![]() un de ses poèmes dansl’hémicycle de l’AUB. |
Près
de dix mille Syriens, vieux et jeunes et des centaines de femmes de tous
âges, ont escorté la dépouille de Nizar Kabbani décédé
le 30 avril à Londres, à l’âge de 75 ans, des suites
d’une maladie de cœur. Dérogeant à la tradition et bouleversant
l’ordre établi, les femmes en grand nombre ont participé
aux obsèques.
Dans un style dépouillé, à la portée de tous, Nizar Kabbani qui a longtemps vécu en Occident et à Beyrouth, fut le chantre de Damas, de la libération sociale et, surtout, de celle de la femme. “J’écris sur les femmes, pour les sauver des griffes de la tribu et de l’épée...”, disait-il. Un cortège de voitures transportant sa dépouille, disparaissant sous les bouquets de fleurs et suivi par des parents et amis, s’était ébranlé de la maison d’un de ses frères vers la mosquée Badr où la prière des morts a été récitée, non sans avoir auparavant fait un détour par la rue qui porte le nom du poète, l’une des plus belles du quartier d’Abou Remmané. Un avion affrété spécialement par le président Hafez el-Assad avait transporté la dépouille de Londres, accompagnée de ses trois enfants: Hadba, Omar et Zeinab. “Ainsi, l’oiseau retourne à sa maison et l’enfant au sein de sa mère...”, a-t-il écrit dans son testament, établi après sa dernière crise cardiaque, la plus sérieuse, en 1977 et dans lequel il demandait à être enterré à Damas dans le cimetière de sa famille. “Je demande à tous les miens d’exécuter mes dernières volontés... car Damas est la matrice qui m’a appris la poésie et m’a offert l’alphabet du jasmin...,” avait-il encore ajouté.
Né le 21 mars 1923, Nizar Kabbani après avoir fait de hautes études à l’université de Damas, est entré dans la carrière diplomatique à partir de 1945, occupant des postes au Caire, à Ankara, Londres, Madrid, Pékin et... Beyrouth avant de prendre sa retraite en 1966. C’est à Beyrouth, en 1967, qu’il fonde la Maison d’Edition Nizar Kabbani et publie sa première plaquette intitulée: “Une brunette m’avait dit...” Car les femmes ont constitué son inspiration dominante, ce qui lui a valu dans le monde arabe d’être appelé “le poète de la femme”, “le poète de l’amour”. Sa vie durant, il a mené une campagne inlassable en faveur des droits de la femme dans le monde arabe. Il disait d’ailleurs, ne jamais pouvoir mettre les pieds dans un cercle ou une salle de conférences, si le parterre n’en était pas émaillé de femmes, comme une prairie de ses fleurs! Mais sa ville natale est omniprésente dans son œuvre poétique, particulièrement dans son recueil “Damas au parfum de jasmin”. Après le désastre de la Guerre de six jours, sa plume a assumé une couleur politique fustigeant les Arabes: “Nous sommes pareils à des moutons, prisonniers de l’Histoire”. Nationaliste inconditionnel, il a publié de nombreux éditoriaux consacrés à la cause arabe et aux Palestiniens en particulier, dont: “En marge de la catastrophe (1948)”, “En écoutant les étudiants de Gaza...” et ce bel hymne patriotique “Maintenant j’ai un fusil!”. Aussi, les Palestiniens reconnaissants lui ont-ils rendu un hommage solennel en apprenant la mort de l’un de leurs plus vibrants défenseurs. |