Les
odeurs écœurantes qui empestent au quotidien le climat politique,
nous étouffent au point de perdre souffle et patience, de l’aveu
même du Premier des nôtres qui ne cesse de crier haut et fort
toute son indignation, face à la corruption, emblème de notre
temps, à la mégalomanie et aux abus de pouvoir, aux dérapages
et au mépris des lois, pour ne citer que ces bavures.
Dans ce magouillis nauséabond, il y a, bien sûr, les consentants
chevronnés qui s’accommodent facile-ment de ce climat délétère;
comme il y a, aussi, les marchands d’illusions, les vendeurs de palliatifs
et les apprentis-sorciers qui ne font que compliquer les problèmes
dont la solution est, depuis longtemps, désespérément,
attendue.
Le Liban est en mauvaise posture, n’en déplaise au chorus qui
chante des lendemains meilleurs. Il est plus que jamais impératif
d’accuser les responsables de cette crise à multiples facettes,
politique, économique et sociale. Mais, peut-être, serait-il
plus efficace d’alerter, une fois de plus, la conscience nationale, de
la secouer, avant que l’irrémédiable arrive?
Nous voilà donc pour rappeler: tant que les non-dits sur l’état
de santé du Liban ne sont pas élucidés, les zones
d’ombre paralysantes encombreront davantage notre mémoire fragile.
Tant que la suite des maux accablants qui entravent le redressement du
Liban, n’est pas traitée sérieusement par des spécialistes
en la matière, les apprentis-sorciers qui détiennent les
rênes du pouvoir, ne pourront jamais remédier à une
maladie aussi complexe et aiguë.
***
A ce brouillamini encombrant, viennent se greffer deux échéances
non des moins pertinentes: les élections municipales et les présidentielles,
dont nous savons long sur les enjeux et les controverses qui les entourent,
auxquelles s’ajoute un processus de paix en berne. Dans ce grand remue-ménage,
l’atonie ronge nos institutions et nos infrastructures délabrées,
notre corps social étant le plus affecté.
Le Pouvoir, lui, se dilue dans une cohabitation bigarrée, qui
a donné toutes les preuves de son incapacité à mener
la barque à bon port. Où chacun essaie de protéger
le moins mal possible, son avenir, celui de sa famille et de son clan;
où les tenants du pouvoir, hormis quelques exceptions, s’acharnent
à bien appliquer la politique du pire, au détriment d’un
peuple assoiffé de justice et de liberté, alors que l’ensemble
de la classe politique, toute tendance confondue, inconsciente ou cynique,
semble exclusivement préoccupée de sa propre survie. Le hiatus
entre les Libanais et leurs gouvernants n’a jamais été aussi
énorme!
Sur les problèmes de gestion économique, le gouvernement
des Trente n’arrivant pas à combler les déficits accumulés,
s’évertue à inventer des charges, des surtaxes, à
quémander des prêts à haut risque, comme pour hypothéquer
le Liban “ad vitam eternam”. Les non-dits sur les réserves en monnaies
fortes et en or inquiètent les Libanais qui s’interrogent sur la
manière efficace d’arrêter l’hémorragie, tandis que
la classe politique, à l’exception d’une poignée d’opposants,
est engagée dans une voie entièrement conditionnée
par l’allégeance à la realpolitik avoisinante. Les Libanais
sentent instinctivement, aujourd’hui, qu’ils sont induits en erreur, que
les propos qu’on leur tient sonnent faux.
***
Quand l’Etat se porte garant des libertés publiques et des intérêts
nationaux, un Etat conscient de ses responsabilités, les citoyens
se sentent plus rassurés.
Quand il garantit l’ordre social, toujours à partir d’un consensus,
aussi faible soit-il et en son absence, à partir d’une impartialité
à toute épreuve, une justice justicière indépendante,
pour faire respecter les institutions, les lois et le droit, - ce jour-là,
les Libanais dormiront tranquilles. Au contraire, s’il s’aventure à
imposer, arbitrairement, un modèle privilégié, en
le faisant passer pour indispensable à notre survie et à
nos besoins, les choses tournent mal. De tout temps l’esprit critique,
“le Grand inquisiteur”, aussi modéré soit-il, ne plaît
jamais aux détenteurs du pouvoir. Pourtant, ce Grand inquisiteur,
est l’unique instrument en mesure de contrôler les anomalies et les
abus qui discréditent l’Etat.
Accusé de convertir l’Histoire et les traditions séculaires
de ce pays en un instantané insignifiant, de diffuser un état
d’esprit qui légitime le désordre établi et les relations
de dépendance dont le poids harrassant continue de peser sur le
Liban, comme s’il s’agissait d’une reconnaissance de dette à acquitter,
le Pouvoir, perplexe, tourne mal.
Dans cet archipel d’erreurs et de mésaventures, les Libanais
indignés, crient leur colère. Pour une raison très
simple: ils ne supportent plus les injustices commises à leur encontre.
Il faut les croire et les comprendre. Ce qu’ils réclament, c’est
qu’on arrête de leur faire des promesses non tenues. Ils ont soif
d’un pragmatisme, clé d’or de tout pouvoir qui veut gérer
au mieux les intérêts d’une nation en perte de repères.
Il est grand temps, surtout, que nous soyons fidèles à la
vérité, qui mérite, vraiment, de vivre et de mourir
pour elle.
Il reste que, tout ce qui demeure intact dans ce pays est paralysé
par cette grande interrogation, non pas “du qui trompe qui”, mais “du comment
en a-t-on pu arriver là?” Et l’opinion de scander: qu’a-t-on fait
du peuple le plus frondeur du monde pour le voir embarqué dans une
telle galère? A toutes ces interrogations, il y a non pas un droit
mais un devoir d’inventaire à exercer avant que le pire n’arrive.
Bref, et comme on ne croit plus en rien ni en personne, seules des
options réelles et convaincantes peuvent devenir demain des raisons
d’espérer et de vivre dans un Liban libre, fort, prospère
et souverain, fidèle à ses traditions et non en un Liban
qui a perdu tous ses fondements, abandonné, à lui-même,
flottant sans amarre et courant à un naufrage inévitable.
A ce moment-là, le repentir ne servira à rien. Puisse cette
mise en garde alerter les consciences endormies! |
“Au nom de la libre circulation de l’information et de la
diffusion des images, l’Amérique tient à la fois à
faire connaître son mode de vie, ses valeurs et briser le perfectionnisme
du génie français.”
IRWIN WALL
(Professeur à l’Université de Riverside “l’Influence
américaine en France”)
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