Par José M.
LABAKI.
|
JÉRUSALEM CITÉ SAINTE OU MÉGAPOLE PAÏENNE |
||
| Et d’ajouter: «Cette famille spirituelle
des fils d’Abraham aurait alors pour but non pas de fonder une nouvelle
religion ou un empire, mais mettrait au service des peuples et des ethnies
pacifiés et réconciliés, Jérusalem au carrefour
de l’Orient et de l’Occident, afin de réaliser ainsi sa vocation
universaliste.» Certes, combien sont-ils ces réconciliateurs
à l’écoute d’une humanité aux abois, œuvrant pour
la réconciliation de l’Homme avec l’Homme? Relisez l’épître
aux Romains. Toute l’œuvre de Saint-Paul aspire à réconcilier
les nations avec Israël. Vision devenue aujourd’hui une exigence et
une nécessité historiques dont dépend la paix régionale
et mondiale. Mission impossible? Recevant les lettres de créance
du nouvel ambassadeur d’Israël Aharon Lopez, le Pape Jean-Paul II
a réaffirmé sa profonde inquiétude quant à
l’avenir de Jérusalem et de la paix, dont le processus fermement
soutenu par le Saint-Siège semble s’être vidé de tout
son contenu. Il n’a pas caché son amertume face au regain de violence
entre Israël et ses voisins. Pour sa part, l’ambassadeur israélien
devait affirmer que Jérusalem est une ville unifiée, sainte
pour les trois religions monothéistes, sous-entendant qu’elle est
et sera à jamais la capitale d’Israël. Pour Chrétiens,
Juifs et Musulmans, Jérusalem est une ville sainte. En hébreu
son nom signifie cité de la paix, mais depuis l’antiquité,
elle est l’enjeu de toutes les passions, de toutes les convoitises, de
toutes les adversités, au point que les Israéliens en ont
fait un sujet tabou, une cité désacralisée, sous le
regard impassible d’une communauté internationale télécommandée
par les Etats-Unis, alliés inconditionnels d’Israël et du Sionisme
mondial. A «Pizgat Zeer», à «Nevehaïm»,
ou «Harhoma», les Israéliens construisent des colonies
dans le cœur même de Jérusalem-Est, faisant fi des résolutions
onusiennes et des accords d’Oslo.
*** Face au laxisme arabe et à l’indifférence internationale, que peuvent faire les Palestiniens, sinon se lamenter devant cette monstrueuse muraille? En violation des décisions onusiennes et au mépris du minimum d’égards que mériteraient la majesté et la splendeur de ces contrées bibliques de Judée et de Samarie, il ne semble y avoir d’autre plan que l’occupation des terres, rendre les choses irréversibles sur le terrain et, de plus en plus difficile la conception d’une souveraineté partagée de la Ville Sainte entre Israéliens et Arabes, ou à défaut un statut international, comme le souhaiterait le Vatican. Les Israéliens continuent à bâtir dans la précipitation, des tunnels, des colonies, d’une façon anarchique, des quartiers en zone arabe, enfermant la population palestinienne comme dans un ghetto. Sans prétendre ressusciter la magnificence de la Jérusalem biblique, tout statut de la Ville Sainte se doit de poursuivre cet ambitieux dessein: asseoir la coexistence pacifique des communautés. Toutefois, définir le statut administratif d’une cité, n’est jamais aussi simple que l’on croit, surtout quand deux peuples la revendiquent pour capitale. Difficulté accrue dans le cas de Jérusalem: Son destin intéresse non seulement Israéliens et Palestiniens et chemin faisant le Vatican, mais aussi tous les adeptes des trois religions monothéistes issues d’Abraham, de par le monde, qui voient dans les liens saints l’un des sites les plus sacrés de la planète. Hélas! La passion s’en mêle, dans un espace qui relève du symbole et du mythe et dont le sort commande le succès et l’avenir du processus de paix, actuellement en panne, et bafoué par Benjamin Netanyahu. Si les Palestiniens ont toujours considéré Jérusalem, au centre d’éventuelles négociations, depuis plusieurs décennies, les Israéliens tendent avec l’appui inconditionnel des Etats-Unis de traiter, à la légère, un contentieux aussi sensible. L’accord signé à Washington entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, rendait le statut de Jérusalem négociable, fût-ce, dans un délai de trois ans: cela constitue-t-il une réelle concession de la part d’Israël? Qu’il nous soit permis d’en douter! *** Depuis l’accord «Seykes-Picot» en 1916, prévoyant un statut international pour Jérusalem, pas loin de quatre-vingt dix plans ou plus, projets et programmes ont vu le jour. Il y a eu le plan Rogers, celui de Lord Gardin, le plan de l’Aspen Institute et celui de Brookings Institute. Il y eut même un plan de Richard Nixon, alors que ce dernier n’était encore que sénateur. Mais aucun de ces scénarios n’a été agréé par l’ensemble des communautés réunies à Jérusalem. Leur recensement par trois spécialistes du droit international aurait suffi à intimider les plus inquiets et les plus chevronnés des Juifs. Il est curieux de constater, que les premiers pionniers sionistes n’éprouvaient aucun sentiment particulier à l’égard de Jérusalem: Théodore Herzel, lui-même, après sa visite en 1898, déplorait seulement, «deux mille ans d’humiliation, de fanatisme aveugle et de grossiers mensonges». La capitale du futur état juif, selon lui devait être Haïfa. Si l’on avait adopté cette vision, le problème de Jérusalem aurait été résolu, rétorquent les Israéliens modérés. Moshé Dayan, faucon entre les faucons, alors ministre de la Défense, n’avait pas hésité dit-on, à retirer le drapeau israélien flottant sur l’esplanade des mosquées et à en confier le contrôle aux Wakfs islamiques. Les Israéliens doivent en définitive, opter entre Jérusalem, capitale d’un Etat isolé à jamais, ou Jérusalem locomotive du Moyen-Orient. Dans un univers multipliant sans cesse les incertitudes et les défis, toutes les parties sont censées être à la hauteur de l’Histoire. En attendant, Israël continue ses implantations au détriment de la paix et peut-être de son propre avenir, feignant d’oublier que tous ceux qui ont voulu régner totalement sur la Cité Sainte, ont tous vu leur entreprise échouer. La conférence euro-méditerranéenne qui se tient actuellement à Malte, après celle tenue à Barcelone en novembre 95, en vue de relancer le processus de paix entamé à Madrid en septembre 92, et la création d’une vaste zone de libre-échange euro-méditerranéenne s’annonce houleuse, sinon difficile. Le regain de violence qui prévaut au Proche-Orient, et particulièrement, dans les territoires occupés par Israël entrave toutes les chances de paix dans cette partie du monde. L’esca-lade tous azimuts entre Israéliens et Palestiniens ayant repris, le blocage des négociations avec la Syrie et le Liban, l’entêtement de Benjamin Netanyahu à fouler aux pieds tous les ac-cords conclus, selon lui compliqués et difficilement applicables, sa détermination de relancer le peuple-ment de nouvelles colonies juives à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et dans tous les territoires occupés, sont loin de susciter l’euphorie chez les négociateurs euro-méditerranéens en faveur d’une paix juste et durable, n’en déplaise à M. Dennis Ross, au Proche-Orient! A moins que d’ici-là, le phénomène Netanyahu ne soit maîtrisé et avec lui le mythe de Eretz Israël (1). (1): Grand Israël. |
André Chouraqui «Univers de la Bible» |
|