Par MELHEM KARAM
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I- POURQUOI VOULEZ-VOUS LE VOIR TERMINER SON MANDAT EN TANT QUE LEADER CHRÉTIEN?II- CLINTON A-T-IL RENONCÉ À SES OBLIGATIONS ENVERS LA PAIX? |
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| - I - C e qui s’est passé la semaine dernière dans la politique libanaise était une erreur flagrante. Il n’est pas permis que les deux présidents musulmans s’entendent autour d’une opinion contraire à l’opinion du président chrétien. Ceci s’est produit pour la première fois à ce niveau et, partant, porte atteinte à la contexture politique libanaise, comme à la conception de l’intégration et de la fraternité. L’un des deux présidents mahométans doit être avec le premier président chrétien. Cela est exigé, exactement comme il est exigé des parents de l’épouse de se tenir aux côtés du gendre, en cas de litige entre les conjoints, pour qu’il y ait une marge de médiation et de conciliation entre eux. Nous ne prenons pas le parti du président Hraoui, ni sa défense, d’autant qu’il ne nous a pas chargé de le faire, mais nous écrivons cela en prenant le parti du droit, d’un fait et pour la nécessité de clamer une vérité à haute voix. Car la plupart de nos problèmes, et nous devons le dire en toute franchise, avaient comme tremplin le souci d’agir avec duplicité et complaisance. Le président Elias Hraoui s’en est remis à la loi, à la Constitu-tion et à la logique de la majorité qui a rejoint celle de l’opposition. Où est la frustration en cela? Puis, pourquoi voulons-nous que le président Hraoui achève son mandat en tant que leader chrétien, après avoir été durant son sexennat un président libanais d’entente? Ceci est un péché mortel. La plupart des présidents du Liban ont entamé leur mandat en tant que présidents d’entente et l’ont terminé en tant que leaders chrétiens. Il en fut ainsi avec cheikh Béchara el-Khoury, «père de l’indépendance», le président Saëb Salam ayant refusé de former un gouvernement à la fin de son sexennat, ce qui l’a contraint à démissionner. Et avec le «fils altier de l’arabisme» le président Camille Chamoun; le président Charles Hélou, le président Sleiman Frangié et, aussi, en quelque sorte avec le président Elias Sarkis et beaucoup de cela avec le président Amine Gemayel. Rien dans l’histoire politique du président Hraoui ne signale un espace ou un moment où il ait renoncé à la logique de l’entente, de ses impératifs et de ses exigences sacrés. D’ailleurs, sa famille et ses alliances familiales révèlent le visage unificateur et d’intégration dans sa personnalité. Je dis cela après que bien des voix précédemment hostiles au Premier Libanais, lui eurent manifesté de l’affection et hissé ses portraits, considérant qu’il a réintégré leur camp, comme on le répète dans la coterie de l’opposition. Le président Hraoui n’est pas du tout de cette trempe. C’est pourquoi, nous devons nous regrouper autour de lui, pour que ce leader ne perde pas son visage de rassembleur et d’unificateur. Ce serait une perte dont ne pâtiraient pas, uniquement, le Liban et les Libanais, mais porterait atteinte à un style politique jugé le meilleur dans cette phase de l’Histoire, car il a donné des preuves de sa justesse. Point n’est besoin pour le président Hariri de se vanter d’avoir rendu la pareille au président Hraoui «qui a osé demander le change-ment du gouvernement». Le pouvoir n’est pas un ring de catch ou de boxe; ni des arènes romaines d’affrontements sanglants auxquels assiste l’empereur pour dire au vainqueur: «Poignarde» ou «Ne poignarde pas!» Où est la frustration si le président Hraoui exige que les élections municipales se déroulent comme elles doivent se dérouler? S’il demande un changement de Cabinet ou son remaniement? Le président Hraoui a traité au niveau le plus élevé de la démocratie, avec la renonciation du gouvernement aux élections municipales, la démission du président du Conseil constitutionnel et avec les rumeurs faisant état de pressions et d’appâts autour de la consécration du mandat «de ceux qui se rasent la barbe chez nous» ou de l’invalidation de la députation «de ceux qui se rasent la barbe chez les autres», pour reprendre l’expression du président Saëb Salam. Puis, en s’adressant aux gens au cours de sa conférence de presse, il ne s’agissait pas d’un caprice, ni d’un complexe de supériorité. C’était un dialogue dûment inspiré de la Constitution, comme d’un profond esprit d’entente et d’intégration. Le Liban ne peut être un champ d’expérimentation, ni un cobaye, en ce sens que nous reconsidérions la formule tous les cinq ans, en sortant d’une révolution, d’une guerre civile et après nous être entretués! Cette image, nous devons l’extirper de notre mémoire et cette éventualité, nous devons l’exclure de l’esprit de nos fils. Le Liban est une patrie définitive, son unité étant un devoir pour ceux qui ont foi dans la sacralité des devoirs et de leur imminence, lorsque la patrie devient la combustible du conflit, le carburant et la poudre dont le feu de ses divisions consume toute chose, à commencer par les piliers de sa stabilité. | |
| - II - Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Hans Van Mierlo, est revenu de la région, après avoir rencontré le président Arafat à Gaza, avec l’impression qu’il n’y a pas de solution à la crise sans la reprise des négociations, laquelle exige la constitution d’un gouvernement «d’union nationale» dont ferait partie Shimon Pérès, son promoteur. Le ministre estime que Pérès, prix Nobel de la paix, a raison quand il dit: la voie de cette paix passe par le peuple autant que par Washington. Il considère que le président Clinton a mobilisé la demande d’Israël relative à l’accélération des négociations finales, en mettant sur la table les sujets les plus chauds: Jérusalem et le régime final de l’entité palestinienne, sans exclure la restitution des territoires occupés en 1967. Il a eu l’assurance que Netanyahu, en étouffant les espoirs de paix, donne raison aux extrémistes des deux bords qui ont parié sur l’échec de l’accord d’Oslo. Netanyahu a trahi l’engagement israélien et ses propres engagements, tout en renonçant au principe de l’échange de la terre contre la paix, slogan à la base du processus dans son ensemble. Il a, également, trahi sa promesse à ses électeurs, auxquels il n’a pu assurer la paix et la sécurité qui se volatilisent. Ils perdent, aussi, la sympathie que leur ont manifestée la communauté internationale et même le monde arabe, suite à quatre années de dialogue. Ceci conduit à un terrorisme aveugle et à un boycottage arabe d’Israël, mots qui sont sur toutes les lèvres partout dans le monde, auxquels s’ajoute l’expression de «loi de la vengeance féroce» proférée par les Israéliens; puis, par les Palestiniens. Ainsi se perdent des mois d’efforts déployés au cours des dernières années, une action personnelle et un courage distinctif. Tout cela a été torpillé entièrement, donnant à «Hamas» le droit à la vision futuriste et aux opérations-suicide, entraînant des opérations-suicide politiques conduites par Benjamin Netanyahu; il s’agit d’opérations criminelles par rapport aux Palestiniens. Oui, et c’est ce que doit réaliser Netanyahu; elles sont, également, sanglantes par rapport aux Israéliens à qui «Bibi» a promis la sécurité. De plus, ceux qui ont facilité la tâche aux Norvégiens pour favoriser les négociations secrètes en 1993 à Oslo, avaient raison. Mais tous ces parrains ne peuvent rien sans le rapprochement de la volonté palestinienne et israélienne. Fait frappant dans cette crise: la paralysie, le mécontentement et la honte des Américains; plutôt la démission proclamée de l’Administration américaine en ce qui concerne toutes les obligations vis-à-vis du gouvernement israélien irresponsable. En conclusion, les journaux, les éditorialistes et les grands commentateurs américains ont raison d’inviter le président Clinton à user de son influence à l’effet de prévenir une catastrophe diplomatique. Car «l’unique soutien» à Netanyahu n’incite pas seulement les Palestiniens à reprendre le terrorisme, mais pousse les Etats arabes, l’un après l’autre, à geler leurs relations avec l’Etat hébreu, tout en s’interrogeant sur la position américaine jugée incompréhensible. Car si les Etats Unis sont réellement désireux de jouer leur rôle, celui de leader équitable au Proche-Orient, ils se doivent d’être plus francs en traitant avec le «partenaire gênant» auquel ils assurent la protection. Et ce, afin que Bill Clinton n’expose pas les intérêts de son pays aux dangers et aux pertes à longue échéance, mais plutôt ne s’expose pas à être, dans l’Histoire américaine, l’unique président dont l’hésitation et la faiblesse auraient provoqué l’échec de la paix au Proche-Orient. | |