“Kofi Annan a besoin d’activer le rôle de la FINUL
au Liban”, confie Ghassan Salamé .
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Ghassan Salamé
est, depuis 1986, directeur de recherche au CNRS (CERI) et professeur à
l’Institut d’études politiques de Paris.
Né au Liban en 1951, à Mazraat Kfardébiane
(Kesrouan), il est titulaire d’un doctorat en lettres, d’un doctorat en
sciences politiques et d’un DEA en droit. Avant son installation en France,
il a enseigné les sciences politiques à l’université
Saint-Joseph et à l’université américaine de Beyrouth;
a, aussi, été Rockefeller Fellow in International Relations
(1981), membre du Social Science Research Council à New York (1985-1990)
et co-directeur du programme “State, Nation and Integration in the Arab
World” (1986-1991).
Membre du conseil scientifique de l’Institut de recherches sur
le Maghreb contemporain (Tunis) et du comité éditorial de
plusieurs revues universitaires, il commente, régulièrement,
la politique internationale dans les médias.
Son ouvrage le plus récent qui a obtenu trois prix, est:
“Appels d’empire”: ingérences et résistances à l’âge
de la mondialisation, Fayard, 1996. Il a, également, dirigé
“Démocraties sans démocrates: politiques d’ouverture dans
le monde islamique” (Fayard, 1994, traduit en anglais, en arabe et en espagnol),
“Proche-Orient: les exigences de la paix” (Complexe, 1994), “The Foundations
of the Arab State et The Politics of Arab Integration”, (Croom Helm, London,
1990).
Tous ces titres n’ont nullement affecté sa simplicité
et sa cordialité. Au début de notre entretien, il dit son
attachement viscéral allant au chauvinisme, à son village
natal Mazraat Kfardébiane (Kesrouan).
LES 20 ANS DE LA FINUL AU LIBAN-SUD
- Comment qualifiez-vous la visite de M.
Kofi Annan au Liban?
“La visite de M. Annan au Liban sera importante pour plusieurs raisons:
il y a au Liban-Sud cinq mille hommes qui dépendent de lui et il
les connaît bien pour avoir été chargé des “Casques
bleus” dans le monde durant de longues années.
“M. Annan fait face à un vrai dilemme concernant ces contingents,
parce qu’à ce jour, le 20 mars, cela fera vingt ans qu’ils sont
installés au Liban, date à laquelle fut votée la résolution
425 par le Conseil de Sécurité.
“Puis, il a deux problèmes à résoudre: M. Annan
a, de plus en plus, de peine de trouver une source de financement pour
ces hommes, car la communauté internationale depuis quelques années
est sollicitée de partout, pour envoyer des “Casques bleus”, alors
que le budget des Nations Unies est largement déficitaire, parce
que les USA ne paient pas leur part, les sommes allouées à
la FINUL ayant chuté de 40%.
“Il y a des risques qu’elles tombent encore plus bas, car l’argent
des Nations Unies est affecté à beaucoup d’opérations
au Cambodge, au Tadjikistan, au Caucase, etc... Pour sept opérations
des Nations Unies les années précédentes, il y en
a trente aujourd’hui et le budget n’a pas beaucoup changé. Pour
que le secrétaire général puisse convaincre les membres
du Conseil de Sécurité de l’ONU et ceux de l’assemblée
générale de la nécessité de maintenir la mission
de la FINUL au Liban-Sud, il faut qu’il puisse leur montrer leur utilité.
“M. Annan est, donc, très soucieux d’activer le rôle de
cette force déployée depuis vingt ans, mais dont l’utilité
a été relativement marginalisée, puisqu’elle n’a pas
réussi, en 1982, à arrêter les troupes israéliennes
lors de l’invasion du Liban et n’a pas réussi non plus à
rétablir la paix au Liban-Sud.”
LA MISSION DE LA FINUL CONTESTÉE
“Il y a des contestataires qui, à chaque renouvellement tous
les six mois du mandat de la FINUL, rétorquent, systéma-tiquement,
que c’est de l’argent dépensé pour rien et conseillent de
fermer cette fenêtre qui coûte à l’ONU 120 millions
de dollars par an, contre 250 millions, il y a quelques années et
de retirer ces troupes qui ne servent plus à rien.
“Bien entendu, ceci ne servirait pas les intérêts du Liban,
lequel veut que les Casques bleus restent témoins de ce qui arrive
dans notre pays. De même, le Liban risque à n’importe quel
moment s’il y a un retrait israélien, d’avoir subitement grand besoin
des forces de la FINUL. C’est pourquoi, il préfère qu’ils
restent sur place, en espérant que la résolution 425 finira
par être appliquée.
“Le deuxième problème réside dans le fait qu’il
y a eu des développements sur le terrain. Au début de cette
année, le gouvernement israélien a décidé après
vingt ans d’attente et de refus, d’accepter la 425. Depuis, les problèmes
ont commencé, car les Israéliens n’ont pas accepté
cette résolution telle qu’elle a été votée
et posent des conditions. Cette résolution exige un retrait immédiat,
inconditionnel, non négocié. Or, les Israéliens réclament
des arrangements de sécurité en contrepartie du retrait.
Tout cela, est contraire au texte de la résolution 425.
“Le Liban refuse la condition israélienne qu’il considère
comme un piège destiné à dissocier les positions libanaise
et syrienne.”
CHANGEMENT DE L’ÉQUATION
Et M. Salamé de conclure: “C’est une phase nouvelle et délicate
où M. Annan, sans l’avoir véritablement demandé, ni
cherché, mais du fait de la détérioration de la situation
au Liban-Sud et du changement de la position israélienne doit, aujourd’hui,
s’y impliquer davantage. C’est pourquoi, il n’est pas impossible que cette
première visite en Israël et au Liban soit, peut-être,
le point de départ d’une revitalisation de son rôle et de
celui de la FINUL.
“Une équation nouvelle est en train de s’ouvrir sur ce chapitre.
Certes, le fossé reste énorme entre les positions israélienne
et libanaise, mais il y a, tout de même, assez de mouvement pour
permettre au secrétaire général de tenter d’envisager
un rôle pour les Nations Unies.”
“La visite de Kofi Annan au Proche-Orient est importante, car contrairement
à ce qu’écrit la presse israélienne, ces derniers
jours, celui-ci n’est porteur d’aucun plan, mais il va poser une question
simple: l’équation ayant empêché l’application de la
425 pendant vingt ans, a-t-elle changé et sommes-nous dans une nouvelle
phase?” |