M. Berri reçu par MM. Gervais, Guillou,
Diab et Mme Abi Saleh.
Une vue de l’assistance.
M. Eric Pinot, directeur général
de l’AUPELF et du bureau du Monde arabe présentant
les intervenants.
M. Nabih Berri,
prononçant son allocution.
M. Michel Gervais, président sortant de
l’AUPELF, à la tribune.
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Devant
la vague, pourrait-on dire, inquiétante de la mondialisation rendue
plus facile par la rapidité, le coût de plus en plus réduit
des communications, des transports, les progrès fulgurants de la
technologie, une prise de conscience s’imposait, notamment dans les domaines
social, culturel ou écologique.
Aussi, les institutions d’enseignement supérieur devraient-elles
être à même de mesurer les conséquences néfastes
du processus en cours, afin de continuer à promouvoir les valeurs
humanistes qui relèvent directement de leur rôle.
Or, il semble bien que cette mondialisation ressemble fort à
une “hégémonie linguistique et culturelle”; le risque planétaire
d’uniformisation et donc d’appauvrissement, existe vraiment. Cette situation
exige des universités francophones, en plus de la prise de conscience,
la mise au point de stratégies concertées pour que la langue
française et les valeurs qu’elle porte en elle continuent à
être des vecteurs de la production et de la diffusion des connaissances
à l’échelle internationale, dans le cadre de la promotion
du plurilinguisme. Mais la mondialisation suppose, également, des
potentialités dans le domaine des technologies de l’information
et de la communication qu’il faut savoir exploiter, d’où ce colloque.
BEYROUTH, SYMBOLE DE LA FRANCOPHONIE
Ainsi, c’est sous le thème brûlant d’actualité
de “Mondialisation et Francophonie” que l’AUPELF-UREF (Agence francophone
pour l’enseignement supérieur et la recherche) a tenu son colloque
au palais de l’Unesco à Beyrouth, en présence de francophones
du monde entier venus confirmer, une fois de plus, comme l’a dit M. Jean-Jacques
Aillagon, président de la mission pour la célébration
de l’an 2000 (France), que Beyrouth est le symbole vivant, contemporain
et nécessaire de la francophonie.
Lors de la cérémonie d’ouverture à laquelle assistaient
de nombreuses personnalités politiques et du monde culturel, M.
Nabih Berri, président de l’Assemblée nationale, a prononcé
une allocution dans laquelle il a exprimé sa satisfaction de voir
ce colloque tenir ses assises à Beyrouth, réaffirmant ainsi
“la confiance d’une élite académique constituée de
représentants des universités francophones au monde dans
la résurrection de mon pays, la consolidation de sa paix et dans
ses efforts pour retrouver son rôle comme tribune de dialogue et
point de rencontre idéal des civilisations.”
COMMENT RÉUSSIR LA MONDIALISATION?
De même, M. Berri a exprimé le regret de voir ce colloque
omettre d’adopter un thème supplémentaire qui traiterait
de la responsabilité de la communauté internationale, dans
le cadre de la mondialisation, vis-à-vis de l’application des résolutions
du Conseil de Sécurité et, bien entendu, le rôle de
la francophonie dans ce domaine.
Et de poursuivre: “Il est nécessaire que le monde libre et,
surtout, les associations francophones prennent conscience de l’holocauste
réel qu’Israël continue à perpétrer au Proche-Orient
depuis 62 ans et qui, de génocides en tueries, a touché plus
d’un million d’Arabes.”
Il a, encore, manifesté le souhait que l’agence francophone
des universités et de l’enseignement supérieur charge des
chercheurs de toutes les universités, d’enquêter sur les crimes
de guerre israéliens contre l’humanité, dont le carnage de
Cana.
“Ces travaux, a-t-il poursuivi, constitueront une contribution pour
confirmer la souveraineté des lois internationales et l’élimination
de toute menace contre la sécurité et la paix des peuples.”
Enfin, M. Berri a proposé l’adoption des critères suivants
pour réussir la mondialisation:
• L’affirmation de la reconnaissance de l’identité spécifique
et culturelle, comme de la diversité linguistique dans le cadre
de la francophonie.
• Le développement du dialogue institué dans ce colloque
en une institution permanente d’études et de recherches, dans le
cadre de la francophonie capable de se prononcer sur les conceptions de
la mondialisation.
• Des efforts intellectuels et académiques pour activer le processus
d’un partenariat méditerranéen qui instituerait un centre
économique et politique regroupant les pays méditerranéens
arabes, européens et francophones, dans un ensemble riche de la
diversité des civilisations des pays membres.
M. Berri a conclu par l’espoir de voir le Liban réussir à
instituer “le marché arabe commun”.
GERVAIS: L’UNIVERSITÉ N’EST PLUS UNE
TOUR D’IVOIRE
A son tour, M. Michel Gervais, président de l’AUPELF-UREF, a
défini “les orientations que nous avons voulu donner au débat
et les questions qui nous interpellent comme universitaires et francophones,
concernant la mondialisation.
“Promouvoir des valeurs et inscrire celles-ci dans des programmes d’action,
tel est l’apport original de la francophonie dans le débat. C’est
un point essentiel de se convaincre des atouts très importants dont
disposent les francophones de surmonter les inerties qui risquent fort
de nous paralyser, si nous n’y prenons garde.”
“Il est naturel, a souligné M. Gervais, que l’université
réfléchisse sur le mouvement de mondialisation en cours.
Il est naturel que l’université des réseaux francophones
réfléchisse à la façon, dont la Francophonie
participe au mouvement et l’infléchit en référence
à des valeurs de partage et de solidarité, par exemple, qui
sont celles de la francophonie.”
M. Gervais a encore insisté sur les transformations fulgurantes
que connaîtront les universités à l’ère de la
mondialisation et leurs responsabilités: “L’Université n’est
plus une tour d’ivoire; elle est entièrement ouverte au monde. Nous
voulons jouer un rôle actif et positif dans la mondialisation, c’est-à-dire
promouvoir les inflexions nécessaires pour qu’elles ne contredisent
pas les valeurs que nous défendons; autrement dit, contribuer à
allier nos valeurs et nos rêves au succès de l’économie.
“La francophonie, osons-le dire, a-t-il conclu, doit aussi être
quelque chose qui se vend, rapporte et fait rêver.”
INTERVENTIONS DE ROSS ET D’ABOU
Après les discours d’ouverture, il y a eu deux conférences
inaugurales: celle de M. George Ross, de l’Université de Harvard
(USA) intitulée: “Les nations, l’international et le mondial à
la fin du XXème siècle” et celle du R.P. Salim Abou, recteur
de l’USJ sur “Les identités en question.” (voir encadré)
Dans son intervention, M. Ross a évoqué l’évolution
du rôle des nations comme acteurs mondiaux au cours du XXème
siècle et s’est interrogé si “l’international”, (le “concert
des nations”) constituait un contrepoids au “global” (entreprises transnationales,
marchés financiers et leurs relais idéologiques) et quelle
était la capacité d’intervention démocratique pour
les citoyens dans ce nouveau contexte.
TROIS TABLES RONDES
Au cours des deux journées de rencontres, trois tables rondes
se sont disputées l’intérêt des conférenciers
et des personnes présentes.
La première, consacrée aux “enjeux et défis
de la globalisation”, s’est proposée de définir les termes
de celle-ci et les conséquences de son avancée sur l’économie,
la politique et les équilibres régionaux et environnementaux.
La seconde table ronde, intitulée: “Promouvoir nos valeurs,
nouer des alliances”, a précisé les contrepoids mis en place
pour tempérer un mouvement aveugle et permettre que les cultures
et les peuples s’approprient la globalisation pour la rendre conforme aux
valeurs universelles de pluralisme culturel, linguistique et de solidarité.
Enfin, la troisième table ronde était consacrée
à “la reconfiguration de l’université”, à travers
laquelle les intervenants ont montré comment les formations, le
maintien et la recherche de l’excellence, l’acquisition des diplômes,
seront profondément reconfigurés pour les adapter aux transformations
fulgurantes que connaîtront, dans la mondialisation, les universités
francophones.
Des intervenants étrangers multiples devaient s’exprimer au
cours de ces trois longues séances de travail, venus de Suisse,
du Togo, de France, du Maroc, de Belgique, du Canada, d’Egypte, du Portugal,
de Madagascar, du Sénégal et, bien sûr, du Liban.
En effet, outre le R.P. Abou, M. Marwan Hamadé ancien ministre
et député devait intervenir sur le thème “Multilinguisme
et pluralité, valeurs universelles”: “Promouvoir avec le français,
le multilinguisme, c’est préserver l’une des dimensions de la biodiversité.
La spécificité francophone n’est-elle pas de s’inscrire dans
un espace multilingue, et donc de respecter la langue et la culture des
pays partenaires?”, s’est interrogé, avant de conclure: “L’anglais,
ou faut-il dire l’américain demeurera probablement pour le siècle
à venir, la langue dominante. Mais le chinois restera, sans doute,
la langue la plus parlée. Le français, langue en partage
de plusieurs communautés ethniques, raciales, religieuses, est appelé
à demeurer tout autant une langue interculturelle, un instrument
de fraternité, une expression de goût, une méthode
de pensée, un véhicule de valeurs et à ce titre, le
support privilégié d’une culture de paix, de démocratie
et de tolérance à travers le monde. Il est légataire
d’une longue tradition de chefs-d’œuvre littéraires et d’un patrimoine
de valeurs démocratiques.
“L’avenir du français, langue de partage, a encore dit M. Hamadé,
dépendra, en définitive, de notre résistance aux intégrismes
de tout bord et de toute nature.”
SÉANCE DE CLÔTURE
Deux événements ont marqué la cérémonie
de clôture: la conférence de presse annonçant et détaillant
les festivités de l’an 2000 et le rapport général
de synthèse présenté par M. Arthur Bodson, recteur
honoraire de l’Université de Liège (Belgique) et élu
au cours du colloque nouveau président de l’AUPELF.
Après avoir brièvement résumé l’essentiel
des interventions M. Bodson a affirmé: “Personne n’a contesté
le caractère inéluctable et les aspects positifs de la mondialisation
et qu’à cet égard, la Francophonie doit refuser l’image rétrograde
que l’on essaye parfois de lui coller à la peau.
“Les dangers, les défis et les enjeux n’en demandent pas moins
une particulière vigilance. Les auteurs, a-t-il dit, ont fait des
constats lucides, ont tracé des pistes de réflexion et, surtout,
d’action. La principale et la plus partagée me semble être
la restauration de la citoyenneté, la remise en honneur de la res
publica, cible privilégiée de ceux qui veulent avoir les
mains libres dans le monde. Et de poursuivre: “Les nations, les patries,
les groupes de nations, dont la francophonie, les groupes les plus agressés
(enfants, femmes et en général les plus faibles), les syndicats
doivent garder ou reprendre leur rôle régulateur et équilibrant”.
La deuxième étape des réflexions incitait à
une action francophone globale et concertée. Retenant la nécessité
et l’urgence de grands regroupements tels que la Francophonie, capables
d’infléchir par leur ampleur les décisions des grands organismes
mondiaux de décisions. Le Liban et l’île Maurice ont été
décrits comme des exemples de sociétés ou le respect
mutuel est la règle et qui peuvent servir de références
à la Francophonie et au monde.
INTERROGATION INQUIÉTANTE
Là une interrogation inquiétante s’imposait aux
intervenants: “La francophonie, nos pays membres et les principaux d’entre
eux sont-ils décidés à jouer ce rôle de contre-exemples?
Et la francophonie, n’est-elle pas inconsciente des dures réalités
qui la menacent? Pourquoi la francophonie renoncerait-elle à peser
lourd et autrement?”
Enfin, M. Bodson a conclu par les propos de Mme Lise Bissonnette qui
pourraient s’adresser à la francophonie.
“Qu’en est-il du rôle de l’université dans la cité?
Est-elle encore libre de promouvoir ses valeurs? L’université doit
se situer en amont de la société; elle doit être le
lieu d’une réflexion autonome qui s’oblige à repenser constamment
les traits fondamentaux de son environnement. L’Université renonce
en pratique à ses fins propres, elle perd sa distance critique...
Les gens d’entreprise, les journalistes et, même, les vedettes de
cinéma et de télévision ont succédé
aux penseurs pour contribuer à la formation de l’opinion. Pour retrouver
une véritable spécificité, l’université doit
recréer une distance entre elle et le milieu dont elle est devenue
l’esclave.”
La grande question demeure pour M. Bodson la suivante: “L’AUPELF-UREF
est-elle prête à répondre, elle qui se veut l’université
de la Francophonie, notre grande cité?”
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