Chronique


Par JOSE M. LABAKI  

 

CLINTON L’AFRICAIN

Au moment où nous écrivons ces lignes, le président Bill Clinton effectue une visite au continent africain, longtemps considéré comme le “rond-point” des préoccupations majeures de la planète: anarchies, misères, guerres ethniques, féodalismes, pour ne citer que celles-ci. Et pourtant, l’Afrique est de plus en plus attrayante, de plus en plus estimée aux Etats-Unis comme espaces vitaux à exploiter, toujours sous la bannière de l’intégration à l’économie de marché. 
Depuis les années 90, l’Amérique paraît redécouvrir le Continent noir. En 1998, elle en fait l’une de ses nouvelles frontières. Le périple du chef de l’Exécutif américain, en Afrique du Sud, à l’invitation de son vieil ami Nelson Mandela, ainsi que dans quatre autres pays: Ghana, Ouganda, Botswana et Sénégal, vient de couronner une entreprise américaine proclamée dans le discours présidentiel sur l’Union, le 27 janvier passé, dans lequel, il annonce, grâce à l’appui des démocrates et des républicains, une loi, “l’Africain Growth and opportunity Act” qui prévoit la réduction et même la suppression des barrières douanières pour à peu près 1900 produits en provenance d’Afrique subsaharienne, initiative concurrente à la Convention de Lomé, approuvée par l’Union européenne avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, qui n’a pas donné ses fruits. Le partenariat afro-américain en faveur de la croissance, devrait profiter en priorité aux régimes africains qui œuvrent en faveur de la démocratie, la règlementation commerciale et la valorisation de leurs ressources humaines. Autrement dit, les Etats-Unis renforceraient entre autres, l’assistance technologique, notamment en matière commerciale, une incitation directe à l’investissement privé américain; à l’annulation des dettes bilatérales des pays les plus défavorisés, ainsi qu’un “forum économique” et des conférences ministérielles annuelles, entre dirigeants africains et américains. Cette euphorie pour la conquête du marché africain, revêt aussi un caractère politique. Au cours des dix dernières années, le nombre des pays subsahariens qui ont opté pour le régime démocratique a quintuplé, affirme un haut responsable de la Maison-Blanche, vingt Etats africains se sont dotés d’un système de gouvernement démocratique. Une renaissance africaine est en voie de développement, dira le vice-président sud-africain Thabo Mbeki, les vieux systèmes ayant fait faillite. 
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La tournée africaine de Bill Clinton, un an après la visite de Hillary Clinton, deux ans après celle de Warren Christopher et celle de Madeleine Albright, en décembre passé, vise-t-elle vraiment à aider les Africains à surmonter les graves difficultés qui entravent leur vie quotidienne, ou simplement à imposer la prééminence hégémonique américaine dans un continent en perpétuelle ébullition? Toutefois, au-delà des chiffres et des nomenclatures, cette tournée “clintonienne”, marque un nouveau rapport de forces dans cette partie nébuleuse de la plantète, où la cote de l’Amérique va crescendo. A en croire les spécialistes des affaires africaines, il semble que la France ne soit plus disposée à payer le prix pour maintenir son influence en Afrique et c’est pour cela qu’elle laisse faire. C’est à voir. Cependant, comment prétend-on démocratiser l’Afrique, tout en affichant sa sympathie aux nouveaux dictateurs africains qui détiennent le pouvoir par la force, sous le regard indulgent des Etats-Unis; où les élections législatives sont perçues par ses dirigeants comme un moyen de s’assurer le pouvoir et les richesses nationales, tout en instaurant un clientélisme et un tribalisme à toute épreuve? Exemple, le Congo-Brazzaville, où les nouvelles institutions n’ont jamais fonctionné, à la suite d’un conflit armé lié aux intérêts pétroliers. 
Voici quelques brèves observations sur l’Afrique à l’intention de M. Bill Clinton. Puissent-elles lui être utiles. Après une courte période de démocratisation, un bilan décevant se caractérise notamment par le recours accru à la force, pour la conquête du pouvoir. Au Niger comme au Burundi, au Congo ex-Zaïre ou au Congo-Brazzaville, pour ne répertorier que ceux-ci. Le maintien des dictatures, l’état de belligérance dans de nombreux pays, comme l’Algérie qui s’entredéchire, le Libéria, le Kenya, le Sierra Leone, le Soudan, la Somalie, le Rwanda, l’Angola, les abus et les conséquences désastreuses économiques et humanitaires ne se comptent plus. Dans nombre de pays africains, le “monopartidisme” a cédé la place à la légion de micro-partis anti-démocratiques, à la tête de certains d’entre eux, les “jeunes léopards”, pressés de s’enrichir et de se faire un patrimoine avant d’être déchus, aussi avides du pouvoir pour le pouvoir, que leurs aînés. 
“De toute façon, pour votre gouverne, cher Monsieur Clinton, rien n’a changé en Afrique: l’échiquier politique est entre les mains d’anciens caciques qui ont machiavéliquement su traverser toutes les crises depuis les indépendances, jusqu’aujourd’hui, dans le feu et dans le sang, pour se conformer théâtralement aux codes internationaux et ce, au détriment des ayants-droit, de plus en plus appauvris. Conserver le pouvoir, au prix de toutes les compromissions, tel est le “leitmotiv” qui prévaut dans tout le Continent africain, ce qui n’est évidemment pas sans conséquences sur le maintien de la démocratie, dont l’Amérique se veut le chef-lieu par excellence. Cette ouverture américaine vers les 600 millions d’Africains, ce voyage du siècle, sont-ils, uniquement, une superproduction hollywoodienne, ou bien une nouvelle conquête de “l’imperium americanus”, dans l’intention de priver la France de son influence sur une bonne partie du Continent noir?” 
“L’initiative américaine en faveur de l’Afrique prônée par Bill Clinton au Sommet du G7 à Denver, prive désormais la France de sa traditionnelle politique civilisatrice et humaine en faveur des oubliés du Sud, alors qu’elle ferme les yeux sur les graves écarts en matière de respect des droits de l’homme ou le pluralisme politique, dont sont coupables des pays comme l’Angola, le Congo, l’Ouganda ou le Nigeria. Et lorsque les Etats-Unis soutiennent, matériellement, l’Orga-nisation de l’Unité africaine, grâce à la force de paix ouest-africaine opérant au Libéria et en Sierra Leone ou lorsqu’ils lancent leur propre mécanisme face aux crises africaines (African crises response initiative ou ACRI) ils les jus-tifient comme étant un objectif suprême: l’intégra-tion de l’Afrique dans le grand jeu de la mondia-lisation, sous la houlette américaine sans plus! Pourtant, ils seront nombreux à vouloir poser aux côtés de l’Oncle Bill, de Hillary et Chelsea. Cela coûte bien moins cher que d’aller à Washington! !

 
 “Jamais la voie n’a été aussi dégagée et aussi attrayante. A l’orée du troisième millénaire, les Etats-Unis jouent un rôle éminent dans le développement de la planète et du prochain chapitre de l’histoire de l’Afrique. Son engagement s’avère impératif et favorise les intérêts de l’Amérique.”

Sandy Berger
(Conseiller présidentiel pour la Sécurité nationale)
 

 

  

 


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