RENCONTRE AVEC L’ÉMIR ABDEL-RAHMAN BEN TURKI BEN ABDEL-AZIZ “L’AVENIR DU MONDE ARABE REPOSE SUR SA JEUNESSE”,
déclare le jeune prince séoudien



Le prince Abdel-Rahman répondant aux questions
de Najil Moubarak et Oussama Ajjaj.


ÉTUDIANT EN DROIT À L’UNIVERSITÉ D’INDIANA (USA)
- Auriez-vous décidé de travailler à l’avenir, s’il plaît à Dieu, dans le domaine économique ou public?
“J’ai l’habitude de concentrer mes efforts à l’étape que je traverse qui est, actuellement, celle de mes études de droit international à l’université d’Indiana. C’est pourquoi, je n’ai pas encore décidé dans quel domaine je me dépenserai à l’avenir. Il va sans dire que mes études de droit international et de l’économie constitueront l’un des facteurs devant contribuer à déterminer la nature de l’action à laquelle je me consacrerai à la fin de ma vie universitaire. Ce n’est donc pas le moment de déterminer la nature de mon travail à l’avenir.”

- Que vous inspire votre affiliation à une famille royale prééminente ayant un grand patrimoine que les gens affectionnent pour la profondeur de leurs principes, en plus du rôle historique dont elle s’acquitte allant au-delà des frontières du royaume pour s’étendre à la région islamique et arabe?
“Mon sentiment de fierté d’appartenir à cette famille n’égale aucun autre sentiment. Ceci exige de moi de me hisser au niveau de l’affiliation, étant donné son rôle historique. Ce sentiment est partagé par tous les membres de la famille Al-Séoud - et je suis l’un d’eux - qui œuvrent en vue de transcender dans tous les domaines et les spécialisations. “Nous n’oublions pas que mon grand-père , feu le roi Abdel-Aziz, s’est signalé par ses grandes réalisations. Il fait l’objet, en permanence, de mes entretiens avec mon père. C’est le fondateur du royaume et l’édificateur de sa renaissance moderne, sous le slogan que voici: “Il n’y a pas un autre Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète.” “Une famille ayant joué un tel rôle et un grand-père de ce niveau, incitent à la fierté et à assumer la responsabilité.”

JE DOIS BEAUCOUP À MES PARENTS
- Qu’en est-il des relations au sein de la famille et dans quelle mesure les conseils de votre père, le prince Turki, ont façonné votre personnalité?

“Je reconnais que les conseils de mon père sont à la base de mon expérience dans la vie et me tracent la ligne à suivre. Il a veillé à nous assurer avec mes frères une éducation islamique véritable qui s’est reflétée sur nous sous forme de profonde conviction selon laquelle les ensei-gnements de l’Islam sont l’espoir quant à l’édification d’un monde sain, la famille islamique étant le rempart de la religion et de ses préceptes. “Le transfert des traditions authenti-ques d’une génération à l’autre est l’une des caractéristiques de la société musulmane. Mon père n’est pas de ceux qui imposent leurs idées et des orien-tations déterminées à ses fils. Nous avons toujours recours à lui pour prendre conseil et profiter de son expérience. “Il nous suffit d’avoir appris de lui une leçon importante, entre tant d’au-tres, à savoir que le rapprochement de Dieu est le plus court chemin au bon-heur et à la tranquillité de la conscience, un tel rapprochement du Créateur provenant de l’assistance à autrui.”

MA MÈRE, UNE SOURCE DE TENDRESSE
- Et qu’auriez-vous à dire du rôle de votre mère, la princesse Hind, quant à la tendresse et à la protection dont tout jeune a besoin dès sa prime enfance?
“Ma mère est une grande dame à laquelle je reviens chaque fois que se posent pour moi des problèmes d’ordre personnel. Elle me conseille et est une source de tendresse prouvant en per-manence que l’acte de bien est néces-saire pour la perpétuation de l’existence. Son rôle et celui de mon père sont complémentaires par rapport à notre éducation.”

- Comment concevez-vous le rôle de la jeunesse dans l’édification de l’avenir du monde arabe?
“Il va sans dire que l’avenir du monde arabe repose sur la jeunesse et ne peut être édifié sans elle, surtout avec l’évolution technologique et scientifique que favorisent les diri-geants arabes, en accroissant le nombre des jeunes qui se spécialisent dans les divers domaines, ce qui leur permet de développer leurs connais-sances et de mûrir. “Il importe, toutefois, que tous s’attachent aux traditions et aux croyances religieuses, tout en profitant de la technologie moderne.”

L’HOMME CULTIVÉ EST LE LEADER DE L’AVENIR
- Que pensez-vous du slogan que votre père, le prince Turki, ne cesse de répéter, à savoir que “l’homme cultivé d’aujourd’hui est le leader de l’avenir”?

“Je suis parfaitement d’accord sur ce point qui n’a besoin ni d’analyse, ni de commentaire. Ce slogan témoigne d’une expérience et d’une vision claire du rôle des intellectuels arabes dans l’édification de l’avenir de la nation arabe.”

- Réservez-vous une partie de vos activités et de vos préoccupations au volet humanitaire?
“Naturellement et mon exemple est mon père, l’émir Turki. Je marche sur ses traces et profite de son expérience dans ce domaine, concrétisée par l’institut mondial d’aide aux étudiants arabes et par d’autres projets à carac-tère philanthropique qu’il subven-tionne et supervise. Je souhaite ac-complir ne serait-ce qu’un pour cent de ses efforts. “Je suis soucieux de maintenir le contact avec les gens et de participer aux rencontres du paternel qui rassemblent les intellectuels, les experts et les savants de tous les secteurs. Si mes études prennent beaucoup de mon temps, j’espère pouvoir plus tard me consacrer davantage à ces activités de caractère humanitaire.”

NOUS AVONS BESOIN DE SPÉCIALISTES ET DE TECHNICIENS
- Envisagez-vous de pousser vos études au-delà de la licence?
“Le rêve de tout jeune homme est de pouvoir atteindre le doctorat et décro-cher des diplômes supérieurs. Cepen-dant, l’évolution de l’étape future décidera de la suite à donner à mes études que je compte pousser jusqu’au magistère.”

- D’aucuns soutiennent qu’il existe une pléthore de diplômés dans le monde arabe, en ce sens qu’il y a beaucoup de médecins, d’ingénieurs et autres, alors que nous manquons de techniciens?
“Effectivement, nous manquons de techniciens, tout en ayant besoin de toutes les spécialisations; les pays évolués assurent la formation des uns et des autres, car ils se complètent.”

- Que pensez-vous du rôle dont s’acquitte la Presse arabe?
“Je crois qu’elle joue un rôle important au double plan de la culture et de l’orientation, tout en accordant l’importance voulue aux questions de la vie quotidienne. De plus, elle consacre une large place aux problèmes de portée nationale, telle l’affaire de Palestine et le processus de paix.”

COMMENT SORTIR LE PROCESSUS DE PAIX DE L’IMPASSE?
- Comment sortir, d’après vous, de l’impasse dans laquelle l’opération de paix est enlisée?

«La crise actuelle est l’une des plus complexes. Nous devons la dépasser, sans porter atteinte aux droits légitimes arabes reconnus par la légalité interna-tionale, tels que consacrés par la conférence de Madrid. Et ce, tout en créant le climat propice à la reprise des négociations sur les différents volets. «Je souhaite que la paix soit instaurée dans toute la région proche-orientale et que l’Etat palestinien soit créé en ayant Jérusalem comme capitale. Le monde doit réaliser que le gouvernement israélien constitue l’obstacle principal à l’avènement de la paix».

- Et qu’auriez-vous à dire à propos de la personnalité de Netanyahu?
«Les experts politiques peuvent mieux juger cette personnalité. Toujours est-il que l’on a l’impression de se trouver devant une arrogance dépassant de loin celle des dirigeants israéliens ayant précédé l’actuel chef du gouvernement du Likoud».

ACTIVITÉS CULTURELLES ET SPORTIVES
- Quelle est votre prédilection sur le plan de la lecture?
«Je dis toujours que la culture est fille du milieu, mais la science n’a pas de patrie. Aussi, suis-je soucieux de tout connaître et d’enrichir ma culture générale sans me consacrer à un domaine déterminé, du moins dans l’étape actuelle durant laquelle je tiens à développer ma culture dans les domaines de la philosophie, de la politique, de l’économie, des sciences sociales et des lettres. En un mot, je voudrais avoir une vue panoramique de tout ce qui se passe dans le monde.»

- Quels sports pratiquez-vous?
«Le football et le tennis».

- Nous savons que vous soutenez les sports dans le royaume à travers le club de la Jeunesse; quelle place occupe ce dernier parmi les clubs séoudites?
«Il existe plusieurs formations spor-tives en perpétuelle émulation; le club de la Jeunesse vient en quatrième position et il est le seul à avoir conservé la coupe du «Serviteur des deux saintes mos-quées» durant trois années consécutives. En 1993, nous avons occupé la dix-neuvième position parmi les clubs du globe; le nôtre fut le premier club arabe à se hisser à ce rang et il a fourni à la sélection séoudite du football plusieurs de ses joueurs, entre autres Fouad Anouar, capitaine de l’équipe et Said Odayran. Une nouvelle génération de footballeurs est en cours de forma-tion.»

LA PAIX AU P.O., QUESTION PRIORITAIRE
- Une tendance accrue se manifeste dans le monde en faveur des problèmes de l’environnement. Cette question vous préoccupe-t-elle?
«Certainement, mais il s’agit d’une question de priorités. L’environne-ment est important et il est nécessaire de s’en occuper. Toujours est-il que la crise du Proche-Orient et l’instaura-tion d’une paix juste et globale viennent en tête des priorités en ce moment.»

- Quels sont, à votre avis, les critères de la réussite?
«L’attachement aux valeurs arabes, de l’Islam et du Coran et leur interaction avec le présent, le futur et l’évolution.»

- L’année dernière vous avez occupé la première place parmi tous les étudiants du royaume du cycle secondaire; pourriez-vous indiquer la «recette du succès» aux jeunes étudiants arabes»?
«La réussite est le fruit d’une interac-tion entre la capacité mentale de l’étu-diant et sa puissance de concentration. A cela s’ajoutent le rôle de la famille et la part des parents dans l’action visant à soutenir leur fils et à l’encourager à s’engager dans la voie du succès. De même, il importe pour l’étudiant de jouir d’un climat familial propice, sans lequel il ne peut réussir».

- Qu’est-ce qui vous a poussé à opter pour l’étude du droit interna-tional?
«J’ai un attrait particulier pour cette discipline, en plus de l’encouragement de mon père et de ma mère. Puis, les questions de l’économie et du droit jouissent de l’intérêt du monde arabe qui a besoin de beaucoup de spécialistes dans ce domaine».

- Pourquoi avoir choisi de vous inscrire à l’Université d’Indiana?
«En raison de son haut niveau académique pour cette branche, mon-dialement reconnu, de l’avis des experts de l’Institut mondial d’aide aux étu-diants arabes. Mais ceci ne minimise nullement le niveau des universités arabes».

PAS DE LUTTE ENTRE LES GÉNÉRATIONS
- Comment voyez-vous les rela-tions entre les générations et détectez-vous une lutte entre elles?
«Je n’ai pas tendance à accréditer l’idée de lutte entre les générations, car la vie se perpétue avec l’expérience des anciens et la sagesse des aînés, autant qu’avec le dynamisme et la vitalité des jeunes, les uns et les autres étant complémentaires».

- Le fait pour vous d’avoir fait vos études aux Etats-Unis ne laisse-t-il pas appréhender une influence néga-tive sur la civilisation arabe et orientale?
«Le prophète Mahomet encourage à rechercher la science même en Chine, pays le plus éloigné en son temps. L’instruction est donc nécessaire en tout lieu, avec l’attachement aux valeurs religieuses. Tel est le rôle de la famille qui doit inculquer à l’enfant dès son plus jeune âge les préceptes de l’Islam pour qu’ils l’accompagnent dans toutes les étapes de son existence. Ceci peut prévenir les influences négatives de la civilisation occidentale et faire profiter des réalisations accomplies dans tous les domaines.»

(Propos recueillis par Najil Moubarak et Oussama Ajjaj - Le Caire)


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