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LA RESPONSABILITÉ DE LA 425
Il y a deux manières de terminer un conflit: soit par une décision arbitrale et impérative, comme celle qui émane du Conseil de sécurité de l’ONU dans la forme qu’a revêtue la résolution 425; soit par un accord amiable.
L’accord amiable présuppose la confiance. La confiance est la base des contrats. Quand la confiance n’existe pas entre les deux parties, un accord est impossible. C’est l’évidence et l’on en a tous les jours l’illustration en Palestine depuis de nombreuses années; en fait depuis 1920 à peu près et singulièrement depuis Netanyahu. En tout cas, en ce qui concerne le retrait de l’armée israélienne du Liban-Sud, la question a été tranchée déjà par le Conseil de sécurité.
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L’application de la 425 qui intime à Israël l’ordre de se retirer du Liban, sans qu’il y soit question de condition, n’a pas besoin de négociations préalables. Les arrangements de sécurité que réclame Israël, c’est l’ONU qui en est chargée aux termes de la résolution 426.
Mais on le sait depuis de nombreuses années, Israël a toujours refusé d’appliquer les résolutions de l’ONU quand elle ne lui convenait pas - et il a toujours cherché à écarter l’ONU et tout arbitrage international, même celui de son alliée inconditionnelle, l’Amérique, comme on le constate actuellement dans le conflit sur la Cisjordanie. Il réclame toujours des négociations directes et bilatérales une fois qu’il a pris des gages territoriaux chez l’un ou l’autre de ses voisins. Or, à la différence des autres conquêtes territoriales opérées par Israël chez ses voisins, l’occupation du Liban-Sud ne résulte pas d’une guerre entre deux pays, mais d’une agression caractérisée et c’est ce qui explique les termes impératifs et sans ambiguïté de la résolution 425 (contrairement à la 242 qui concerne les pays qui étaient impliqués dans la guerre de 1967).
Il fut même un temps où Israël refusait toute négociation. Mme Golda Meïr, de triste mémoire, répliquait à M. Rogers, secrétaire d’Etat américain et à M. Jarring, médiateur de l’ONU pour l’application de la 242: “Il n’y a personne avec qui négocier.” C’était en 1968. La Syrie, l’Egypte, la Jordanie, les Palestiniens, c’était “personne”.
Maintenant, après avoir dit et fait dire que le gouver-nement libanais n’existe pas et que c’est Damas qui règne à Beyrouth, M. Netanyahu propose de négocier avec le Liban.

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Négocier quoi?
L’exécution d’une résolution qui exige de lui d’évacuer un territoire qu’il occupe depuis 20 ans sans droit et où il s’est rendu responsable de nombreuses destructions, de victimes civiles innombrables, d’un exode de population?
Le sort d’une milice libanaise à sa solde et d’une population libanaise sur laquelle il n’a aucun droit de tutelle?
Des arrangements de sécurité dont l’ONU, aux termes de la résolution 426, est seule en charge?
Telles sont, cependant, les conditions que M. Netanyahu a posées, en prétendant avoir accepté de se soumettre à la 425 alors qu’en fait, par ces conditions, il la renie.
Pourquoi voudrait-on que le Liban s’engage dans cette voie qui l’entraîne à l’abandon de la base juridique et morale de sa position?
Si Israël veut une négociation de paix avec le Liban, c’est un autre problème. Il lui est  demandé, alors, de s’employer à établir un climat de confiance en restituant d’abord les territoires qu’il occupe. C’est un préalable nécessaire et incontournable. Il s’agit de devenir crédible.
Il n’y a pas de négociation possible sans des gestes de confiance de part et d’autre. Le gouvernement libanais, pour sa part, s’est engagé déjà auprès de l’ONU à assurer la sécurité de sa frontière du Sud avec son armée (dont M. Netanyahu a reconnu publiquement la capacité) et avec l’assistance des forces internationales. De leur côté, l’Iran et la Syrie, qu’on considère comme les soutiens des organisations de résistance dans le Sud, ont fait savoir publiquement qu’une fois le retrait israélien achevé, la résistance aura atteint son objectif et n’aura donc plus de raison  d’être.
Ces engagements libanais, syriens et iraniens peuvent être confirmés solennellement dans l’enceinte de l’ONU. Israël pourrait alors, de son côté, proclamer à l’ONU sa volonté de se retirer du Liban, fixer les délais et les modalités de ce retrait avec M. Kofi Annan.
Quant aux populations de la “zone de sécurité” et aux miliciens de Lahd, ce sont tous des citoyens libanais et leur sort ne concerne d’aucune façon Israël.
 Mais les choses ne sont malheureusement pas aussi simples.
M. Netanyahu ne fait pas confiance à l’ONU, ni à son alliée l’Amérique qu’il maintient sous pression, ni à la France, ni à la Grande-Bretagne...
... Et personne non plus ne fait confiance à M. Netanyahu.

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Pire que cela: au Liban même on commence à douter du degré de confiance qu’on peut placer dans une politique américaine de plus en plus ambiguë - et dans la position de M. Kofi Annan qui, lors de sa visite à Beyrouth, a paru préconiser la négociation entre les deux parties, sur l’application de la résolution 425 alors qu’il lui revient, à lui seul, d’en examiner les modalités d’application avec Israël et le Liban séparément.
En fait, tout le monde a peur de M. Netanyahu et, en tout premier lieu, M. Clinton qui avait été publiquement menacé de la mobilisation du lobby juif américain. M. Netanyahu a mis sa menace à exécution: 81 sénateurs (sur 100) ont adressé à M. Clinton une mise en garde pour lui interdire de tenter de faire pression sur Israël en publiant un plan de paix pour la Cisjordanie.
Aucun doute n’est plus permis sur l’identité de la seule, l’unique puissance qui prétend imposer sa volonté au monde.

P.S. Dans mon article de la semaine dernière, à la fin de l’avant-dernier paragraphe, il faut lire “sous protection” et non pas “sans protection”.

 
 
 

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