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| LES CONSULTATIONS DE M. HARIRI
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| Les
larges consultations entreprises par M. Hariri durant les dernières
semaines avec tous les groupements politiques, les syndicats, les associations
économiques et jusqu’aux hiérarchies religieuses, témoignent
d’une conception de la démocratie (car c’est bien de ce principe
que se prévaut M. Hariri) qui ne correspond pas du tout à
la conception classique d’un régime parlementaire tel qu’établi
par les diverses Constitutions libanaises depuis 1926.
Une constitution parlementaire organise, essentiellement, ce qu’on appelle la lutte pour le pouvoir de manière à ce qu’elle se déroule dans la paix civile et le respect des libertés publiques. Or, tout se déroule, depuis l’acces-sion au pouvoir de M. Hariri comme si, dans l’esprit du chef du gouvernement, l’idée même de lutte pour le pouvoir est une idée saugrenue. Le jeu parlementaire n’a pas lieu d’être; il faut le supprimer. Dès lors que le Premier ministre estime qu’il fait de son mieux pour le bien public, qu’il est sincère, honnête, animé de la meilleure volonté du monde et qu’il agit en “bon père de famille”, il n’y a qu’à l’aider à réussir. “Nous sommes tous responsables; vous avez des solutions aux problèmes du pays meilleures que les miennes? Donnez-les moi; je vous écoute. Sinon, taisez-vous et laissez-moi travailler.” C’est à peu près à cela que se résume, depuis quelque temps, le sens du discours officiel. Cela peut marcher, peut-être, dans une monarchie ou un émirat de la presqu’île arabique. Cela peut-il fonctionner au Liban où les traditions sont différentes et l’esprit public tourné vers le modèle européen? Tel est, actuellement, le problème qui crée un fossé d’incompréhension entre le chef du gouvernement et ceux qui en critiquent la gestion. Cette gestion a été marquée par un certain nombre
d’échecs que M. Hariri ne peut plus nier, mais pour lesquels il
avance des excuses ou des justifications. Par exemple: les déficits
budgétaires qui s’accumulent, le blocage du retour des personnes
déplacées, la baisse continue du pouvoir d’achat de la monnaie,
l’inachèvement de la réconciliation nationale, la corruption
dans l’administration, les querelles périodiques entre les détenteurs
du pouvoir, l’absence de solidarité ministérielle, etc...
Et, dans l’ensemble, des promesses non tenues et un ordre des priorités
largement contesté.
En fin de compte, M. Hariri est appelé, au bout de ces consultations
qui l’ont mené jusqu’à Damas, à redresser lui-même
la barre. Puisqu’il entend gouverner en bon père de famille, il
lui faut corriger lui-même les défauts de sa gestion, en tenant
davantage compte des observations qu’il a recueillies de ses nombreux interlocuteurs
de ces dernières semaines.
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