Mariage civil facultatif et abolition du confessionnalisme politique les partisans du projet et ses opposants s’expliquent...

Le président de la République, M. Hraoui, affirme vouloir édifier l’Etat laïc de la citoyenneté et du droit.


Le président du parlement, M. Berri: 
“Ce projet de loi va planter le premier clou dans le cercueil 
du confessionnalisme politique.”


M. Marwan Hamadé, journaliste, ancien ministre et défenseur des valeurs laïques: “Le mariage mixte civil est une tradition de famille qui couvre trois générations. C’est un facteur d’unité nationale, d’enrichissement pour le pays et de mise en commun des cultures et des mentalités différentes.”


M. Walid Joumblatt, ministre des Déplacés et président du PSP, se déchaîne contre “les monopoles religieux qui viennent s’ajouter aux monopoles financiers.”


Le président Rafic Hariri, tout en s’opposant 
au projet de loi, appelle 
au calme, à la modération et au dialogue.
 

L’approbation du projet de loi du mariage civil par le Conseil des ministres a suscité de vives réactions allant de l’adhésion totale au rejet catégorique.
Cet état de fait scinde la société libanaise en deux camps antagonistes: les partisans représentés par le président de la République, le président de l’Assemblée nationale, la majorité des ministres, les partis idéologiques et laïques, des personnalités politiques, des organisations syndicales, ainsi que des groupements universitaires et intellectuels.
Les opposants dont le Premier ministre, les instances religieuses mahométanes et chrétiennes,  certains ministres, députés et leaders politiques.
Cependant, la décision de lier l’abolition du confessionnalisme politique au projet de mariage civil facultatif ne fait qu’envenimer le conflit et exacerber les tensions: le refus ou l’adoption d’un tel projet est, désormais, tributaire des desseins et appréhensions politiques des différentes tendances.
En effet, la déconfessionnalisation politique qui se concrétisera par l’instauration d’une démocratie numérique, servirait les intérêts des uns et annulerait, les prérogatives des autres.
Dans ce clivage d’opinions et de dissensions extrêmes, émerge un courant politique modéré appelant au dialogue constructif et à l’entente nationale.
 
 
L’uléma Mohamed Hussein Fadlallah, dignitaire chiite: 
“Le statut personnel fait partie 
du domaine culturel.Nous refusons le projet 
de mariage civil dans 
son intégrité.”
Le président du Conseil supérieur chiite,
l’imam Mohamed Mahdi Chamseddine: 
“Le projet de mariage civil est générateur
de problèmes sociaux, familiaux 
et nationaux.”

LES PARTISANS DU PROJET
Le président Elias Hraoui n’hésite pas à lier le projet de mariage civil à la déconfessionnalisation politique prévue dans la Constitution et approuvée à Taëf.
Il adresse une lettre au président de l’Assemblée nationale, M. Nabih Berri, lui demandant de former le Comité national pour la suppression du confessionnalisme politique.
De même, il exprime son souhait d’édifier un Etat laïc où la religion relève de la vie privée des Libanais et la citoyenneté de leur vie publique.
Le président de l’Assemblée nationale considère, pour sa part, le projet comme la meilleure voie pour la déconfessionnalisation politique et attend sa transmission à l’Assemblée, une fois contresigné par le président du Conseil des ministres.
Selon lui, le projet de mariage civil facultatif n’est pas contraire aux préceptes religieux ni à la morale, mais il est de nature à ébranler l’autorité d’un certain nombre d’individus.
Les partis, socialiste progressiste (PSP), communiste (PCL), Syrien national social (PSNS) et autres partis démocrates considèrent que ce projet est une “courageuse décision nationale, consolide la cohésion des citoyens et constitue une source d’ouverture et d’enrichissement culturel.”
M. Walid Joumblatt déclare, quant à lui, qu’une nouvelle bataille s’annonce, celle des libertés individuelles contre les différents féodalismes religieux. C’est donc la bataille de l’avenir. Et d’ajouter: “Le Liban se transformera-t-il en une communauté de républiques chrétienne et islamique? N’aspire-t-on pas à une nation civile?”
Les associations civiles et démocratiques, les organisations syndicales, les groupements universitaires et intellectuels approuvent le projet, mais ne disposent pas de base politique solide pour faire pencher la balance, ni de données politiques suffisamment lucides pour éviter d’être manipulés, à leur insu.

MOTIVATIONS POLITIQUES
De nombreuses personnalités s’interrogent sur le “véritable objectif” politique du projet.
Certains estiment que ce dernier constitue un défi pour une partie déterminée et une tentative d’écarter une autre.
D’autres considèrent le projet en rapport avec les ambitions du chef de l’Etat à la veille des présidentielles, dans une perspective de prorogation du mandat ou d’une élection anticipée.
Ils vont même jusqu’à affirmer que ce projet est une simple épreuve de force entre deux hommes et qu’il vise la personne même du chef du gouvernement en vue de marquer un point contre lui. C’est selon eux, une sorte de “bazar” couvant un sentiment de vengeance.
Les pro-Haririens attaquent le projet dans sa forme, sur la base d’arguments juridiques et politiques. Ils affirment, par ailleurs, que le vote en Conseil des ministres porte sur le principe et non sur  le projet dont ils réclament l’étude point par point. Ce qui nécessiterait une séance ultérieure pour en débattre.
Ils soulignent, aussi, le timing du projet qui serait un facteur de déstabilisation intérieure servant les intérêts d’Israël.
Est-ce à dire un blocage du projet de loi? Celui-ci serait-il transmis au parlement?
En tout cas, le Premier ministre a fait entendre que la conjoncture ne se prête pas à un débat litigieux et qu’un sujet aussi conflictuel devait être tranché sur la base d’une entente politique.
D’autres opposants confèrent au projet de mariage civil et au processus de confessionnalisation une dimension sociale autrement plus grave. Ils portent, selon eux, un coup à l’entente nationale, ébranlent la cohésion  intérieure et suscitent des conflits sociaux. Ils déstabilisent la structure du pays, favorisent la discorde et fragilise le délicat équilibre de “convivialité”.
C’est une porte ouverte à l’instauration de la démocratie numérique aux dépens des prérogatives des communautés minoritaires.

MOBILISATION MAHOMÉTANE
Le projet de loi soulève un tollé général musulman pour des raisons dogmatiques, morales et politiques. Il est considéré comme un appel au rejet des religions. Certains courants fondamentalistes menacent même de recourir à l’escalade.
D’autres milieux musulmans y voient  un premier pas vers l’abolition des tribunaux chériés et une atteinte aux spécificités musulmanes (notamment sunnites) garanties par la Constitution.
Les deux chefs religieux musulmans, cheikhs Kabbani et Chamseddine publient un communiqué conjoint appelant au retrait du projet de loi. Cependant, malgré leur ton passionné, ils restent soucieux d’éviter le débordement d’une explosion populaire capable de déclencher des “mouvements de rue.”
Des prêches incendiaires dans plusieurs mosquées considèrent le projet de loi comme une tentative de dissoudre les communautés religieuses et de leur substituer une société laïque.
Certains cheikhs vont même jusqu’à réclamer la destitution du président de la République.
Le “Hezbollah” estime, pour sa part, que l’adoption du projet de mariage civil constitue une agression contre le système de statut personnel et contre les intérêts religieux.
Il refuse, par ailleurs, le lien établi entre le mariage civil facultatif et la déconfessionnalisation politique, considérant que le premier processus devrait intervenir en aval du second.
Certains membres du “Hezbollah” se montrent encore plus catégoriques dans leur affirmation: Non à l’union civile optionnelle, oui à l’abolition du confessionnalisme politique.
M. Zouheir Obeidy, membre influent de la direction de la “Jamaa islamiya” se déchaîne: “Si le mariage civil facultatif est instauré, nous proposerons alors l’application, à titre optionnel, de la chariaa islamique”.
Le cheikh Akl druze p.i. Bahjat Ghaïth qualifie la proposition du président de la République de “projet de discorde”.

POINT DE VUE CHRÉTIEN
La question est abordée sous un angle national général. On s’interroge sur le timing d’un sujet aussi conflictuel dans cette phase délicate que traverse le pays.
L’accent est mis sur le danger d’établir un lien entre le projet de mariage civil et celui de l’abolition du confessionnalisme politique que les chrétiens ne peuvent accepter.
En effet, la suppression des quotas par le biais de la loi du nombre favorise la domination totale d’une communauté déterminée dans un pays structuré sur la base d’une mosaïque de minorités confessionnelles. De ce fait, les chrétiens se sentent menacés par leur exclusion définitive de la scène politique.
La solution serait non pas dans l’application de la démocratie numérique propre à une société homogène (comme la France), mais par la consolidation d’une démocratie consociative qui reconnaît la diversité dans le cadre d’une unité territoriale (cas du Liban).
Ajoutons à cela les prises de position de la Ligue maronite qui rappelle dans un communiqué, que “la déconfessionnalisation politique exige, au préalable, la formation d’un véritable gouvernement d’unité nationale.”
 


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