Chronique


Par JOSE M. LABAKI  

 

UNE MISE EN GARDE

Les odeurs écœurantes qui empestent au quotidien le climat politique, nous étouffent au point de perdre souffle et patience, de l’aveu même du Premier des nôtres qui ne cesse de crier haut et fort toute son indignation, face à la corruption, emblème de notre temps, à la mégalomanie et aux abus de pouvoir, aux dérapages et au mépris des lois, pour ne citer que ces bavures.
Dans ce magouillis nauséabond, il y a, bien sûr, les consentants chevronnés qui s’accommodent facile-ment de ce climat délétère; comme il y a, aussi, les marchands d’illusions, les vendeurs de palliatifs et les apprentis-sorciers qui ne font que compliquer les problèmes dont la solution est, depuis longtemps, désespérément, attendue.
Le Liban est en mauvaise posture, n’en déplaise au chorus qui chante des lendemains meilleurs. Il est plus que jamais impératif d’accuser les responsables de cette crise à multiples facettes, politique, économique et sociale. Mais, peut-être, serait-il plus efficace d’alerter, une fois de plus, la conscience nationale, de la secouer, avant que l’irrémédiable arrive?
Nous voilà donc pour rappeler: tant que les non-dits sur l’état de santé du Liban ne sont pas élucidés, les zones d’ombre paralysantes encombreront davantage notre mémoire fragile. Tant que la suite des maux accablants qui entravent le redressement du Liban, n’est pas traitée sérieusement par des spécialistes en la matière, les apprentis-sorciers qui détiennent les rênes du pouvoir, ne pourront jamais remédier à une maladie aussi complexe et aiguë.
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A ce brouillamini encombrant, viennent se greffer deux échéances non des moins pertinentes: les élections municipales et les présidentielles, dont nous savons long sur les enjeux et les controverses qui les entourent, auxquelles s’ajoute un processus de paix en berne. Dans ce grand remue-ménage, l’atonie ronge nos institutions et nos infrastructures délabrées, notre corps social étant le plus affecté.
Le Pouvoir, lui, se dilue dans une cohabitation bigarrée, qui a donné toutes les preuves de son incapacité à mener la barque à bon port. Où chacun essaie de protéger le moins mal possible, son avenir, celui de sa famille et de son clan; où les tenants du pouvoir, hormis quelques exceptions, s’acharnent à bien appliquer la politique du pire, au détriment d’un peuple assoiffé de justice et de liberté, alors que l’ensemble de la classe politique, toute tendance confondue, inconsciente ou cynique, semble exclusivement préoccupée de sa propre survie. Le hiatus entre les Libanais et leurs gouvernants n’a jamais été aussi énorme!
Sur les problèmes de gestion économique, le gouvernement des Trente n’arrivant pas à combler les déficits accumulés, s’évertue à inventer des charges, des surtaxes, à quémander des prêts à haut risque, comme pour hypothéquer le Liban “ad vitam eternam”. Les non-dits sur les réserves en monnaies fortes et en or inquiètent les Libanais qui s’interrogent sur la manière efficace d’arrêter l’hémorragie, tandis que la classe politique, à l’exception d’une poignée d’opposants, est engagée dans une voie entièrement conditionnée par l’allégeance à la realpolitik avoisinante. Les Libanais sentent instinctivement, aujourd’hui, qu’ils sont induits en erreur, que les propos qu’on leur tient sonnent faux.

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Quand l’Etat se porte garant des libertés publiques et des intérêts nationaux, un Etat conscient de ses responsabilités, les citoyens se sentent plus rassurés.
Quand il garantit l’ordre social, toujours à partir d’un consensus, aussi faible soit-il et en son absence, à partir d’une impartialité à toute épreuve, une justice justicière indépendante, pour faire respecter les institutions, les lois et le droit, - ce jour-là, les Libanais dormiront tranquilles. Au contraire, s’il s’aventure à imposer, arbitrairement, un modèle privilégié, en le faisant passer pour indispensable à notre survie et à nos besoins, les choses tournent mal. De tout temps l’esprit critique, “le Grand inquisiteur”, aussi modéré soit-il, ne plaît jamais aux détenteurs du pouvoir. Pourtant, ce Grand inquisiteur, est l’unique instrument en mesure de contrôler les anomalies et les abus qui discréditent l’Etat.
Accusé de convertir l’Histoire et les traditions séculaires de ce pays en un instantané insignifiant, de diffuser un état d’esprit qui légitime le désordre établi et les relations de dépendance dont le poids harrassant continue de peser sur le Liban, comme s’il s’agissait d’une reconnaissance de dette à acquitter, le Pouvoir, perplexe, tourne mal.
Dans cet archipel d’erreurs et de mésaventures, les Libanais indignés, crient leur colère. Pour une raison très simple: ils ne supportent plus les injustices commises à leur encontre. Il faut les croire et les comprendre. Ce qu’ils réclament, c’est qu’on arrête de leur faire des promesses non tenues. Ils ont soif d’un pragmatisme, clé d’or de tout pouvoir qui veut gérer au mieux les intérêts d’une nation en perte de repères. Il est grand temps, surtout, que nous soyons fidèles à la vérité, qui mérite, vraiment, de vivre et de mourir pour elle.
Il reste que, tout ce qui demeure intact dans ce pays est paralysé par cette grande interrogation, non pas “du qui trompe qui”, mais “du comment en a-t-on pu arriver là?” Et l’opinion de scander: qu’a-t-on fait du peuple le plus frondeur du monde pour le voir embarqué dans une telle galère? A toutes ces interrogations, il y a non pas un droit mais un devoir d’inventaire à exercer avant que le pire n’arrive.
Bref, et comme on ne croit plus en rien ni en personne, seules des options réelles et convaincantes peuvent devenir demain des raisons d’espérer et de vivre dans un Liban libre, fort, prospère et souverain, fidèle à ses traditions et non en un Liban qui a perdu tous ses fondements, abandonné, à lui-même, flottant sans amarre et courant à un naufrage inévitable. A ce moment-là, le repentir ne servira à rien. Puisse cette mise en garde alerter les consciences endormies!

 
 “Au nom de la libre circulation de l’information et de la diffusion des images, l’Amérique tient à la fois à faire connaître son mode de vie, ses valeurs et briser le perfectionnisme du génie français.” 

IRWIN WALL 
(Professeur à l’Université  de Riverside “l’Influence américaine en France”) 
 

 

  

 


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