Bloc - Notes


Par ALINE LAHOUD..

MADAME “LE PRÉSIDENT”

Nous l’avions vue à maintes reprises à la télévision. Nous l’avions entendue pronon-cer des discours ou répondre à des questions en sa qualité de First Lady. Mais c’est bien la première fois qu’elle apparaît et parle en tant que femme tout simplement. Et c’est une révélation. Au cours d’une récente émission télévisée, dans le cadre d’une série présentant chaque semaine un visage de Libanaise différent, Mona Hraoui a parlé d’elle-même, de ce qu’elle croit, de ce qu’elle pense, de ce qu’elle fait, de ce qu’elle sait, de son style en tant que femme, en tant que Libanaise et en tant qu’être humain à part entière. Lorsque l’émission a été annon-cée, j’avoue franchement avoir poussé un soupir excédé. J’ai cru (Dieu me pardonne) que nous allions crouler sous un monceau de lieux communs, de bons sentiments à l’eau de rose, de déclarations prétentieuses et, pour tout dire, d’un monument d’insanités. J’ai cru qu’elle allait nous offrir l’image d’un mélange de Marie Curie et de mère Thérésa avec une pincée de Greta Garbo, le tout saupoudré d’un nuage de Jacqueline Kennedy. Eh! bien, non. Mona Hraoui est quelqu’un! Et quel-qu’un de pas banal du tout. Elle a parlé franchement, carrément, ouvertement. Avec des mots de tous les jours, sans essayer, le moins du monde, de fignoler des phrases de précieuses ridicules. Ainsi est-elle apparue: réaliste, solide dans ses certitudes, ferme dans ses convictions, courageuse dans son expression. Elle a parlé sans prétention comme sans fausse humilité. Sans arrogance, mais non sans fierté. Sans agressivité, mais non sans perspicacité. Sans se bercer d’illusions, mais non sans vision et sans rêve. Avec un esprit sportif, mais sans le céder sur l’essentiel. Oui, ainsi est-elle apparue: une femme charismatique qui a du punch, de la répartie, du cran, de la classe. En fait, elle a placé la barre si haut que celle qui sera appelée à lui succéder comme première dame n’aura pas la tâche facile. Non seulement la future première dame, mais beaucoup d’hommes politiques et de gouvernants - du plus haut niveau et pas seulement au Liban - pourraient en prendre de la graine. Et à propos de succession, il nous vient un regret, celui de voir une telle femme quitter la scène publique. En 1998, quand le mandat de son mari prendra fin, Mona Hraoui ne sera plus l’épouse du président de la République. Mais pourquoi pas le président?

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Une autre personnalité remarquable qui s’est trouvée projetée, au cours des dernières semaines, au premier rang de l’actualité: le président Wajdi Mallat. Pour le Libanais, sans cesse poussé dans ses derniers retranchements et sans l’ombre d’un recours, Wajdi Mallat et ses pairs, qui l’avaient élu à la présidence du Conseil constitutionnel, représentaient le dernier rempart contre les empiétements sans frein et sans scrupules du Législatif et de l’Exécutif d’une part, contre le pouvoir judiciaire, d’autre part, sur la Constitution. Malheureusement, les réticences qui avaient accompagné la naissance du Conseil constitutionnel s’étaient traduites de telle sorte que les prérogatives qu’on lui concédait ressemblaient moins à un statut qu’à une camisole de force. Nous l’avions lu entre les lignes lors de l’arrêt relatif à la loi électorale. Nous le touchons aujourd’hui du doigt avec la démission du président Mallat. Le président Mallat nie avoir subi la moindre pression de qui que ce soit. Mais il ne nie pas avoir été sous pression. Si le mot prête à confusion ou à équivoque, disons une sorte de pression atmosphérique puisqu’en somme il s’agit bien de climat, celui dans lequel se déroulaient les débats à l’intérieur du Conseil. En effet, on croit comprendre à travers les récentes déclarations de M. Mallat lui-même, que le détache-ment absolu des contingences politiques et autres, qui doit être l’apanage des juges de cette haute cour et la sérénité totale qui doit entourer leurs débats n’étaient pas interprétés par tous de la même façon. C’est pour-quoi il est parti. On pourrait appeler cela incompa-tibilité d’humeur. Ou crise de conscience. Ou encore ras-le-bol. Y aurait-il une malédiction qui pèse sur ce pays pour que chaque fois que nous pensons pouvoir enfin respirer, quelqu’un vienne marcher sur le tuyau d’oxygène? Shakespeare écrivait dans Hamlet: “- Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Dane-mark”. Après la démission du président Mallat, nous en sommes aujourd’hui à paraphraser Shakespeare pour demander: “Y a-t-il quelque chose qui ne soit pas pourri dans cette deuxième république”? That is the question.


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