LES LENDEMAINS QUI DÉCHANTENT? |
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| Maintenant que la fièvre électorale
est retombée, que de nouvelles divisions sont venues s’ajouter aux
anciennes pour alourdir encore le malaise général, que les
nouvelles alliances se sont disloquées à peine conclues,
laissant un peu partout des brèches difficiles à colmater,
que reste-t-il des municipales, à part une collection disparate
d’élus dépassés par les événements et
des rancunes qui tarderont à disparaître? Le ministre de l’Intérieur
s’est félicité de l’excellente tenue de la consultation,
du sens civique des électeurs et de leur affluence aux urnes. C’est
vrai (malgré de légères lacunes) et c’est la première
leçon à retenir de ce scrutin, parmi tant d’autres. 1°)
- Et d’abord, comme l’a signalé M. Murr, le taux élevé
de participation qui a atteint, dans certaines localités, 85%. On
peut même dire presque 100%, en prenant en compte le nombre des électeurs
qui se trouvent à l’étranger. En comparaison, le nombre des
votants à Beyrouth paraît ridiculement bas, avec à
peine ses 35%. Cela prouve, une fois de plus, que les Libanais ne réagissent
que lorsqu’ils se sentent directement concernés. Or, Beyrouth avec
son capharnaüm, ses listes aux alliances stupéfiantes où
personne ne reconnaissait plus les siens, a paru étranger à
ses propres habitants chrétiens et musulmans confondus. 2°)
- Les autorités, en tant que telles, n’ont eu aucun impact majeur
sur les résultats. Bien au contraire, certaines villes les ont carrément
envoyés au carreau.
3°) - Les municipales sont venues opposer un cinglant démenti aux législatives, en démontrant qu’un grand nombre de ceux siégeant actuellement au parlement n’avaient aucune assise populaire. 4°) - Bien que relativement perdant dans la ville de Baalbeck, la montée en puissance du Hezbollah désormais incontournable et candidat en puissance à un destin national. 5°) - L’émergence de la Jamaa islamiya sunnite qui, bien que de moindre envergure, se pose déjà en challenger du Hezb auquel elle refuse de céder le rôle de porte-drapeau de l’Islam libanais. 6°) - L’effritement spectaculaire des leaderships traditionnels, le manque de crédibilité des partis politiques et la débandade de l’opposition - principalement chrétienne - incapable (congénitalement?) de se rassembler autour d’un programme commun. 7°) - L’absence totale de programme chez les candidats dont le seul souci était de se faire élire quitte à s’allier au diable en personne. 8°) - La nécessité absolue de deux nouvelles lois, l’une pour les municipales, l’autre pour les législatives. On ne peut évidemment pas changer du jour au lendemain la mentalité des gens de ce pays, ni obliger un candidat à afficher un programme pour lui permettre de poser sa candidature. Le gouvernement n’est pas responsable de l’individualisme forcené des Libanais. Ce dont il est responsable, c’est des lois déséquilibrées, actuellement, en vigueur qui faussent la représentation nationale. Un autre point d’une extrême importance: la décentralisation administrative expressément stipulée par l’accord de Taëf. A quoi cela sert-il de faire des élections municipales si vainqueurs et vaincus doivent se retrouver le bec dans l’eau? De quelle utilité sont les municipalités, si leurs prérogatives ne dépassent même pas le balayage d’une ruelle, toutes les décisions, petites ou grandes étant monopolisées par les caïmacams qui en réfèrent au mohafez, qui passe le plus clair de son temps à quémander la signature du ministre de l’Intérieur? Sans compter les redevances dues à ces municipalités, redevances que confisque, sans états d’âme, le ministère des Finances et détourne au profit d’autres projets où les ayants droit n’ont ni part, ni voix au chapitre. N’est-ce pas M. Sanioura? Le gouvernement a été mis au défi d’organiser des élections municipales. Il a relevé le gant et marqué un point contre ses détracteurs. Mais pour être vraiment crédible, il devrait procéder sans retard à la refonte des lois électorales législative et municipale, ainsi qu’à l’établissement d’une législation relative à une large décentralisation administrative. Sinon... sinon, eh! bien, autant en emporte Taëf avec ce qu’il a déjà emporté. |
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