Au terme de ses interminables concertations
Hariri invite les Libanais à ne pas perdre patience...
...Après avoir échoué dans sa tentative (à Damas) de changer de gouvernement

 
Au récent sommet de Damas, les présidents Hraoui, Berri et Hariri ont résolu “de continuer  
à coopérer” jusqu’aux élections présidentielles. 

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En dépit du mutisme observé autour du dernier sommet libano-syrien et, surtout, de la teneur des sujets évoqués, on a pu connaître l’essentiel des discussions et des décisions prises. 

A part les réunions auxquelles ont pris part, en plus des présidents Hraoui et Assad, les présidents Berri, Hariri et M. Farès Bouez, du côté libanais; MM. Abdel-Halim Khaddam et Farouk el-Chareh, du côté syrien, les deux chefs d’Etat ont eu plus d’un tête-à-tête. Puis, le président Assad a conféré, séparément, avec MM. Berri et Hariri, ceux-ci ayant par la suite eu un entretien avec le président Hraoui, en présence de M. Khaddam. 
Il va sans dire que les sujets de portée régionale et arabe, en plus de la proposition israélienne relative à l’application de la résolution 425, ont figuré en tête de l’ordre du jour des entretiens. Mais cela n’a pas relégué au second plan les problèmes libanais, en particulier ceux autour desquels la “troïka” ne parvient pas à faire l’unanimité. 
On sait que le président Hraoui a critiqué la gestion gouvernementale devant les membres de l’Assemblée, la veille du sommet bipartite, alors que les présidents Berri et Hariri avaient eu le même jour une prise de bec sous l’hémicycle. Mais M. el-Chareh, en visite, alors, au palais de Baabda, était parvenu à les raccommoder... 

DOUBLE VOLET LOCAL ET RÉGIONAL 
Quoi qu’il en soit, les trois présidents vont s’employer à concrétiser les résolutions de Damas au double volet local et régional. 
Au plan régional, le sommet a opposé une fin de non-recevoir à la proposition israélienne (piégée) relative à la résolution 425, le Liban et la Syrie s’en tenant au texte de la résolution, telle qu’adoptée en 1978 par le Conseil de Sécurité. 
La position libano-syrienne devait être notifiée à M. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, après que M. Robin Cook, chef du Foreign Office, en a été informé au préalable. 
Au plan local, le président Assad est parvenu à obtenir l’accord des présidents Hraoui, Berri et Hariri sur les points ci-après: 
- double amendement de l’article 49 de la Constitution au cours de la session ordinaire de la Chambre, en vertu d’une proposition du chef de l’Etat ou d’une motion déposée par dix députés, que le Cabinet adopterait. 
- Envisager des élections présidentielles prématurées, comme l’ont proposé MM. Hraoui et Hariri, par la révision de l’article 73 de la Constitution, en raison de la situation socio-économique. Après délibérations, il a été jugé préférable de surseoir à une décision à ce sujet, en attendant de voir comment la conjoncture évoluera... 
- Les présidents Hraoui et Hariri ont suggéré la mise sur pied d’un nouveau Cabinet, arguant de la mauvaise gestion de l’actuelle équipe ministérielle. Mais le président Berri s’y est opposé, estimant que le délai restant du mandat présidentiel ne permet pas une telle éventualité. La partie syrienne s’est rangée de l’avis du chef du Législatif. 
En ce qui concerne les élections municipales et des moukhtars, la tendance est en faveur de leur organisation dans le délai prévu, la décision définitive devant dépendre de l’évolution de la situation au double plan interne et régional... 

VERS L’INSTITUTION DE NOUVEAUX IMPÔTS? 
Le fait pour les dirigeants syriens de s’être prononcés en faveur du statu quo gouvernemental, tout en promettant leur aide au président Hariri pour surmonter les difficultés auxquelles il se trouve en butte, porte les milieux de l’opposition à craindre que le chef du gouvernement en prenne prétexte pour instituer de nouveaux impôts et taxes, afin de financer certains projets: taxe de un pour cent sur le chiffre d’affaires, relèvement du prix de l’essence, etc... 
Le président du Conseil peut agir dans ce sens, à l’effet de provoquer une levée de boucliers et, partant, invoquer l’instabilité politique pour relancer son idée concernant les élections présidentielles anticipées. 
Il importe de faire état ici des concertations que M. Hariri a poursuivies, cette semaine, avec les chefs spirituels des communautés religieuses et avec le président de la Ligue maronite, M. Pierre Hélou qui avait conféré, samedi dernier, avec le Dr Bachar el-Assad. 
Mais ces concertations semblent n’avoir pas donné les résultats qu’en escomptait le Premier ministre, lequel a promis de rendre compte de ses rencontres avec les instances politiques, religieuses et syndicales dans les jours à venir. 

RÉVISION CONSTITUTIONNELLE EN OCTOBRE... 
Pour en revenir au sommet libano-syrien, la coterie de la “troïka” laisse entendre que la révision de la Constitution est reportée jusqu’en octobre... ce qui entretient la confusion quant à l’intention des responsables - et des “décideurs” - en ce qui concerne les présidentielles... 
Pendant ce temps, M. Hariri ne cache pas son désappointement quant à l’impossibilité de changer le gouvernement ou, tout au moins, de le remanier, pour en exclure les ministres frondeurs... N’a-t-il pas confié au cardinal Sfeir et aux prélats de la communauté maronite, quand il les a rencontrés à Bkerké pendant sept heures, que l’équipe gouvernementale peut être répartie en trois catégories: d’un côté, les éléments sages et pondérés; de l’autre, “ceux qui ont perdu la raison”; enfin, les ministres “qui devraient être en prison...” 
Quand il s’est entretenu, lundi soir, avec la Ligue maronite, M. Hariri a fait endosser à la “situation peu saine”, l’instabilité politique, mais sans y mêler la “troïka”. 
Quelle a été, en fait, la teneur de l’entretien que M. Hariri a eu avec la Ligue maronite? Selon une source renseignée, le Premier ministre a parlé durant trois heures de la politique du gouvernement au plan de la reconstruction dont il a pris la défense, s’étendant sur les travaux d’infrastructure et disant que les réseaux du téléphone et de l’électricité s’étaient considérablement améliorés. 

ET LE PROBLÈME DES DÉPLACÉS? 
En ce qui a trait au problème des personnes déplacées, le président du Conseil a attribué le retard de leur retour à la “situation politique complexe”, d’autant que la priorité a été donnée à la capitale. 
Puis, il a défendu sa politique financière la qualifiant “de saine et de très sage”. A ce propos, il a vanté les décisions prises par le forum des amis du Liban ayant tenu ses assises, il y a près de deux ans à Washington, estimant que notre pays continue à bénéficier du soutien qui lui a été promis dans la capitale fédérale. 
Enfin, il a promis de trancher, dans le plus bref délai, le problème que pose la réorganisation des FSI. 
En bref, le Premier ministre a prodigué les promesses, comme son habitude, en invitant les citoyens à ne pas perdre patience... Mais jusqu’à quand continueront-ils à attendre le salut qui tarde à venir? 


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