Chronique


Par José M. LABAKI.

UNE PAIX MIRACULÉE?

Capables de tous les prodiges abracadabrants, les leaders des sept (Etats-Unis, France, Allema-gne, Italie, Grande-Bretagne, Japon, Canada, plus la Russie, nouvellement convertie à la démocratie), les plus importantes démocraties réunies à Denver dans le Colorado sont, semble-t-il, déterminés, à relever tous les défis, et à relancer le processus d’une paix proche-orientale dans le coma, fondée sur le principe de «la terre contre la paix», sur lequel reposent, les accords d’Oslo. Dans une déclaration finale, le président Bill Clinton aurait dit en substance: «Nous exhortons Israël et ses voisins à ne pas entrepren-dre des actions qui entravent le processus de paix, préjugeant du résultat des négociations sur le statut définitif de Jérusalem et des territoires». Une allusion nette et claire à la construction par Israël d’une colonie juive à Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville sainte annexée en 1967. Or, depuis le début de ces travaux en mars 97, le processus de paix se trouve dans l’impasse, confronté à une crise incontournable, - la reprise des pourparlers entre Israël, la Syrie et le Liban, s’avérant impérative pour parvenir à un règlement global et définitif dans cette partie du monde. Le président Bill Clinton et ses partenaires européens ont beau se réjouir de la réussite du sommet de Denver, arguant que la paix au Proche-Orient est encore possible, aussi difficiles que puissent en être les calculs et les entraves! Entre-temps, le Liban, toujours marginalisé, brûle et saigne, en payant au quotidien, les lourdes factures d’une paix qui se trame à ses dépens. Toutefois, si d’autres problèmes semblent avoir des dimensions plus compromettantes, celui du Sionisme envenimé et rampant va de loin en profondeur, engageant l’avenir de la paix et, à long terme, son propre avenir! En effet, jamais le monde ne s’est trouvé face à un cas de conscience aussi perturbant. La création de l’Etat hébreu est une erreur flagrante, la plus grave de l’histoire contemporaine et ce n’est pas offenser la raison d’affirmer que cette outrecuidante realpolitik anglo-saxonne, contribuera à ébranler dans ses fondements une paix désespérément attendue. Au moment où nous écrivons ces lignes, la guerre à outrance au Liban et dans les territoires occupés arbitrairement livrée par Israël, continue sans vergogne, le Liban étant sa cible principale; la crise autour de la ville sudiste de Jezzine, prise en otage et confrontée à de multiples difficultés, en est la preuve évidente, sous le regard impassible de ses frères arabes. C’est écœurant et pourtant vrai. D’autre part, le creuset séparant Israël et la Syrie, va crescendo, l’administration américaine, aussi déterminée qu’elle se veut, semble à bout de souffle, avant le règlement définitif et global du conflit proche-oriental. La situation confirme, aussi, la division du monde arabe et son incapacité de présenter un front solidaire face à Israël. De surcroît, le rapprochement entre Israël et le royaume hachémite ne fait pas l’affaire du président de l’autorité palestinienne M. Yasser Arafat qui craint, un jour ou l’autre, d’être pris en tenailles, le roi Hussein, luttant bec et ongles, mais en sourdine, pour reconquérir son influence en Cisjordanie, à Gaza et dans les Lieux saints. Il est évident que, sans une convivialité à toute épreuve et une prospérité partagée entre tous les peuples de la région, entre Israéliens et Palestiniens en premier, les affrontements sont inévitables et risquent de maintenir pour longtemps le régime de dépendance et de sous-développement dans les territoires autonomes à géométrie strictement limitée.

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Mais il y a plus inquiétant! Entre les menaces israéliennes agitées au quotidien, d’une part, les discordes inter-arabes de l’autre, le monde arabe souffre d’une fâcheuse tendance à s’auto-détruire, à se laisser prendre par la hantise du déclin. Preuve en est que, voilà s’amorcer dans les rangs arabes les spirales infernales de la haine, voire de l’adversité sur fond de rancœurs séculaires, alors qu’à quelques différences près, tous relèvent de la même origine. Combien de fois, n’a-t-on pas entendu à propos de tous les conflits: “enfermer ensemble les adversaires, pour qu’ils règlent leurs problèmes entre eux, loin de toute hégémonie, aussi conciliatrice fût-elle”. Faut-il encore le faire? En l’absence de la plus élémentaire solidarité arabe, toute tentative de compromis historique conduirait, par le fait même, à une impasse non moins compromettante. Ce qui complique la conjoncture régionale ce n’est pas l’entêtement d’Israël à boycotter le processus de paix, c’est surtout et d’abord, la fragilité de certains régimes arabes où les Etats-Unis et Israël soutiennent nombre de mouvements contestataires. De toute évidence, un monde arabe désolidarisé et vindicatif, n’aura pas les moyens de se faire entendre et demeurera en-deçà de toute espérance. Alors qu’un monde arabe conjuguant solidarité, perspective, volontarisme et partenariat parviendrait ,indubitable-ment, à occuper une place dans le concert des nations. Dès qu’il saura identifier des objectifs ambitieux, faire preuve de clairvoyance dans leur définition, de sagesse et de modération dans leur exécution, ce monde arabe retrouvera assurément un pouvoir d’influence positif et rassurant. Il y va de sa crédibilité, de sa survie et, surtout, de son honneur. N’oublions pas que nous sommes à l’orée d’un mil-lénaire impitoyable à l’égard des retardataires!


“Quand il est résolu et entreprenant, dès qu’il saura identifier des objectifs ambitieux, le monde arabe retrouvera sa place privilégiée sur l’échiquier régional et international.”
Charles Corm (La Revue phénicienne)


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