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Le projet
de mariage civil facultatif reste au centre des discussions, depuis qu’il
a été approuvé en Conseil des ministres par vingt-et-un
des vingt-huit membres présents du cabinet contre six: le président
Hariri, MM. Bahije Tabbara, Béchara Merhèje, Omar Meskaoui,
Fouad Sanioura, Bassem Sabeh. MM. Walid Joumblatt et Hagop Demerdjian se
sont absentés.
Aussitôt, le “bureau média-tique” du Premier ministre a
déclenché une campagne destinée à expliciter
la position de M. Hariri, lequel soutient que “le projet en question envenime
l’atmosphère et provoque la division des citoyens”. Le chef de l’Etat
défend un point de vue diamétralement opposé, assurant
que “le mariage civil facultatif aura pour conséquence de trancher
un problème qu’il avait soulevé en 1972 à l’Assemblée.”
Puis, une controverse a été instituée sur le point
de savoir si le projet de loi avait été adopté dans
son ensemble ou si, seulement, le principe du mariage civil avait été
discuté, partant du fait que le texte n’avait pas été
étudié, article par article, comme l’exige la procédure
légale.
Il y a lieu de signaler que le président Hraoui avait préparé,
minutieusement, la séance du Conseil des ministres au cours de laquelle
il a posé le projet mentionné, lequel n’était pas
inscrit à l’ordre du jour. M. Hraoui avait pris soin de se concerter,
dix jours plus tôt, avec plusieurs membres du gouvernement, non sans
avoir recueilli l’avis du président Nabih Berri, le chef du Législatif
ayant posé comme condition pour souscrire au projet, que ce dernier
soit accompagné d’une action visant à abolir le confessionnalisme
politique.
Le président Hraoui lui a donné satisfaction en lui adressant
un message dans lequel il réclame la constitution de la commission
nationale chargée de préparer le terrain à la déconfessionnalisation
politique.
COHABITATION DIFFICILE...
La tension qui caractérise, actuellement, les rapports entre
les trois pôles du pouvoir (la troïka), du moins deux d’entre
eux, les présidents de la République et du Conseil, surtout
à l’approche de l’échéance présidentielle,
incite les observateurs à s’interroger sur la possibilité,
pour ces derniers, de “cohabiter” pendant les sept mois qui restent du
mandat de M. Hraoui!
Aussi, ne serait-il pas impossible qu’il soit procédé
à des présidentielles anticipées, afin d’éviter
au pays une période d’instabilité qui accentuerait davantage
le marasme économique et, surtout, compromettrait la saison estivale.
Pour en revenir au projet, rappelons qu’il a provoqué une vague
de protestation dont cheikh Mohamed Kabbani, mufti de la République,
a donné le coup d’envoi, dès sa rentrée de voyage.
Le chef spirituel de la communauté sunnite a refusé de passer
par le salon d’honneur et l’un de ses adjoints, cheikh Zakaria Ghan-dour,
s’est écrié à la face des ministres présents
à l’AIB: “Tous les membres du gouvernement qui ont approuvé
le projet du mariage civil sont des... voyous”.
M. Elias Hanna, ministre d’Etat pour les affaires parlementaires qui
représentait le président Hariri, s’en est formalisé.
De même que M. Salah Haraké, député de Baabda,
représentant le président Nabih Berri.
BKERKÉ À LA RESCOUSSE DE DAR
EL-FATWA
Le lendemain, l’imam Mohamed Mahdi Chamseddine, président du
Conseil supérieur chiite, apportait son soutien à cheikh
Kabbani qui prenait contact, téléphoniquement, avec S.Em.
le cardinal Sfeir pour le remercier d’avoir pris position contre le mariage
civil, ce que l’éminent prélat a proclamé en public
dans sa dernière homélie dominicale.
Le chef du Législatif, quant à lui, a déclaré
que “le mariage civil constituait une brèche dans le mur du confessionnalisme
et chaque fois que l’action a tendance à tiédir, je la réchaufferai.
Je surprendrai tout le monde en mettant sur pied la commission nationale
pour la suppression du confessionnalisme politique”.
Cela dit, la question que chacun se pose maintenant est la suivante:
Qui a raison, qui a tort: les présidents Hraoui et Berri ou le président
Hariri? Les partisans et les adversaires du projet avancent des arguments
qu’ils qualifient de convaincants.
Toujours est-il que l’on s’interroge sur le timing choisi par le chef
de l’Etat pour relancer son projet et à ce moment précis!
Cela serait-il en rapport avec l’échéance présidentielle?
Pourquoi Baabda ne s’est-il pas concerté, au préalable,
avec Koraytem avant d’engager une “bataille” dont l’issue n’est pas garantie,
surtout que le sujet objet du débat n’a pas fait l’objet d’un consensus?
DAMAS INTERVIENT...
Quoi qu’il en soit et ce qu’on pouvait prévoir s’est produit,
en fin de compte, à savoir: l’intervention des “décideurs”
pour raccom-moder les présidents de la République et du Conseil
et empêcher une cassure définitive entre les deux pôles
du Pouvoir...
Il va sans dire que le chef du gouvernement s’est rendu, samedi dernier
à Damas, officiellement, pour informer les responsables syriens
de la teneur des entretiens de M. Kofi Annan, secrétaire général
de l’ONU. Mais, comme on s’en doute, il n’a pas manqué d’évoquer
“l’affaire du projet contesté” et les prises de position défavorables
adoptées à son égard par les hautes instances spirituelles,
tant musulmanes que chrétiennes.
Fait à siganler: le président Hraoui s’était empressé
de contacter, téléphoniquement, son homologue syrien, pour
le tenir au courant de sa brouille avec M. Hariri avant que celui-ci s’entretienne
avec les dirigeants baassistes.
Ceux-ci n’ont pas caché leur étonnement, d’autant que
la nouvelle “dispute” au sein de la troïka intervient quelques jours
après un sommet libano-syrien élargi.
Aussitôt, les responsables damascènes se sont employés
à trouver une formule de compromis, de nature à sauver la
face aux uns et aux autres, en renvoyant tout le monde dos à dos.
Cependant, le président Hraoui reprenait sa campagne avec plus
de virulence, par alliés interposés. En effet, ces derniers
soutenaient, mordicus, que le chef du gouvernement se trouve devant l’alternative
suivante: apposer sa signature sur le texte du projet à côté
de celle du chef de l’Etat... ou démissionner, arguant que son refus
de signer constituerait une entorse flagrante à la Constitution.
Dans le même temps, M. Mohamed Abdel-Hamid Beydoun, membre du
bloc parlementaire du président Berri, s’en prenait violemment à
M. Hariri, l’accusant “d’entraver l’action du gouvernement et de manœuvrer
aux fins de provoquer une crise ministérielle”...
M. Hariri contre-attaque en appuyant la proposition de loi (sur le
mariage civil) présentée par le PSNS.
POSITIONS INCHANGÉES...
À l’heure où nous rédigeons ces lignes, la situation
se présente comme suit:
• Le président Hraoui reste sur sa position et pense que le
président du Conseil est tenu de signer le projet de loi contesté,
faute de quoi il pourrait être accusé de violer la Constitution
et de se rebeller contre la volonté de la majorité ministérielle,
au risque de provoquer une crise de pouvoir.
•De son côté, le président Berri se solidarise
avec le chef de l’Etat, du moment que M. Hraoui lui a adressé un
message lui demandant de constituer la commission nationale pour l’abolition
du confessionnalisme politique.
• Enfin, le président Hariri tient à soumettre à
une nouvelle discussion le projet de mariage civil, suivie d’un vote, article
par article du texte comme l’exige la procédure légale..
Et ce, à la lumière des observations qu’auront formulées
les membres du Cabinet. Il croit de la sorte effacer le “revers” politique
qu’il a subi en Conseil des ministres...
Profitant du voyage à Vienne du Premier ministre, Damas a relancé
deux membres du gouvernement qui lui sont proches, en l’occurrence MM.
Michel Murr et Mohsen Dalloul, pour tenter une médiation entre Baabda
et Koraytem: ceux-ci ont transmis, mardi, le souhait formulé par
la direction syrienne de remettre au rancart tout projet autour duquel
un consensus national ne peut se réaliser...
En ce moment, la tendance serait donc en faveur du renvoi du projet
au Conseil des ministres pour une seconde lecture...
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