
Monte-Carlo
ce n'est pas que les belles filles, les courses automobiles, les voitures
de luxe, le casino, les Grimaldi… C'est aussi et surtout le lieu ou se
déroule chaque année le salon des images de synthèses
: le très attendu Imagina.
L’emblème de l’édition 98.
Du 4 au 6 mars s’est tenu pour la 17ème fois, le festival Imagina
dédié aux images virtuelles et leurs satellites. Organisée
par l’Institut National de l’Audiovisuel (INA),
le première édition d’Imagina
remonte à 1981. A cette époque, pas d’ordinateurs, encore
moins de réalisations en trois dimensions (3D), mais déjà
un souci de voir plus loin. Le salon est alors essentiellement axé
sur l’avenir de la télévision… et la clairvoyance des responsables
sur ce média est déjà prémonitoire ! Quelques
années et des milliers d’images plus tard, Imagina est devenu incontournable
pour tous les professionnels et amateurs d’art virtuel. De fait, le nombre
de participants (4000) depuis 1994, a quasiment doublé cette année
(7500). Des techniques aussi variées que le motion control
(reproduction de mouvements), le morphing (mutation d’un objet ou
d’un personnage vers un autre) deviennent monnaie courante dans le vocabulaire
des publicitaires, des réalisateurs et de tout assistant de production
qui se respecte. Avant de devenir la réalité de tous les
milieux artistiques. C’est avec Abyss, puis Terminator
2, que le grand public entame sa croyance en l’incroyable ! Les
“effets spéciaux” prennent une nouvelle dimension et commencent
à être labellisés “images de synthèse” ou 3D.
Des superproductions telles Jurrassic Park, Spawn, Starship
Troopers, où le coût des effets était visible à
l’écran, sont désormais inscrites dans les annales. Le luxe
d’aujourd’hui consiste à ce que l’on ne s’aperçoive de rien,
mais qu’on suppute – et encore – les trucages (Forrest Gump, Le Bossu,
Titanic…) Dur à avaler quand on sait que ni la mer, ni le ciel
qui entourent le Titanic ne sont réels.
Créer l’illusion
Parallèlement au développement de nouveaux logiciels
et à l’augmentation de la puissance des ordinateurs – génies
créateurs de ces figures géométriques de rêves
–, les studios de post production 3D prolifèrent : ILM, Pixar,
Digital Domain, Ex-Machina, Mac Guff Ligne, Ex Nihilo pour ne citer que
quelques-uns. Très rapidement, l’engouement du public fait que l’inimaginable
arriva : Imagina à l’instar d’Internet, n’est plus réservé
à des scientifiques, des spécialistes ou encore des “nerds”
(passionnés d’informatique), mais à tout un chacun, pour
peu qu’il soit un amoureux des animations 3D et des technologies de pointe.
Imagina est devenu à la 3D, ce que Cannes est au cinéma ;
les fanas de l’image ont leur temple attitré : Monaco. Les
participants, qui pour cette édition, sont venus de quelque 25 pays
ont préparé leurs productions tout au long de l’année,
afin de se rendre à Monte-Carlo, pour ce qui est devenu la grand
messe des nouvelles images. Au palmarès 98, neuf catégories
parmi lesquelles : fictions, simulation, vidéo clip, habillage
de chaînes… au total 18 récompenses dont la très convoitée
“écoles et universités” qui récompense un jeune talent.
Il s’agit cette année de SupInfoCom, dont le réalisateur
de “Migrations” (sculpture d’un ange qui s’associe au vol d’oiseaux migrateurs)
gagne 30.000 F.F. et une carte de visite lui ouvrant bien des portes. 007
est de la fête, puisque dans la catégorie générique,
“Tomorrow never dies” remporte le prix Pixel-Ina.

© Rem Infographica - Thierry Mugler - Kinetix.
Quel est le plus effrayant : son visage métallique
ou le fait que son mouvement soit plus vrai que nature ?
A gauche : Le mannequin réel avec des
capteurs sur le corps, afin de reproduire son mouvement naturel.
Adroite : Son double avec un vêtement
dont la texture peut être changée à la volée.
Photo du bas : Le résultat final sur
podium virtuel : tout est faux mais criant de vérité.
Défilé de savoir faire
Monaco, 4 mars 98, Palais des Congrès, la création numérique fait
une nouvelle victime : la Mode ! En effet, le couturier français
Thierry Mugler organise un défilé unique en son genre et devient
le précurseur des fashion shows façon troisième
millénaire. Mugler innove par le choix des outils ; ici on a opté
pour le logiciel “3DStudio Max2” (cf. RDL 1980),
qui permet grâce à des fonctions avancées, la modification
des textures et des tissus à la volée. Ce qui veut dire :
baisse des coûts de production, amortissement des dépenses et…
- Au fait, combien réclamait Naomi pour défiler à
New York ? 50.000 dollars ? Pour ce prix là, je me paye
cinq de ses clones virtuels… ! Cette anecdote a de quoi faire
sourire aujourd’hui, mais il est probable qu’elle fasse grincer des dents
dans un proche avenir. Fraîchement débarquée des mémoires
d’ordinateurs, c’est sans consistance réelle, mais avec un impact
certain que le premier mannequin fictif se déhancha sur le podium.
“La Revue du Liban” a souvent soulevé la question quant à
l’avenir des acteurs à gros cachet ou encore décédés,
que le public aimerait revoir dans tel ou tel rôle. Y a-t-il péril
en la demeure pour la profession de Top Model ? Rien n’est joué,
l’avenir nous le dira… Ne rêvons pas trop cependant, la diminution
des dépenses n’empêche pas un placement de base relativement
important. En effet, ce défilé virtuel – spécialement
développé pour l’occasion – aura quand même nécessité
plus d’un million de francs et plusieurs mois de travail ; quand on
innove, on ne compte pas !
French Touch
Thierry Mugler fait partie de la mouvance française qui s’intéresse
de très près aux nouvelles techniques, il était donc
normal qu’il fût le pionnier dans ce domaine. Contrairement aux affirmations
concernant le retard français dans le domaine d’Internet, l’initiative
et les talents de la création virtuelle ne manquent pas aux Gaulois.
Donc, le coût de l’investissement – élevé – est largement
amorti par l’utilisation, à long terme, de la technologie virtuelle.
Le tourbillon numérique faisant des émules, on trouve peu
de professions qui ne soient atteintes de numérisation aiguë,
voire de tendance 3D certaine. Les convertis regrettent rarement ce changement :
la médecine, dont les apprentis docteurs pourront déambuler
dans les artères de leurs patients ou effectuer leurs post-opérations
sur ordinateur ; les architectes qui visiteront leurs créations
avant construction en rectifiant les éventuelles failles ;
les designers qui sculpteront les courbes de nos futurs bolides, sans parler
de la publicité et du cinéma… il y en aura pour tout le monde.
Onirique
Des univers oniriques aux trucages cinématographiques, en passant
par les ride (animations destinées aux parcs d’attractions), la
beauté des images est telle que l’on oublie le danger d’une utilisation
délétère du virtuel, dont les enflammés sont
parfois les détracteurs… Le carrefour des nouvelles images est aussi
le point d’ancrage de toutes les innovations numériques. D’une dimension
nationale, Imagina a rapidement acquis une notoriété et une
envergure planétaire. Les débats abordés se font à
plusieurs voix, avec des participants venus du Japon, des Etats-Unis, du
Canada, d’Allemagne… Durant ces trois jours, tous les domaines de la création
virtuelle ont été abordés (sons, images, animations…),
mais aussi ceux de la société de l’information (problèmes
d’éthique, contrôle de l’information) ou encore le Webcasting
(diffusion de programmes en temps réel sur le Web), signifiant
que la télévision est désormais gagnée à
la cause du Net, ou bien est-ce le Réseau qui a déjà
happé la télé ? De même, la question cruciale
de l’éthique : le virtuel doit-il se plier aux mêmes
règles que le réel ou bien faut-il développer un code
de déontologie spécifique ? Ces interrogations se doivent
de rester fraîches dans les esprits en attendant des réponses
et surtout des actes…
L’actu en 3D
Entre autres nouveautés, on pouvait découvrir un service
supplémentaire de l’Agence France Presse, qui propose des documentaires
en trois dimension sur des sujets dont l’absence d’images se fait sentir
(voyage à l’intérieur du ventre d’une future maman, visualisation
d’une zone géographique non survolée, etc.) Tous les domaines
seront ainsi couverts : économique, social, politique… L’apport
d’une telle technique est probant. Supposons qu’une action d’un événement
sportif n’ait pas été filmée, la reconstitution serait
reproduite virtuellement en images de synthèse, afin de mieux visualiser
la scène. Le service dont la mise en place est prévue fin
1998, diffusera un sujet – destiné aux télévisions
– en trois dimensions par jour. Preuve s’il en est de l’inévitable
convergence des médias vers le numérique. “Numérique
Intégral” était, précisément, le thème
de cette année. La numérisation unifie les informations et
facilite ainsi leur diffusion ; grâce à la compression
numérique, qui permet de condenser les données afin de les
acheminer plus simplement dans un langage universel.
Faisons un rêve…
Ce qui tient du fantasme peut devenir réalité avec la
3D où une image virtuelle n’a de consistance que dans l’esprit de
son concepteur. Il la pense, la voit ; puis la crée pour l’animer
et enfin la partager… La technique est telle qu’il est aujourd’hui possible
de réaliser un film entier en images de synthèse, alors que
quelques scènes étaient possibles il y a seulement cinq ans.
Les effets spéciaux se fondent désormais dans le film et
peuvent si cela est voulu, passer totalement inaperçus à
l’œil du spectateur. On voit d’ici les variations dans l’utilisation de
l’imagerie virtuelle. Cloner un chef d’Etat et envoyer son double dans
un lieu à risque ou le faire saluer d’un balcon, une foule tendue
et pas forcément favorable. A Beyrouth, on ne connaît que
le dédoublement en papier (les affiches et autres effigies de “leaders”
qui défigurent nos murs…), mais imaginez un clone de Hariri au Liban…
et le rêve vire au cauchemar. Réglementons, réglementons…

Grand Prix Imagina :
Geri’s game.
Le héros, Geri, doit faire face à
un redoutable adversaire aux échecs : lui-même.
© Pixar.
2ème Prix Pixel-Ina Parc d’attraction
:
Race for Atlantis
“Ride” aquatique fulgurant !
© Imax Attraction.