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Les médias sont tenus de dénoncer les atteintes flagrantes aux droits de l’Homme. Ces dictatures-là,nous sommes tenus de les maudire, de nous montrer durs à leur égard et de dévoiler leurs travers à l’opinion publique, parce qu’elle nous a confié le soin de l’éclairer et de l’aider à façonner sa conviction. Tant que les militaires gouvernent le Nigéria, rien n’y changera. Et le général Abdessalam Aboubakar est une copie conforme de l’ex-président dictateur, Sani Abacha. Ainsi, le sort du Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique (100 millions de citoyens), reste inconnu, tiraillé par toutes les éventualités, dépendant des caprices d’un gouvernant qui se distingue par la duplicité et l’hypocrisie, étant un disciple habile de Sani Abacha. L’Etat qui s’est donné le rôle de gendarme pour la protection de la stabilité au Libéria et en Sierra Leone, a besoin d’assurer sa propre continuité. La communauté internationale a la conviction quasi-unanime qu’une nouvelle page sera tournée au Nigéria et qu’un gouvernement civil représentant l’entente nationale verra le jour à Abouja, après vingt-sept années de dictature militaire et trente-huit ans d’indépendance. Et ce suite à un putsch militaire opéré sans violence il y a cinq ans, ayant porté au pouvoir le général Abacha qui a fait le vide autour de lui; il a éloigné toutes les personnalités en vue et les officiers supérieurs de l’armée pouvant constituer pour lui un danger, tous ayant des grades supérieurs au sien, car il a douté de leur loyalisme. Après la mort d’Abacha, l’opposition a recouvré une partie de son moral, pour célébrer le souvenir de Moshoo Abiola qui avait remporté les élections présidentielles en 1993. Mais Abacha avait annulé les résultats du scrutin et l’avait jeté en prison. Abdessalam Aboubakar est né le 16 juin 1942 à Niamey, capitale du Niger, Etat situé au nord du Nigéria; il se réclame des Gwari, petite ethnie du Nord. Le décès subit d’Abacha à la suite d’une crise cardiaque a suscité des doutes, bien qu’on ait fait propager certaines rumeurs laissant croire qu’il avait été assassiné. Aboubakar a vécu dans l’ombre et était connu comme un homme de discrétion, du secret et du silence. Les militaires avaient reçu la promesse, au temps d’Abacha, que le pouvoir serait laissé aux civils le 1er octobre 1998, soit deux mois après les élections présidentielles. Il est apparu qu’Abacha avait manœuvré, intrigué, exercé des pressions, payé des pots-de-vin et terrorisé les cinq partis du Nigéria pour être leur unique candidat à la présidence; il aurait été élu d’office et à l’unanimité (telle est la démocratie selon leur conception). Il avait annulé les résultats des élections du 13 juin 1993 et porté à la présidence l’homme d’affaires milliardaire Moshood Abiola qui est encore en prison. Aboubakar respectera-t-il cet engagement et cette promesse ou bien sera-t-il obnubilé par les obsessions de la première magistrature, par ses honneurs et son éclat? Respectera-t-il les droits de l’homme qui ont été violés et piétinés au temps de son prédécesseur et sauvegardera-t-il la liberté de la presse? Cessera-t-il de pilonner et de tuer les opposants, de réprimer les manifestations par les canons et les kalachnikov? Quant à la situation économique, si mauvaise... L’Etat est riche en pétrole, cependant une mauvaise gestion contribue à son effondrement. Bien que le Nigéria soit le plus grand producteur d’or noir, les citoyens se plaignent du manque de combustible et même d’une pénurie. Jusqu’à présent, l’opposition préfère jouer l’optimisme. Pour Zulikar, fille de Moshood Abiola, le décès du dictateur Sani Abacha est une occasion pour le Nigéria de récupérer une partie de son prestige; il tournerait la page et œuvrerait avec la logique de la raison et du système social. Pour Ken Wiwa, fils du grand écrivain, Kensaro Wiwa, exécuté en 1995, le décès d’Abacha est une occasion de rétablir la démocratie, au Nigéria. Quant à Bolaji Akinyemi, porte-parole de la coalition nationale démocratique, la disparition d’Abacha est une occasion de soulever tous les problèmes politiques vitaux prévoyant la formation d’un gouvernement d’union nationale, sous la présidence du président prisonnier Abiola qui a remporté la présidentielle de 1993. Pour sa part, Kayode Fayimi, directeur du centre de la démocratie et de l’évolution, appréhende une étape perturbée, liée à une lutte pour le pouvoir entre les commandants des unités et des bataillons militaires. C’est que les militaires craignent d’être châtiés pour tous les abus qu’ils ont perpétrés sur les ordres et les directives du président spoliateur, le défunt dictateur, Sani Abacha. Aussi, recherchent-ils un compromis avec le futur gouvernement, pour bénéficier d’une amnistie pour tous leurs forfaits. Le “prix Nobel”, Wole Soyinka réclame des pressions internationales, afin de porter les militaires à accepter le programme du front démocratique unifié, pour lequel des centaines de citoyens ont été tués, par les mains sanguinaires des effectifs de l’armée. Les capitales occidentales ont souscrit à ce programme, le considérant comme servant à une étape transitoire démocratique qui doit atteindre sa finalité. Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, a rappelé la contribution du général Abacha à freiner la guerre civile ayant englobé le Libéria, disant qu’il s’attendait à un avenir démocratique paisible au peuple nigérian. En Afrique, les réactions ont été contradictoires. Slim Ahmed Slim, secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), a déclaré que l’absence d’Abacha créera un vide, mettant l’accent sur la stabilité, l’unité et la démocratie dans le continent noir, si la démocratie retrouve sa vitalité au Nigéria. Quant aux parties n’ayant manifesté aucune inquiétude par rapport à ce qui se passe dans la politique nigériane, ce sont les dirigeants de la société “Shell” qui gère la moitié de la production pétrolière au Nigéria. Elle a annoncé la poursuite de ses travaux dans ce pays, comme elle l’a fait durant de nombreuses années, sans se soucier de l’identité des gouvernants, quels qu’ils soient. Cette entreprise a une devise très intéressée empruntée de chez nous ou d’autres encore; elle s’énonce de la sorte: “Qui épouse ma mère devient mon oncle... le monde étant avec celui qui est debout.” |
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