Dr Boutros Ghali présentant son exposé.
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Ils sont
partis, mais leur souvenir demeure. En commémoration de la disparition
des deux éminents juristes, la Fondation Laure et Joseph Moghaïzel
a invité, dans le cadre de ses activités annuelles, le Dr
Boutros Boutros Ghali, secrétaire général de la francophonie,
à conférer à la salle Issam Farès de l’AUB
sur le thème: “La démocratie dans les relations internationales”,
en présence de nombreuses personnalités politiques, du Barreau
et de la presse.
Avant le début de la conférence, le “Prix de la Paix
civile et des droits de l’Homme pour 1998” a été attribué,
exceptionnellement, à deux gagnants sur les dix candidats; en l’occurrence
“Al-Haraka al-Ijtimáiah” (le Mouve-ment Social) et “Mouassassat’
AMEL” (l’institution de AMEL) pour leurs efforts dans la promotion de la
solidarité et de la paix, le prix étant une sculpture de
l’artiste Samir Sayegh, sur le socle de laquelle est gravé l’article
1er de la Charte des Droits de l’Homme: “Tous les hommes naissent libres
et égaux en droits et en obligations”, en sus d’une somme de 5000
dollars américains. Prix institué par la Fondation Moghaïzel,
en colla-boration avec la UNDP. (United Nations for Development and Progress)
et remis par le jury composé de M. Ross Mountain, (UNDP), M. Ghassan
Tuéni et le Dr Nada Moghaïzel Nasr.
MOT DE BIENVENUE ET DE PRÉSENTATION
Le Dr Fadi Moghaïzel, secrétaire général
de la Fondation, a souhaité la bienvenue aux personnes présentes
et s’est estimé heureux d’avoir obtenu du Dr Ghali de donner la
conférence annuelle . Il a évoqué l’attachement de
Laure et Joseph Moghaïzel à la liberté et aux droits
de l’homme, “cause qu’ils ont poursuivie leur vie durant sans jamais se
lasser ou s’avouer vaincus en dépit des difficultés affrontées.”
Rappelant que le Dr Boutros Ghali a été la première
personnalité arabe à occuper le poste de secrétaire,
général de l’ONU, Me Moghaïzel a loué ses prises
de positions multiples en faveur du Liban, de sa souve-raineté,
de son unité et de son indépendance.
Prenant la parole, le Dr Ghali a affirmé que de nombreux ouvra-ges
traitent de la démocratie au niveau international, mais qu’il s’agit
quand même d’un concept nouveau qui n’a pas fini de susciter des
polémiques.
“Le but de cette intervention, a dit le Dr Ghali, n’est pas de définir
la démocratie, mais de clarifier la relation entre la démocratie
natio-nale et la démocratie interna-tionale.
•D’abord, la proportion des pays ayant opté pour le régime
démocratique était de 25% en 1977, 45% en 1990, 68% en 1992
et 70% actuellement.
• La démocratie est nécessaire pour la réalisation
du progrès et du développement économique.
• Après la fin de la guerre froide entre les partisans de la
démocratie communiste et ceux de la démocratie occidentale,
les orga-nisations internationales ont pu aider les Etats à passer
d’un régime non démocratique, à un système
démocratique; du parti unique au multipartisme.
•Le régime démocratique a grandement participé
à la résolution de nombreux conflits internationaux par des
moyens pacifiques, notamment lors de la guerre civile au Mozambique, au
Salvador, etc...
LA DÉMOCRATIE EXIGE DES GARDE-FOUS
Cependant, de l’avis du Dr Ghali, la démocratie ne serait pas
une rose sans épines et exigerait en quelque sorte des garde-fous
et des règles: “N’oublions pas, a-t-il dit, que Mussolini et Hitler
avaient pris le pouvoir suite à des élections libres et parfaitement
démocra-tiques. La démocratie ne doit pas être non
plus imposée aux peuples qui la refusent, ou qui ne participent
pas à son institution”.
Citant l’exemple de l’Afrique, le Dr Ghali a montré que
les conflits y ont eu lieu à cause de la démocratie comme
au Rwanda.
Il s’est demandé si - question dangereuse a-t-il estimé,
- la démocratie était un modèle applicable à
tous les Etats? La réponse est simple: si on veut vraiment
que la démocratie réussisse, il faut respecter trois règles:
1- Le maintien de la paix, car la démocratie ne saurait réussir
et s’épanouir à l’ombre d’une guerre, qu’elle soit civile
entre deux ou plusieurs pays.
2- La démocratie doit être accompagnée du développement
économique, notamment dans les Etats qui connaissent des guerres
ou des conflits. C’est-à-dire que ce qu’on appelle le “Building
Peace” doit s’accompagner d’un effort économique.
3- L’interdiction des partis politiques dont le but est l’annihilation
et la suppression de la démocratie. De même il convient de
les empêcher de prendre le pouvoir par des moyens démocratiques
pour les dénigrer par la suite et établir une dictature.
MONDIALISATION ET POUVOIR DES ÉTATS
C’est à ces seules conditions que la démocratie a des
chances de réussir, estime le Dr Ghali, d’autant plus que la mondialisation
croissante ne fait que réduire les pouvoirs des Etats, d’où
un grave paradoxe: comment un gouvernement peut-il exercer ses fonctions,
selon les principes démocratiques, quand les décisions qui
lui sont imposées le sont par des organisations non démocratiques?
Ces dernières doivent être soumises à un système
démocratique, mais là encore comment faire pour réaliser
la démocratie sur le plan international?
“Il faut dire, a ajouté le conférencier, que la démocratie
nationale se réduit aux seuls individus, alors que la démocratie
internationale se réduit aux Etats et que le lien entre elles demeure
vague.”
M. Ghali propose un ensemble de moyens ou de politiques permettant
de réaliser un minimum de démocratie sur le plan des relations
internationales:
1) Le premier moyen est l’intérêt que devraient manifester
les Etats pour les affaires et les causes internationales, la majorité
des Etats montrant une sorte d’indifférence totale à l’égard
de la politique internationale, dont elle laisse le soin aux “grands” Etats
à tort d’ailleurs.
Il faudrait convaincre les pays et les Etats que leurs causes nationales
trouveront, désormais, leur solution et leur aboutissement à
travers les causes internationales, surtout les “petits” d’entre eux qui
s’estiment incapables économiquement, politiquement et militairement,
de s’occuper de politique internationale.
Le Dr Ghali a exprimé un avis contraire, estimant que “tout
Etat, aussi petit soit-il peut, s’il a vraiment la volonté politique,
intervenir dans les affaires internationales”, donnant l’exemple de la
Yougoslavie avant son démantèlement qui, bien que faible
et constituée de nationalités multiples, avait réussi
à jouer un rôle important sur la scène internationale
et de faire cette comparaison: “Les individus qui ne participent pas aux
élections adoptent la même position que les Etats qui négligent
les affaires internationales.”
LA DÉMOCRATIE À L’ONU
2) Le second moyen aux dires de M. Ghali, serait d’introduire la démocratie
au sein de l’ONU, remarque pertinente du conférencier et chose qui
nécessite selon lui, trois innovations essentielles à savoir:
la modification de la composition du Conseil de Sécurité
(5 Etats seulement étant membres permanents ayant le droit de veto).
Or, ce Conseil ne représente nullement l’équilibre des forces
existant dans le monde; la modification de la composition du Conseil social
et économique, de façon à ce que les ONG, qui constituent
une force consi-dérable, y soient représentées; renforcer
les pouvoirs de la Cour internationale de Justice, un projet de création
d’une Cour d’Assises Internationale étant prévu pour le mois
de juillet prochain.
3) Quant au troisième moyen, il consisterait à activer
le rôle des organisations internationales régionales: le Commonwealth,
la Francophonie, l’Organisation de l’Unité africaine... ainsi que
le rôle des ONG, dont les moyens financiers valent ceux de certains
Etats; de même qu’à promouvoir les sociétés
multinationales dont le budget dépasse celui de l’ONU, la répartition
des pouvoirs entre l’ONU et les ONG rétablissant la démocratie.
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