Editorial


Par MELHEM KARAM

I - LE MONDE S’ABSTIENT DE SOUTENIR L’ÉVOLUTION ET LE DÉVELOPPEMENT
II - L’HUMEUR FRANÇAISE RÉTABLIT L’ÉQUIVALENCE ENTRE LA GAUCHE ET LA DROITE

- I - Il est certain, surtout après l’échec de George Bush et la victoire du sexophoniste Bill Clinton, que la politique inté-rieure régente la politique exté-rieure. Il en résulte une discor-dance dans la politique interna-tionale, pareille à celle que nous avons observée, par exemple, en Albanie, où a eu lieu une inter-vention militaire sous le com-mandement de l’Italie, sans qu’y soient mêlées l’OTAN et l’Union européenne. Le rapport annuel de l’Institut international pour les études stratégiques publié il y a une semaine à Londres, décrit avec minutie un monde qui continue à rechercher un nouveau style pour s’organiser. Et ce, sept années après la chute du mur de Berlin. L’Europe politique reste un rêve suave, un espoir pur et un «vœu pieux», selon l’expression française, au terme d’une des années politiques les plus difficiles depuis l’éclipse de l’Union soviétique. Car la Russie n’a pas retrouvé sur la scène internationale le poids de l’ex-Union soviétique du temps de la guerre froide. Il reste les Etats-Unis sans lesquels rien n’est possible, que ce soit par rapport au processus de paix au Proche-Orient, au Zaïre et en Amérique latine ou par rapport à la démocratie, laquelle traverse encore une étape de convalescence, tout en demeurant menacée par la force des cartels de la drogue. Depuis 1996 et 1997, le monde selon le dernier rapport du Centre international pour les études stratégiques, a tendance à s’isoler et à ne s’engager à offrir aucune aide en vue de l’évolution. Cela est vrai d’une manière spéciale pour les Etats Unis où l’action du président Bill Clinton est entravée, quand il s’agit de prendre la décision vitale, partant de son leadership mondial. Il est tenu de traiter avec un Congrès rebelle et féroce, dominé par l’opposition républicaine. D’autre part, en l’absence de toute menace sérieuse de l’extérieur et d’après les auteurs du rapport mentionné, les leaders de la grande démocratie sont plus enclins à prendre les décisions relatives à la politique extérieure sur base de leur contrôle de la scène intérieure.

- II - La décision concernant la monnaie européen-ne unique semble devoir être ajournée. Ceci n’encourage pas les exploitants arabes à investir dans les Etats de l’Union européenne. Car la France n’a pas encore tranché la question, Lionel Jospin, Premier ministre français, jugeant préférable de procéder à un référendum aidant le gouver-nement à trancher. Il croit qu’il existe une contradiction pos-sible entre la lutte pour l’emploi et l’édification de l’Europe, laquelle passe par le soutien du déficit et des faillites. Jospin dit qu’il tentera de déterminer une voie prenant en considération ces données contra-dictoires. Et s’il existait une option, il proposerait aux Français les éléments de cette option. La réaction du peuple appuierait le gouverne-ment, à condition qu’il adopte la position valable. Jospin a dit encore qu’il n’était pas partisan de la privatisation et fait preuve de souplesse dans ce domaine. “L’Etat, a-t-il ajouté, n’est nullement enclin à renflouer les institutions financières en difficulté”, tout en s’abstenant de répondre à des questions embarrassantes portant sur le relèvement des impôts. Le Premier ministre français s’engage, par contre, à renflouer le déficit public laissé par Alain Juppé et à œuvrer en vue d’assurer de nouveaux emplois aux chômeurs, qualifiant la mission de dure et délicate. «Mais nous nous en acquitterons et le peuple nous jugera». Ainsi, le Premier ministre est appelé à faire un choix entre les emplois perdus et le passage de la monnaie actuelle à la monnaie européenne unique. Il lui importe que le congrès autour de l’emploi, des salaires et des heures de travail prévu pour septembre, réussisse. Car la justice, telle que la conçoit Lionel Jospin, n’est pas l’égalité. Elle donne parfois davantage à ceux qui possèdent le moins et le minimum. Bien que le nouveau gouvernement soit à ses débuts et que les socialistes reviennent au pou-voir avec des options qui les différencient de la droite, les récents sondages d’opinion indiquent un rapprochement dans les voix des deux parties; cela confirme l’humeur française qui n’a ni justification, ni limites.

Photo Melhem Karam


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