Chronique


Par JOSE M. LABAKI  

 
EN MARGE DE LA JOURNÉE MONDIALE DU
TRAVAIL
Et d’enchaîner: “Le problème économico-social, spécialement celui relatif à l’organisation de la production et la répartition des richesses, embarrasse notre époque, comme s’il s’agissait d’un obstacle invincible, entravant la marche de toute évolution. Sa solution impliquerait une rectification pure et simple des erreurs commises à l’encontre d’un monde du travail uni dans sa réprobation contre les injustices dont il est victime.”
En effet, le grondement social est à son paroxysme, au Liban et dans le monde.
La conception et les normes du travail face aux exigences de la modernité, sont totalement dépassées. Le XXème siècle n’a pas l’air de finir en paix, ayant soumis l’humanité au régime des contraintes, sous prétexte de la faire progresser. Il est temps que la notion du travail évolue. Toutes les solutions anodines, ne sont que des palliatifs et des gadgets pour distraire le monde du travail et l’opinion. Qu’une grève ou une manifestation soit mise en échec ou prohibée, cela ne change rien à la problématique devenue de plus en plus aiguë.
Toutes les revendications sociales, les biens-fondées sûrement, doivent être désormais prises au sérieux et reconsidérées, une fois pour toutes. Un nouveau statut social devrait, dorénavant, régir les relations entre salariat et patronat et entre ceux-ci et l’Etat de droit, arbitre impartial et justicier. Face à la grogne quotidienne et aux mécomptes de la classe laborieuse, nous ne pouvons garder le silence et rester les mains croisées. Nous ne pouvons en l’occurrence que déplorer la timidité et la cécité de tous ceux qui, pour une raison ou une autre, se montrent allergiques à l’instauration d’une nouvelle stratégie de l’emploi, adaptée à la réalité, pour affronter un chômage en progression préoccupante à plus d’un titre. Un pays qui tient à la réussite doit intégrer dans sa conscience collective, que seule une stratégie transcendante des classes laborieuses, est capable d’assurer sa progression.
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A l’heure où au Liban se profile une population condamnée au chômage, évaluée à 40% de la population active et sous couvert de conciliations aléatoires, pour éviter de justesse une épreuve de force, le gouvernement Hariri n’a fait qu’un modeste avatar du vieux traitement social, en promulguant des accords extrêmement disparates, mis en œuvre dans le cadre de quelques prestations sociales, alors qu’une politique révolutionnaire de l’emploi, accompagnée d’autres orientations s’avère impérative: politique économique de redémarrage après une longue période de récession qui pèse de tout son poids; une politique de la formation professionnelle toujours en retard, même vis-à-vis des pays du tiers monde; retraite et pré-retraite, congé hebdomadaire respecté, retraite parentale etc..., remédiant, ainsi à toutes les situations aussi difficiles soient-elles. Or, tous les gouvernements qui ont défilé au sérail, n’y ont jamais eu recours, nonobstant leurs vantardises. Cet important volet social, n’a jamais figuré parmi les priorités les plus urgentes, une carence qui n’est pas sans susciter de fortes interrogations, ce volet étant indispensable à la paix sociale, scandé au quotidien par les tenants du pouvoir. Les solutions anodines n’étant que génératrices de graves effets, pervers à tous les niveaux, en contradiction avec les solutions véritables adoptées pour résoudre le problème.

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Il ne s’agit plus de mâcher les mots. Désormais, la cuirasse sociale au Liban se lézarde. Avec un contentieux aussi lourd et aussi complexe que celui de l’emploi, le Liban est victime d’un nouveau cataclysme, non des moins dangereux.
Le discours politique, aussi persuasif ou versatile soit-il, ignore la réalité d’une société déboussolée, en quête de repère, dont il ne perçoit ni la teneur des revendications, ni leur bien-fondé. Et comme toujours, Etat, patronat et salariat ne sont jamais sur la même longueur d’ondes. Dialogue de sourds, langue de bois, erreur d’appréciation et ainsi de suite...
Le manque de vision à long terme, d’une politique économique équilibrée, ajustée à la réalité sociale, rend plus difficile encore le dialogue entre trois partenaires qui, en principe, devraient être unis, ou du moins en permanente concertation. Il n’y a pas que le réajustement des salaires dans la politique de l’emploi; c’est la réforme de toute la politique économique et sociale qui est à repenser objectivement.
Une thématique qui s’emballe, un discours qui ronronne, un patronat à tort à raison intransigeant, des économistes claquemurés dans les modulations mathématiques, ainsi est le Liban de cette fin de siècle.
Au delà des alternances politiques qui ne changeront rien à rien, nous voici face à tant d’autres où se jouent le sort des libertés et de la paix sociale. Paraphrasant Saint-Simon, précurseur de la science sociale, le monde n’a pas assez compris ou assimilé que le travail est une part indispensable de la vie humaine et qu’il ne suffit pas d’amender les lois et les Constitutions, pour que la Liberté et la Justice soient effectives. La notion de travail a tellement évolué qu’elle a sucité de fascinantes illusions et, qu’en définitive, il faut être persuadé que le problème social est le mal de tous les temps, l’alpha et l’omega de toute armature politique, économique et sociale. Encore faut-il qu’elle puisse pénétrer dans notre conscience confuse et imperméable. Toutes les mutations frappent à nos portes. Soyons sur le qui-vive. Toutes les gravités qui nous menacent appartiennent à l’air du temps.
Privé de repères économiques, les grands indicateurs faisant défaut, le Liban s’enfoncera-t-il à jamais dans le même cercle vicieux?

(1) - Juriste de renommée mondiale, spécialiste du droit du travail, président du Venezuela.

 
 “La question sociale est un des paradoxes qui 
a le plus marqué 
le XXème siècle, 
où abondance et misère se disputent la primauté. Ce dramatique contraste est à corriger.”

Dr Rafael Caldera (1)

(Valéry Giscard d’Estaing 
citant Einstein) 

 
 

 

  

 


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