Editorial


Par MELHEM KARAM 

 
I - LES CINQUANTE ANS... ET LES JOURNÉES ISRAÉLIENNES MOROSES
II - LA DICTATURE... ET LE “HARCÈLEMENT JUDICIAIRE” CONTRE LES MILITAIRES
- I -
Les cinquante années qui se sont écoulées depuis la naissance d’Israël, abondent en revers ayant fait perdre au peuple son sourire. Le pire a consisté en l’accession au pouvoir de Benjamin Netanyahu avec son intransigeance et la férocité avec laquelle il traite les affaires engageant l’avenir de la nation et les questions fondamentales. Cette arrogance a torpillé tous les espoirs, en éradiquant de leurs racines tous les accords d’Oslo. De plus, elle a engendré un courant de rancune ayant remplacé le désir de favoriser un règlement et une solution, doublée d’une inquiétude des Israéliens sur leur sort et leur avenir.
Vingt ans après le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 425 exigeant un retrait immédiat et inconditionnel d’Israël du Liban, la cause libanaise semble être revenue sur la scène, pour devenir la question urgente de l’heure par rapport aux Israéliens.
La façon avec laquelle le Premier ministre Netanyahu traite le dossier palestinien et le processus de paix, n’est pas de nature à engager Beyrouth et Damas sur la voie de l’entente avec l’Etat hébreu.
C’est pourquoi, les Libanais et les Syriens, sans être pris de court, ont rejeté la proposition israélienne relative à l’évacuation du Liban-Sud, en contre-partie “d’arrangements de sécurité”. Cependant, cette occupation coûte très cher à Israël, par des pertes en vies humaines dans les rangs de l’armée “Tsahal”.
Dans la chaleur de la crise irakienne, susceptible d’impliquer davantage les Nations Unies, en les poussant à hâter le processus de paix, l’Etat hébreu semble enclin à ouvrir le volet libanais. Dans cette orientation s’inscrit la tournée européenne de Netanyahu qui l’a conduit à Bonn, Oslo et Londres. En même temps, et dans le même but, Yitzhak Mordehai, ministre israélien de la Défense, se rendait à Paris et à La Haye.
Les Israéliens considèrent, à juste raison, que le cœur et l’oreille de la France sont pour le Liban; qu’avec ses partenaires européens, elle peut être un médiateur efficace dans cette étape délicate que traverse le processus de paix.
Le chef du Quai d’Orsay, Hubert Védrine, était très clair en proclamant, à l’heure où Israël lançait son initiative: “Nous ne pouvons demander à nos amis libanais d’accepter les arrangements de sécurité dont ils ne veulent pas”. Depuis longtemps, Paris œuvre en faveur d’une paix “globale et juste”. Elle ne peut admettre que l’occupation du Liban fasse oublier celle de Cisjordanie. Israël doit réaliser qu’un retrait inconditionnel du territoire libanais peut faire accélérer les choses. J’ai dit un retrait inconditionnel et rien d’autre.
Aussi, l’expression d’Amnon Shahak, chef d’état-major israélien, lui est-elle retournée, celle où il dit: “Nous pouvons supporter la situation actuelle pendant cent ans encore”.
Cherchez donc des gens crédules disposés à vous croire!
- II -
La dictature et l’hégémonie restent dans le monde, à travers l’Histoire, deux nœuds impossibles à trancher. Nul n’a béni le retour du général chilien Augusto Pinochet, après avoir abandonné le commandement de l’armée de terre (les fantassins) et désigné à sa place le général Ricardo Cafarina, pour siéger lui-même en tant que membre permanent du sénat. C’est ce qu’il a décidé le jour où il a gouverné par le sang pendant vingt-cinq ans, après avoir renversé le président Salvador Allende, en le tuant dans son palais qu’il avait investi.
Ce fait, nul ne veut l’aborder, ni le pardonner à cet homme dont des manifestations quotidiennes réclament l’expulsion du sénat chilien.
Les dictatures se ressemblent partout; de même que l’affaire des militaires quand ils gouvernent avec le fer et le feu. Le retour à la démocratie après les années passées par la junte militaire au pouvoir (1976-1983), n’a pas permis de jeter la lumière sur le sort de vingt mille citoyens portés disparus en Argentine. De même, les tentatives réitérées n’ont pas permis de faire assumer aux soldats la responsabilité des assassinats et de la torture. Ainsi, le pays tout entier paraît être une proie facile à une crise sociale et économique sans pareille.
Quinze ans après la chute de la dictature, l’Argentine est loin d’avoir récupéré la démocratie. Puis, un danger perpétuel plane au-dessus de ceux qui réclament des comptes, un droit à la parole et des sentences équitables pour les crimes perpétrés par l’armée. C’est que ceux qui s’opposent à la sécurité ayant leur équilibre ébranlé, par la sale guerre engagée par les généraux, se sentent portés à poursuivre cette bataille, dans un climat quasi-secret et interdit.
La nuit, les parents des “absents” évitent de se déplacer dans les rues non éclairées, de peur d’être kidnappés, comme durant “les années sombres”. Si un citoyen faisant partie des gens du refus est étudiant ou syndicaliste, la “bande policière” n’accepte pas de sa part, ni refus ni critique. La démocratie argentine s’est ouverte sur une large blessure et sur une justice boiteuse profonde, n’ayant rien de juste.
Selon les statistiques d’“Amnesty International”, trente mille personnes ont disparu entre 1976 et 1983, la responsabilité des auteurs des enlèvements n’ayant pas été déterminée. La justice n’a pas suivi son cours. Aussi, chaque jeudi à 17h30, les mères et grands-mères des victimes de la dictature, la tête recouverte d’une écharpe blanche, se rassemblent-elles sur la place de mai, le centre riche de Buenos Aires, place dans laquelle ils tournent depuis vingt ans sans arrêt. Leur porte-parole dit: “L’affaire par rapport à nous, est une affaire de moralité et tant que la justice est inexistante, il n’y aura pas de démocratie.”
L’absence de châtiment est impardonnable, même si elle persiste et prend de l’ampleur. Surtout après les aveux d’Alfredo Astiz, le militaire responsable de la marine. Quand il parle de son rôle de bourreau durant le règne de la dictature, il affirme que ceux qui sont considérés comme disparus avaient été liquidés, définitive-ment, en vertu des lois militaires et de la limite maxima de la peine.
Le président Menem a demandé la comparution d’Astiz devant la justice, mais ce dernier et avec lui des dizaines d’officiers et de généraux, ont pu bénéficier de la souplesse de la loi, en vertu de laquelle ils ont juré de ne plus commettre d’erreurs et de proclamer leur soumission absolue à l’Etat. Et ce, sous le mandat de l’ex-président Raul Alfonsin (1983-1989) qui a gracié de la peine tous les responsables du terrorisme sous le règne de la dictature.
Carlos Menem a complété la mesure de grâce, en faisant bénéficier d’une amnistie spéciale les trois chefs de la junte militaire en 1990, en vertu d’une loi dite “loi du pardon”. Dernièrement, il a dit qu’il opposait un veto franc aux demandes d’annulation de cette amnistie. C’est ce que réclament les opposants du centre-gauche “faribazo” et les communistes. Et il a dénoncé, en suscitant la colère de beaucoup de citoyens, ce qu’il a appelé “le harcèlement judiciaire” pratiqué contre l’armée.
Si elle ne passe pas par l’Argentine, la justice peut prendre fin en Europe et en France. La condamnation d’Astiz à cause de son enlèvement de deux religieuses françaises: Alice Dumont et Léonie Duquet, a été favorablement accueillie. Cependant, les organisations pour la défense des droits de l’homme se sont dirigées vers l’Espagne et, avec elles, les “mères de la place de Mai” et les opposants, pour y soulever le crime de l’extermination collective dont nul ne peut imaginer qu’il puisse être amnistié, car c’est le fait de la Providence à l’exclusion de toute autre puissance.
Ainsi, la dictature, l’emprise, la répression et la criminalité, demeurent les ennemis naturels de toute liberté, en particulier la liberté d’expression et d’opinion. Avec tous les hommes, nous continuerons à défendre les libertés et à condamner leurs bourreaux.
Photo Melhem Karam

Home
Home