
|
|
Ces élections se sont déroulées à l’ombre de trois équations: Primo, le large rassemblement de tous les partis de la gauche “plurielle”: les trotskistes, les maoïstes, les verts, les communistes et les socialistes. Tous ceux-ci ont formé un seul bloc s’étant partagé, intelligemment, les rôles. Ils se sont soutenus les uns les autres; sans se trahir, ni se poignarder dans le dos. Secundo: la droite libérale, gaulliste, chiraquienne, giscardienne et léotarde qui a participé aux élections en rangs divisés, disloqués et épars. Elle n’a pas été fidèle dans l’échange des suffrages, ce qui lui a fait perdre le premier tour et n’a obtenu que des miettes de l’électorat. Tertio, le troisième bloc a été constitué par le Front national, le chiffre difficile sur la scène politique. Il a formé une force d’attraction pour les électeurs, ce qui a renforcé son crédit, le portant de 15 à 17%. Le résultat du premier tour s’est traduit par le fait pour les socialistes d’avoir forcé les retranchements de la droite. Tels ont été les chiffres et les leçons du premier tour du scrutin. Que s’est-il passé la semaine suivante? Pour la première fois, la droite s’est scindée en deux camps: le premier voulait s’allier à Jean-Marie Le Pen et Bruno Maigret, c’est-à-dire avec le Front national, pour sauver sa position. Le second refusait l’alliance, préférant la chute à une alliance aux dépens des principes de la république. Alain Madelin et Charles Millon représentaient le camp favorable à l’alliance, alors que Philippe Séguin, François Léotard et Edouard Balladur menaient le camp du refus, le dernier nommé ayant réussi, bien qu’il n’ait pas voulu tendre la main au Front national. La droite est apparue encore plus divisée, un conflit opposant les leaders, appelant à exclure ceux qui ont coopéré avec le Front national... Mais cette exclusion est tactique, alors que la coopération se perpétue sous la table, après que la droite traditionnelle eut échangé les conseils, en collaboration avec ce front. Cependant, Balladur ne sera pas le président de “l’île de France”, le cerveau historique de la droite tombé entre les mains de la gauche. Bien que le résultat ait été la victoire de la droite dans une faible proportion, après avoir perdu beaucoup de ses positions et la mise en valeur des socialistes, l’état d’âme actuel est un revers et une douleur à cause de la régression de la droite traditionnelle, c’est-à-dire du parti de l’“Union pour la démocratie” que préside François Léotard et du parti du “Rassemblement pour la république” ayant à sa tête Philippe Seguin et le président Chirac qui a prononcé un discours appelant à la non alliance avec le Front national, parce que cela détruit les principes et les valeurs gaullistes et républicains. Tous se sont opposés à l’alliance suspecte avec Le Pen. Quant au Front national, qui a été favorablement accueilli dans les milieux français, surtout dans les régions à forte concentration d’étrangers, il a appelé avec une démagogie flagrante, mais certain réalisme, à protéger la France contre “l’invasion” des étrangers et lancé ses slogans, tels “la France aux Français” et “les Arabes, nous les renvoyons dans le cerceuil ou la valise”. Ainsi, il a enflammé les esprits de ceux qui pâtissent du chômage, de l’inquiétude et de la peur de l’avenir. Le problème posé par les résultats actuels réside dans le fait que Le Pen est contre l’Union européenne et la monnaie unique, parce qu’il y voit “une déliquescence de la spécificité française”, surtout avec l’adhésion de la Turquie à l’U.E. “Où est la logique dans cette adhésion?” demande le chef de l’extrême-droite. Ainsi, le Front national place la pommade sur la plaie, tout en prétendant vouloir consolider la France, alors que la gauche en fait une bouchée facile pour les intrus, en accordant le refuge aux étrangers et aux “sans papiers” en France, tout en faisant perdre les chances de travail aux Français “dont le gagne-pain est partagé par les Arabes maghrébins et, surtout, les Africains”. Il existe, aujourd’hui, en France quatre millions “d’étrangers” naturalisés . La France souffre de la récession économique et du chômage qui affecte les Français eux-mêmes, alors que la présence des Arabes est devenue pour eux très lourde ou c’est, tout au moins, ce qu’imagine Le Pen. La droite gaulliste s’était empressée de privatiser les grandes sociétés sans phase transitoire, ce qui a fait paniquer la base ouvrière, parce que cette privatisation s’est effectuée aux dépens du secteur public et a porté les fractions craignant pour leur avenir, à voter pour les socialistes. Aujourd’hui, une force montante émerge dans la société française, celle de la nouvelle droite devenue l’arbitre dans le jeu politique français, le nombre de ses supporters augmentant à chaque échéance électorale. Nous devons admettre que la droite classique française est tombée, de même que le tabou de la coopération avec le Front national. Cette droite lui a tendu la main après avoir eu peur d’être emportée par le “rouleau compresseur” socialiste aux élections. Il se confirme que cette droite a perdu ses symboles, ses options nées avec le président de Gaulle, étant dépassées par le temps. Le Pen est tombé, personnellement, dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur battu par Michel Vauzelle, maire d’Arles; Elizabeth Guigou, ministre socialiste de la Justice, ayant mené la bataille pour le faire échouer. Ainsi, la droite a perdu le charisme dont elle jouissait auparavant, à cause de l’accroissement du chômage et ce nouveau flux imprime à son programme un cachet social et non politique. De plus, il a favorisé la naissance d’une droite plurielle, englobant le R.P.R. et le F. N. Il en est de même pour la gauche plurielle: socialiste, communiste; et autres petits partis gauchistes. De ce fait, la carte politique a changé, tendant vers une nouvelle formation constituée des deux forces montantes: le parti socialiste et le Front national, avec des forces marginales et éphémères se regroupant autour des deux grandes forces, selon leurs calculs et leurs intérêts. |
![]() |