher un nouveau cycle de violences. La preuve? Les mesures de sécurité sans précédent qu’il a ordonnées. Et bien évidemment, de cette violence, il rendrait responsable les Palestiniens et Arafat en personne. Maintenant que cela est fait, le parrain, tout patelin, invite les deux parties à reprendre langue. Mais pour quoi faire? Dans le livre qu’il a publié à la veille de son élection, M. Netanyahu avait, clairement, exposé la pensée politique sur la base de laquelle il devait être élu (après l’assassinat de Rabin et un attentat sanglant du Hamas à Tel-Aviv): il est opposé aux accords d’Oslo et à tous les autres engagements pris par ses prédécesseurs, considérant qu’ils aboutiraient à la création d’un Etat palestinien qui serait une «zone de libre terrorisme» (sic). Et, depuis, il n’a pas cessé de pousser systématiquement les Palestiniens dans la voie du désespoir qui mène à la violence, comme s’il cherchait à prouver qu’il avait raison de ne pas leur faire confiance, qu’ils sont terroristes de nature... Le parrain, tout en condamnant du bout des lèvres, cette politique, n’a rien fait pour la stopper. Comment donc conçoit-il son rôle? Simple arbitre d’une négociation en cours? Mais si tout est fait pour rendre la négociation sans objet, pour la rendre impossible? Le parrain se met sur la touche? Il attend? Quoi? que la situation se détériore davantage? Jusqu’à quel point?

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Le parrain n’a-t-il pas de comptes à rendre? Qui l’a institué parrain? La conférence de Madrid. N’est-il pas temps qu’il vienne faire son rapport à la conférence de Madrid? En réussissant cette conférence, l’Amérique reconnaissait à l’ensemble des pays invités un intérêt majeur à la paix en Proche-Orient. En se réservant l’exclusivité (avec la Russie, pour sauver les apparences) du parrainage du processus de paix, l’Amérique se faisait donc forte de pouvoir réaliser cette paix. Pour le bénéfice des peuples de la région, pour son propre bénéfice et pour le bénéfice de ses mandants. Pourquoi cette responsabilité a-t-elle été conférée à l’Amérique? Pourquoi sinon parce qu’elle est la plus grande puissance du monde, parce qu’Israël est son allié de fait, en tout cas son protégé, qu’il est tributaire des Etats-Unis pour son armement et pour son financement. L’Amérique était, ainsi, reconnue comme la seule puissance capable d’exercer une influence décisive en Israël. Et par là même, on reconnaissait implicitement que pour faire aboutir le processus à une «paix globale et juste», c’est bien sur Israël qu’il faudrait exercer la pression la plus forte. On avait besoin de l’Amérique. Autrement, on aurait pu tout aussi bien confier le parrainage de ce processus, aux principautés de Monaco et d’Andorre, par exemple. Ils peuvent désigner des arbitres de très haute capacité, n’en doutons pas.

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Les partenaires arabes acceptaient la paix mais étaient demandeurs de justice. Contre la paix, ils voulaient la restitution de leurs terres. Israël, au départ, n’entendait rien céder. Progressivement, il avait fini par assouplir sa position quand M. Netanyahu a surgi pour remettre tout en cause. «Pourquoi devrions-nous céder quelque chose pour avoir la paix?» Tel était le slogan. Et telle fut la nouvelle thèse qui a conduit au point où nous en sommes: au blocage total du processus et à la violence.

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Or, le parrain, qui n’a été choisi comme parrain que parce qu’à l’évidence, on lui reconnaissait à lui seul le pouvoir d’amener Israël à la raison, que fait-il maintenant? Que fait-il de son influence? Que fait-il de sa puissance? Et s’il est illusoire de tabler sur les notions de justice et de morale dans les relations internationales, on peut, en termes de réalisme politique, se demander où se situent les intérêts matériels de l’Amérique? En territoire israélien? Ou en terres arabes?


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