
L’ETERNEL RETOUR |
||
| Nous
voilà repartis à fond de train sur notre dada favori. Comme
si ces neuf dernières années ne nous avaient rien appris.
Comme si nous venions de découvrir comment on joue aux élections
présidentielles au Liban, sous la république de Taëf.
Calcul de probabilité ou jeu de massacre, nul ne le sait. Mais cela n’empêche personne de spéculer éperdument et encourage plutôt les plus imaginatifs à se lancer dans des scénarios de guignols ou à plancher sur des puzzles, dont les pièces majeures manquent, puisque confisquées dès le départ par la raison du plus fort. A six mois de l’échéance, les efforts d’imagination sont presqu’entière-ment canalisés vers une élection sur laquelle nous avons autant de prise que si elle se déroulait sur la Voie Lactée. Par contrecoup, toutes les activités publiques semblent, elles, se préparer à entrer en hibernation. Dégonflées les réclamations salariales. Détournée la crise économique. Remisé au placard “le droit de retour des Déplacés”. Déphasés les meneurs de tapage au nom d’une saine démocratie et d’illusoires droits de l’homme. Toutes les questions épineuses se voient brusquement enrobées de points de suspension, en attendant l’avènement d’un nouveau messie, dont nous ferait cadeau une élection à forme nominative, ou une nomination à maquillage électif. Laquelle élection, en l’état actuel des choses, n’a d’autre utilité qu’à faire diversion, en occultant les problèmes demeurés sans solutions qu’a accumulés un pouvoir usé par ses propres excès. Mais, jouons le jeu. Que peut nous apporter un nouveau président? Un nouveau style? Sans doute. De nouvelles têtes, un nouvel entourage? On n’y échappera pas. De nouvelles consignes? Ce n’est pas évident. Un souffle d’air frais? Faut pas rêver. Des pèlerinages réguliers à Damas? Ça c’est certain. Quoi d’autre, à part ça et une nouvelle limousine? A part ça, rien. Ce “rien” n’est pas ici péjoratif. Il n’est pas employé pour jeter le discrédit sur un homme, dont nous ignorons actuellement l’identité. Mais la Constitution, née des élucubrations de Taëf, fait du président de la République un personnage désarmé devant les empiètements de la 2ème et de la 3ème présidences; un souffre-douleur pour les uns, un mur de lamentations pour les autres, bouc émissaire idéal et tête de turc de service. Est-ce à dire que le chef de l’Etat n’est là, en somme, que pour faire de la figuration? Pas tout à fait, mais les rares prérogatives qui lui restent ne lui permettent pas d’infléchir la politique intérieure ou extérieure du pays et son ancrage obligé dans l’orbite syrienne ne le met pas en mesure d’avoir la moindre prise sur les événements qui nous concernent. Pourquoi se bouscule-t-on, dans ce cas, aux portillons de Baabda? Le titre ronflant, l’hymne national, la garde républicaine et la préséance sont-ils suffisants pour faire baver des générations de politiciens? Certainement pas. Mais cela n’empêche pas, pourtant un taëfiste convaincu, comme M. Omar Karamé, partisan acharné du dépouillement de la première présidence de ses prérogatives de réclamer un président “fort capable de prendre la situation en main et d’imposer au pays des orientations nationales...” La question n’est pas de se mettre en quête de celui qui répondrait au portrait-robot dressé par Karamé, mais de savoir si lui, Karamé, étant Premier ministre, il laisserait un président de la République fort prendre en main le pouvoir, sans pousser des cris de peau-rouge sur le sentier de la guerre? Double langage, également, en ce qui concerne l’amendement de la Constitution. Et cet article 49 que l’on tient suspendu au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès, pourquoi ne pas le supprimer carrément et faire au pays, à ses infortunés habitants et au taux de change de sa monnaie, l’économie des secousses que provoque cet article-piège à l’approche de chaque élection présidentielle? Le mohafez de Beyrouth, M. Nicolas Saba a été mécontent de notre dernier papier. Il nous fait savoir qu’il ne dispose pas de moyens suffisants pour pouvoir exécuter les nombreux projets qu’il se propose de réaliser pour remédier à la situation qui prévaut à l’heure actuelle en matière d’urbanisme dans la capitale. Dont acte. |
![]() |
|