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LE SPECTRE DE LA GUERRE FROIDE POINTE-T-IL À L’HORIZON? |
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| Et
les observateurs de rétorquer: c’est plutôt les intérêts
divergents qui se disputent la primauté, principalement dans la
région du Golfe, au Proche-Orient, en Asie mais, surtout, en Europe.
L’impasse dans les négociations israélo-arabes complique
au quotidien la stratégie américaine dans le Golfe. Incapables
de mobiliser leurs alliés arabes contre l’Irak, les Etats-Unis se
heurtent aux réticences européennes et à une Russie
plus autonome qui se veut un partenaire à part entière, non
seulement dans la gérance des affaires internationales, mais aussi
dans le règlement des lourds contentieux qui entravent la paix et
la sécurité mondiales. A Washington, les médias ne
se privent pas de commentaires et de critiques souvent acerbes, sur les
relations russo-américaines, notamment depuis la dernière
crise du Golfe, où la concurrence battait son plein. Pour les responsables
du Pentagone, le rôle de la Russie durant toute cette période
était décevant. Pour eux, le ministre des Affaires étrangères
“Evgueni Primakov, nous ramène au temps de Léonide Brejnev
et Andrei Gromyko. C’est regrettable et pourtant vrai.” Un autre fait non
moins significatif: le vice-ministre des Affaires étrangères
russe et ancien ambassadeur à Bagdad, Vladimir Passouvaliok, arabisant
chevronné, aurait passé plus de deux mois, durant la crise
des palais présidentiels à Bagdad et rencontré, à
plusieurs reprises, le président Saddam Hussein, sans compter ses
entretiens ininterrompus avec le vice-premier ministre Tarek Aziz et la
navette entre Bagdad et Tel Aviv, pour transmettre l’engagement de Bagdad
à ne pas attaquer Israël. Passouvaliok a déclaré:
“Si nos démarches allaient dans le sens contraire, les Etats-Unis
auraient payé excessivement lourd leur action militaire contre les
sites présidentiels et nous en aurions bénéficié
à bien des égards. En œuvrant en faveur d’une solution pacifique,
la Russie a gagné le pari. Pour l’ancien secrétaire d’Etat
adjoint, Robert Pelletreau, durant la dernière crise irako-américaine,
on avait l’impression que Moscou jouait à la roulette russe. Est-ce
un retour à la guerre froide, une surenchère ou une nouvelle
règle de jeu dans les relations russo-américaines? L’avenir
le prouvera.
*** Toutefois, pour mieux comprendre l’évolution de la politique russe, il faudrait peut-être revenir au début des années 90. Quand la Russie tentait de s’intégrer à l’Occident, celui-ci ne l’a pas voulu, comme l’a confirmé l’élargissement de l’OTAN, en assimilant trois anciens partenaires du Pacte de Varsovie, ce qui signifie la mise à l’écart pure et simple de la Russie de l’architecture politico-stratégique à sens unique. Il n’y avait donc pour la Russie qu’une alternative: être un partenaire figuratif de l’alliance atlantique, ou jouer un rôle en fonction de ses propres intérêts. C’est pour le second choix qu’elle a opté. Désormais pour le Kremlin, la thèse d’un monde multipolaire doit prévaloir. Plus personne ou presque, en Russie, ne réclame un alignement inconditionnel sur la realpolitik d’outre-Atlantique. Un monde unipolaire est incapable de régler tous les conflits mondiaux qui entravent l’instauration d’un nouvel ordre mondial désespérément attendu. Cependant, il ne faudrait pas se faire trop d’illusions. Le monde restera encore longtemps à moins d’une apocalypse, dominé par une seule “hyperpuissance”, l’Amérique. Que fera la Russie durant cette longue période transitoire? Devra-t-elle encourager la défense, par chaque pays, de ses propres intérêts? Ou stimuler les ambitions hégémoniques de ses voisins turcs, iraniens et chinois? Le monde multipolaire, lui, est-il un monde où chacun est en mesure de défendre ses propres intérêts? Même s’il est trop tôt de répondre à ces grandes interrogations ambiguës et utopiques, force est de constater que les Russes ne manquent pas d’atouts. En effet, l’Europe slave et le Proche-Orient sont, à leurs yeux, des régions frontalières privilégiées. Ce qui se passe au Proche-Orient et dans le Golfe, a des répercussions en Russie, surtout dans les républiques limitrophes, telles la Tchétchénie, le Tadjikistan, l’Afghanistan, pour ne citer que celles-ci, où l’islamisme radical fait école. A noter qu’en Russie, il y a dix-sept millions de musulmans qui réclament l’adhésion de la Russie à l’Organisation de la Conférence islamique. Les spécialistes russes définissent trois zones orientales par ordre d’importance: la république d’Asie Centrale et du Caucase qui appartenait à l’ex-Union soviétique, la ceinture méridionale qui les borde, avec l’Iran, la Turquie et l’Afghanistan; enfin, Israël et les pays arabes. “Tout ce qui se passe à nos frontières nous affecte et nous avons intérêt à venir en aide à tous ces pays autant que nos moyens économiques nous le permettent.” Mais il y a plus. La Russie bénéficie, comme l’Europe d’ailleurs, de l’anti-américanisme croissant, au niveau de l’opinion publique, de l’intelligentsia et de la classe politi-que à l’échelle continentale et planétaire. La politique, de “deux poids et deux mesures” pratiquée durant la crise du Golfe et le conflit israélo-arabe ne font que raviver la contes-tation contre la politique outrecuidante de l’administration clintonienne. Sa pusillanimité à l’égard du gouvernement Netanyahu et son intransigeance à l’égard du régime irakien, sont perçues comme injustes et maladroites. Face à cette situation privilégiée des Etats-Unis, le retour de la Russie sur la scène mondiale et régionale relève, actuellement, de l’utopie. D’ailleurs, les spécialistes russes le reconnaissent. Etant donné le nombre de zones d’influence, où les Etats-Unis sont solidement installés, il est fort difficile que la Russie puisse se frayer un chemin, aussi étroit soit-il. Il fallait donc recourir en priorité à la case départ où la Russie avait des atouts; en Irak, en Iran, en Inde et à Cuba. Certes, les divergences entre Moscou et Washington vont crescendo. Finiront-elles par un retour à la guerre froide, ou bien à un partenariat équitatif et durable? En tout cas, tous les calculs sont déjà faits pour une suprématie hégémonique américaine de longue durée. Entre-temps les accrocs entre la Russie et l’OTAN se poursuivent. Au Kosovo, ce dernier n’a même pas avisé le représentant russe qu’il entendait intervenir au-dessus de l’Albanie et de la Macédoine. Le ministre russe de la Défense a fortement critiqué ses homologues de l’OTAN. |
“La Russie et l’Amérique ne sont pas des ennemis mais doivent être des rivaux”. Alexi Pouchkov (International Herald Tribune)
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