Tribune


Par RENE AGGIOURI.

LEÇON D’UNE QUERELLE

Au moment où nous écrivons ces lignes, la querelle sur l’opportunité, la date et les formes des élections municipales n’est pas encore tranchée. Mais elle a mis en lumière la nature du problème auquel fait face M. Hariri depuis qu’il a formé son gouvernement en novembre 1996. On se souvient qu’à l’épo-que, sorti triomphant des élec-tions législatives, régénéré en quelque sorte par les urnes, M. Hariri voulait constituer un «Cabinet homogène», autrement dit: des ministres à ses ordres. Le président de la République lui opposait la nécessité d’un Cabinet de coalition largement représentatif afin de réaliser un certain équilibre politique, lequel faisait défaut depuis 1990. Finalement, M. Hariri a pu obtenir, à peu près, ce qu’il voulait: une certaine homogénéité. Six mois plus tard, à la faveur de l’échéance des municipales, elle vole en éclats. Pourra-t-on en tirer la leçon?

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La recherche de l’homogénéité de l’équipe ministérielle serait-elle illusoire dans un pays aussi divers que le Liban? Sans parti politique majoritaire, doté d’un programme de gouvernement bien défini, la seule formule réaliste est la coalition, aussi large que possible. La paix intérieure est à ce prix et l’efficacité par conséquent. Mais pour qu’une coalition soit capable d’assurer cette paix et de gérer les affaires publiques, il lui faut, dès le départ, être soudée sur un programme de gouvernement avec la volonté de s’y tenir: on est tous embarqué; on réussit ensemble ou l’on fait naufrage ensemble. Tel est le principe. Autrement, un Cabinet de coalition ne serait qu’une combinaison d’intérêts personnels, toujours menacée de se défaire à la première secousse ou d’être paralysée. Son programme n’est qu’un assemblage hétéroclite d’objectifs consignés uniquement pour rendre possible la formation du ministère et recueillir les voix des députés, mais sans volonté réelle de les pour-suivre. Ainsi, fut-il de la promesse d’organiser les élections municipales. On vient de le constater: à l’échéance: c’est la dérobade et la fameuse «homogénéité» du Cabinet mise à mal. En défini-tive, on sait bien que cette «homogénéité» que M. Hariri réclamait, allait reposer, en fait moins sur un consensus fondé sur une large palette d’objectifs nationaux, que sur un programme de reconstruction immo-bilière, objectif premier et exclusif de M. Hariri personnellement. Ignorer les problèmes politiques et sociaux ou s’imaginer qu’ils trouveront leurs solutions par le biais d’un programme d’urbanisme à très longue échéance, c’est l’erreur fondamentale où le chef du gouvernement s’obstine. Il continue, ainsi, d’apparaître comme un chef d’entreprise et non pas comme un homme d’Etat. La querelle qui a éclaté sur les élections municipales, prouve bien qu’on n’échappe pas aux conséquences.

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Tout cela est bien dommageable, aussi bien pour la crédibilité des hommes qui détiennent le pouvoir que pour le pays qui se sent, de nouveau, ballotté entre de médiocres intérêts personnels. Le Liban est un petit pays avec une population active, pleine d’initiative, largement informée de tout ce qui se fait dans le monde, capable de s’adapter à tous les progrès. Un tel pays devrait être facile à gouverner. Mais sa direction politique n’est, hélas! jamais à la hauteur de ses ambitions. Les intérêts à courte vue y dominent. L’intrigue exclut la sincérité. La confiance se perd. Et quand la confiance se perd, il n’y a plus que des querelles. Cercle vicieux.


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