
OUI AU MARIAGE CIVIL, MAIS... |
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| Le
mariage civil a finalement abouti à un divorce entre le président
de la république et le Premier ministre. Parmi les gracieuse-tés
échangées à cette occasion, tout y a passé:
incompatibilité d’humeur, cruauté mentale, viol de dame Constitution
(qui semble n’être là d’ailleurs que pour ça), flagrant
délit d’infidélité, mauvaise foi, démagogie
bon marché, gesticulations de matamore, tentative d’intimidation,
opportunisme politico-confessionnel... Comme on le voit, les couteaux volent
bas dans le ménage à trois de la IIème république.
Le linge sale s’étale, désormais, en public et rien n’y fait, pas même le détergent hyper-actif de la grande sœur. Laquelle grande sœur en a par-dessus le Barada de cette classe de geignards qui passent leur temps à se chiper les billes pour aller, ensuite, pleurnicher dans le gilet du surveillant. Les voilà maintenant - et nous avec - dans une impasse. Le moyen d’en sortir? Personne n’en sait rien, vu que les inventeurs habituels de solutions boîteuses, virtuoses de la coupe des cheveux en quatre, semblent avoir, cette fois-ci, donné leur langue au chat. Comment concilier entre les thèses des tenants du mariage civil qui le considèrent comme un pas de géant sur le chemin de l’évolution et une tête de lance contre le confessionnalisme, et celles de ceux qui n’y voient qu’un moyen subversif et pervers pour déstabiliser la religion et ridiculiser les croyances les plus sacrées? Beaucoup d’arguments ont été avancés en faveur du mariage civil et ce, par les plus grands juristes et les plus éminents sociologues du pays. On a parlé du libre choix, du cas des personnes n’appartenant pas aux 18 communautés religieuses, officiellement reconnues au Liban, qui se retrouvent soit dans l’impossibilité de se marier, soit contraintes de se convertir - en dépit de leurs convictions - à l’une ou l’autre des religions qui ont pignon sur rue. On a parlé de l’absurdité de l’attitude officielle qui prohibe ce genre d’union au Liban, mais l’accepte sans piper mot si elle est conclue à l’étranger, même entre deux Libanais. On a évoqué l’établissement et le resserrement des liens entre les différentes composantes de la population. On a avancé la suppression du confessionnalisme politique qui, aux dires de ses détracteurs, est pire que les sept péchés capitaux et les sept plaies d’Egypte réunis. On a dit que, facultatif, il ne saurait en aucun cas léser la religion, puisque ceux qui ont des convictions religieuses et sont pratiquants n’y auraient pas recours, alors qu’il est intolérable d’imposer aux autres ces mêmes convictions. Et d’ailleurs, toutes les religions ne reconnaissent-elles pas que la contrainte ne saurait s’exercer surtout dans le domaine de la foi? Pourquoi donc, dans ce cas, ces vociférations et cette frénésie qui ont accueilli la décision prise par plus des deux-tiers du Conseil des ministres? En sautant dans le train en marche des protestataires, le président Hariri est-il motivé par une véritable raison d’Etat, ou bien se laisse-t-il emporter par les remous d’une rue que les discours incendiaires, les calicots vengeurs et les slogans hystériques mettent en ébullition? Et à propos de rue, depuis quand cette rue reste-t-elle fidèle à ses idoles du moment? Et depuis quand peut-elle faire accéder celui qui la suit, à la dignité de calife des califes, commandeur des croyants? On comprend mieux, par contre, l’attitude des autorités religieuses toutes confessions confondues, quand elles crient au déïcide. Pour le clergé chrétien, les fidèles qui contractent un mariage civil se mettent hors de l’Eglise et sont excommuniés d’office. Pour les musulmans, ce sont des apostats. Et j’ignore de quel genre de sanctions est frappée l’apostasie dans l’Islam. Mais, mis à part le droit canon et le droit coranique, mis de côté les dogmes des uns et les fatwas des autres, il n’en demeure pas moins que le mariage civil représente une intrusion intolérable dans leur domaine réservé. S’imagine-t-on que quelqu’un qui a le droit de contrôle absolu sur la vie de tout un chacun, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, accepterait d’y renoncer avec le sourire? Finalement quand une mesure est pareillement contestée, quand, pour une fois, le clergé chrétien et musulman parle d’une même voix, quand on risque, à tout moment, un clash aux conséquences imprévisibles, ne vaudrait-il pas mieux remettre à un moment plus propice un sujet aussi épineux, surtout que 425 ou pas, nous courons dans le Sud à la catastrophe? Quand est-ce que les responsables de ce pays, civils ou religieux, finiront-ils par mettre les yeux en face des trous? Mariage civil? Oui, mille fois oui. Mais pas comme un pavé dans la mare au diable. |
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