QUAND L’ÉLYSÉE OUVRE SES PORTES POUR  LES   JOURNÉES DU PATRIMOINE
 
Quand l’Elysée déploie son tapis rouge 
pour les hôtes d’honneur.
 
Le président Jacques Chirac travaillant 
dans son bureau.
 
Comme tous les ans, les Journées du Patrimoine viennent de se dérouler en France, les 20 et 21 septembre. Maryvonne de Saint-Pulgent, présidente de la Caisse nationale des monuments et sites historiques, explique quelle est la vocation de ces journées: “Cela permet au citoyen de découvrir la charge historique et la beauté que porte notre patrimoine. Chaque Français prend aussi conscience de la responsabilité collective de le maintenir en bon état”.
Rappelons que c’est Prosper Mérimée qui effectua, en 1840, le premier recensement des monuments historiques de la France, en dressant une liste de ceux qui méritaient d’être conservés. Mais ce n’est qu’en 1913 que sera votée une loi juridique se rapportant à cette protection. Ainsi, on ne peut plus transformer ou détruire un monument classé. Toujours est-il que durant ces deux journées consacrées au patrimoine, le monument qui attira le plus les visiteurs est le palais de l’Elysée. La foule dut faire la queue pour avoir le privilège d’admirer cette résidence où défilèrent tous les   chefs d’Etat pour tisser l’histoire de la France. Allons, nous aussi, à sa rencontre.
 

Les lustres, les boiseries peintes 
et les tapis sont un régal pour les yeux. 
 

Une belle peinture ancienne 
décorant un coin du salon. 
 

Chaque 14 juillet, les jardins 
de l’Elysée accueillent 
une foule nombreuse. 
 
 

DU COMTE D’ÉVREUX AU BANQUIER BEAUJON
En 1718, Henri de la Tour d’Auvergne, comte d’Evreux, voulant acquérir une demeure digne de son rang, demande à l’architecte Claude Mollet de lui construire un hôtel particulier dans le faubourg Saint-Honoré. Elégant et bien agencé, avec des salons d’apparat, le bâtiment s’ouvre sur un grand jardin côtoyant la place déjà plantée d’arbres, que l’on commence à appeler Champs-Elysées. A sa mort, survenue en 1753, le comte d’Evreux lègue son hôtel à son petit-neveu, mais avec beaucoup de dettes. Pour régler les échéances de son grand - oncle, celui-ci est obligé de vendre le domaine et ses meubles.
C’est, alors, que la marquise de Pompadour, favorite du roi Louis XV, l’achète. Bien qu’elle habite Versailles, elle souhaitait une résidence parisienne en tant que protectrice des lettres et des arts. Elle décore richement le palais, mais elle y séjourne très peu, n’ayant vécu que jusqu’à quarante-trois ans. Quand elle meurt, en 1764, l’hôtel devient la propriété de Louis XV qui s’en sert comme garde-meubles, avant de le vendre au banquier bordelais Nicolas Beaujon. Cet épicurien, qui aime les belles femmes et les plaisirs de la vie, transforme les parterres réguliers du jardin en bosquets romantiques. Durant les fêtes qu’il organise, on imagine alors les couples d’amoureux blottis derrière les arbres. A la veille de sa mort, le banquier fait une dernière affaire en revendant l’hôtel au roi Louis XVI.

DE LA DUCHESSE DE BOURBON À VIGNY
Le palais de l’Elysée change encore de propriétaire quand Louis XVI le donne à sa cousine, la duchesse de Bourbon, mère du duc d’Enghien. Mais la Révolution est proche et en 1793, la duchesse est arrêtée et ses biens sont mis sous séquestre. Le parc est ouvert au public et on installe les presses de l’imprimerie nationale sur les beaux parquets du palais. Cependant, sauvée par la chute de Robespierre, la duchesse réintègre son hôtel. Elle n’a plus beaucoup d’argent et pour subsister, elle loue le rez-de-chaussée à un organisateur de bals nommé Hovyn.
Nous sommes sous le règne du Directoire et le palais retentit avec la musique des orchestres et les danses à la mode. Mais cela ne va pas durer longtemps, car rien n’est éternel dans ce monde. Rappelé à Dieu, Hovyn meurt et sa fille n’a pas la vocation de son père. Pour mieux rentabiliser l’héritage du Palais, elle en loue les appartements à des familles parmi lesquelles se trouvent les parents d’Alfred de Vigny. C’est, ainsi que le futur poète passera son enfance à jouer dans le parc de l’Elysée.

AUTOUR DE L’ÉLYSÉE-NAPOLÉON
Au début du XIXème siècle, le palais est vendu à Joachim Murat, maréchal de France et époux de Caroline Bonaparte. Devenu roi de Naples et devant habiter en Italie, il cède son domaine à Napoléon. Appelé alors Elysée-Napoléon, l’édifice qui était très endommagé par les journées révolutionnaires, retrouve toute sa splendeur. Chargé de sa restauration, l’architecte Barthélemy Vignon fait construire le grand escalier d’honneur à deux rampes dont les barreaux en forme de palmes s’appuient sur des couronnes d’olivier.
C’est à l’Elysée que l’empereur, de retour de l’île d’Elbe, prépare la campagne des Cent Jours. C’est là aussi que le 22 juin 1815, il signe son abdication.
Arrivons au 2 décembre 1852 où l’on voit le prince-président Louis Napoléon Bonaparte, qui est installé à l’Elysée, réussir son coup d’Etat. Proclamé empereur, sous le nom de Napoléon III, il quitte sa résidence pour les Tuileries. Il ne se désintéresse pas, cependant, de l’Elysée qui devient sous le Second Empire la résidence officielle des souverains étrangers.

DE MAC-MAHON À FAURE
En 1873, le palais de l’Elysée est définitivement affecté aux présidents de la République. Adolphe Thiers y séjourne durant quelques mois seulement, car il préfère demeurer à Versailles. Le président qui lui succède, Patrice Mac-Mahon, le grand vainqueur de Magenta, en Italie, habite le palais jusqu’en 1879. Après Jules Grévy qui renouvelle son mandat à soixante-dix-huit ans, Sadi Carnot donne à sa tâche un bel éclat, au double sens de ce mot, puisqu’il installe l’électricité dans l’ancien hôtel du comte d’Evreux. Son épouse est aussi la première présidente qui inaugure “l’arbre de Noël pour enfants pauvres”.

QUELQUES SOUVENIRS MARQUANTS
On ne peut citer tous les présidents qui habitèrent l’Elysée depuis la fin du XIXème jusqu’à notre époque. Mentionnons, cependant, quelques souvenirs marquants. En 1940, après le départ du maréchal Pétain, l’Elysée reste fermé. Il rouvrira ses portes en 1947 pour recevoir le premier président élu de la IVe République, Vincent Auriol. Aidé de son épouse Jacqueline, il rend au palais tout le faste du passé, en organisant de grands banquets dignes de l’art culinaire français. Par la suite, René Coty et son épouse s’imposent par leur simplicité, en donnant des repas par petites tables, beaucoup plus intimes. Ils aiment faire du jardinage et Paris découvre avec eux le goût des plantes exotiques.
L’hôte le plus prestigieux que va accueillir l’Elysée, en 1959, est certes le général Charles de Gaulle. Mais il n’aime pas ce palais du faubourg Saint-Honoré. Il le trouve trop somptueux après ses précédents «meublés de garnison». Les appartements privés qui donnent sur la rue l’étouffent aussi, car les rideaux sont tirés en permanence pour éviter les regards indiscrets. Yvonne de Gaulle, elle aussi, déteste sa nouvelle résidence et bien qu’elle ne se dérobe pas à ses devoirs, les réceptions lui pèsent.

DE POMPIDOU À CHIRAC
Avec le mandat de Georges Pompidou, en 1969, le palais subit un nouveau décor très moderne. Il faut dire que Claude, la nouvelle présidente, se passionne pour l’art contemporain. Dans le grand salon central, les sculptures de Hans Arp et les toiles de Soulanges côtoient les boiseries Second Empire, tandis que les meubles de la salle à manger sont dessinés par Paulin.
Cinq ans plus tard, Valéry Giscard d’Estaing, fait retrouver à l’Elysée toute son ancienne aristocratie. Il remplace notamment les peintures d’avant-garde par des tapisseries du XVIIIe siècle. Avec lui, c’est la première fois que le vieil hôtel se familiarise avec deux labradors, heureux de gambader sur les pelouses du jardin.
Avec l’actuel président Jacques Chirac, le palais de l’Elysée, qui n’a subi aucune transformation à l’intérieur, poursuit magnifiquement la pérennité de ses institutions républicaines.
 
 

Par GLADYS CHAMI

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