Les élections
municipales étaient nécessaires, d’autant qu’elles n’avaient
pas eu lieu depuis trente-cinq ans, non seulement parce qu’elles vont réactiver
la vie municipale, mais pour la raison que les nouvelles municipalités
donneront le coup d’envoi à la décentralisation administrative
dont il est question dans l’accord de Taëf. La dernière phase
du scrutin municipal qui s’est déroulée dimanche dernier
dans la Békaa, a prouvé comme les trois précédentes,
qu’on ne peut ignorer des forces actives laissées jusqu’ici en marge
de la vie publique et qu’on doit compter avec elles.
CONCLUSIONS À TIRER Les résultats des élections dans ce district permettent
de tirer les conclusions ci-après. • La coalition ayant bénéficié
de l’appui du président Elias Hraoui a percé la “liste de
la décision zahliote”, appuyée par MM. Elie Skaf et Georges
Hraoui. Cependant, la machine électorale ayant dirigé la
bataille de la liste “Zahlé, demain” formée de MM. Chaouki
Fakhoury, Nicolas Fattouche, ministres; Khalil Hraoui, député
et Roy Hraoui, fils cadet du chef de l’Etat, est tombée, politiquement.
Son échec sera ressenti aux prochaines élections législatives
et même dès la mise sur pied du premier Cabinet du prochain
régime. • M. Elie Skaf qui a perdu cinq candidats, dont le chiite,
a remporté une victoire incomplète. Mais sa perte relativement
limitée n’aura pas de répercussions au double plan municipal
et surtout zahliote. • Le mouvement “Amal et les partis coalisés
ont perdu la bataille à Chmestar, mais ont gagné à
Baalbeck, chef-lieu du caza et dans de nombreuses autres localités.
• Le “Hezbollah” a raflé tous les sièges municipaux au Hermel,
seconde capitale du caza. Cependant, il n’a pu redorer son blason à
Baalbeck où ses positions ont été battues en brèche
par cheikh Soubhi Toufaily et la “révolte des affamés”. Toujours
est-il qu’il peut se réjouir d’avoir battu à plate couture
ses deux rivaux chiites: le président Hussein Husseini à
Chmestar et Mohsen Dalloul, ministre de la Défense, à Ali
An-Nahri.
Les habitants de Taalabaya
ont reçu le ministre de l’Intérieur en égorgeant des
moutons selon les coutumes libanaises rurales.
Roy Hraoui porté à
bout de bras par ses supporters.
Grande affluence devant un
bureau de vote.
NOUVELLE ÈRE À BAALBECK
Cependant, le président Husseini a compensé sa perte
dans son patelin, par la victoire qu’a remportée à Baalbeck
la coalition des partis et des familles de la région, à laquelle
il a apporté son soutien. Les observateurs pensent que l’issue de
la bataille électorale dans cette ville, marque le début
d’une nouvelle ère dans cette région békaaiote. •
Cheikh Soubhi Toufayli, promoteur de la “révolte des affamés”
(en fuite), a remporté une victoire politique qu’il exploiterait
à plus ou moins brève échéance, quand il lui
serait donné de réapparaître sur la scène. •
Les “Forces libanaises” (dissoutes) ont ajouté Deir el-Ahmar et
Aïnata aux victoires qu’elles ont enregistrées à Beyrouth,
au Mont-Liban et au Liban-Nord. Ceci, estiment leurs partisans et alliés,
leur permettra de rouvrir le dossier de leur chef (Samir Geagea) qui se
trouve en prison et, aussi, de reprendre la place qu’elles occupaient auparavant.
• M. Elie Ferzli, vice-président de l’Assemblée, s’est imposé
en tant que principale instance politique dans la Békaa-Ouest, en
battant M. Sami Khatib, député de la circonscription. • M.
Walid Joumblatt, ministre des Déplacés partage, désormais,
le leadership druze à Rachaya avec M. Fayçal el-Daoud, député.
Celui-ci a pris fait et cause pour la frange chrétienne qui a boycotté
les élections, en signe de protestation contre l’insistance du Parti
socialiste progressiste (de M. Joumblatt) à attribuer la présidence
du conseil municipal à l’un de ses représentants locaux.
Déploiement de troupes armées
à Brital, près d’un portrait de Khodr Tleiss.
RÉÉVALUATION DE LA SITUATION DANS
LA BÉKAA
Les municipales terminées, les différentes parties békaaiotes
s’emploient, à présent, à procéder à
une réévaluation de leur position sur le terrain, en prévision
des prochaines échéances. Ainsi, chaque partie va s’efforcer
de satisfaire les doléances de la population, pour tenter d’accroître
le crédit dont elle jouit et, partant, pour pouvoir en bénéficier
lors des prochaines législatives. Ceux qui l’ont emporté
dans les grandes municipalités, celles de Zahlé, Baalbeck
et Hermel, se trouvent face à une rude épreuve dont dépendra
leur avenir au double plan municipal et parlementaire. Il va sans dire,
qu’à la lumière des résultats des élections
municipales, de nouvelles alliances politiques se tisseront à la
Chambre et en dehors de l’enceinte parlementaire. Et ce, en prévision
de la formation du premier Cabinet du futur régime, la répartition
des portefeuilles et le choix des ministres devant s’effectuer selon des
critères différents. La dernière phase des municipales,
à l’instar des trois précédentes, s’est déroulée
dans les meilleures conditions du point de vue tant administratif que sécuritaire:
Les effectifs de l’Armée et des FSI doivent être félicités
pour s’être acquittés de leur mission d’une manière
parfaite, bien qu’on ait eu à déplorer certains incidents,
du reste mineurs, qui se produisent même dans les pays les plus évolués
en période électorale.
Des partisans de Hezbollah faisant une tournée
à Baalbeck.
LA “MÈRE DES BATAILLES”
Mais revenons à la “mère des batailles” ayant eu lieu
à Zahlé et opposé deux listes; ainsi qu’à Baalbeck
et à Jeb Jannine où se sont affrontés le “Hezbollah”
d’un côté; “Amal” et les partis coalisés de l’autre
dans l’ancienne Héliopolis; MM. Elie Ferzli, vice-président
de la Chambre et Mohsen Dalloul, ministre de la Défense dans la
troisième localité. Le président Hraoui, comme il
l’a précisé, après avoir déposé son
bulletin dans une école publique de Haouch el-Oumara - quartier
de Zahlé où il a vu le jour et grandi - a voté “pour
le Liban”, voulant dire par là qu’il n’a soutenu aucune liste, contrairement
aux rumeurs propagées par certains milieux. Le chef de l’Etat a
réaffirmé la nécessité pour les Libanais de
toutes les communautés de rester solidaires et unis. Les résultats
du scrutin à Zahlé ont confirmé l’élection
de MM. Assaad Zogheib (12.783 voix), Assaad el-Barrak, 12.552; Samir Hraoui,
12.246; Toufic Hindi, 11.605; Edouard Zaatar, 11.619; Najib Assi, 11.340;
Adib Andraos, 11.386; Joseph Kassouf, 10.692; Youssef Skaf, 11.036; Edouard
Hatem, 11.609; Sami Khoury, 10.671; Myrna Cortas, 10.525; Nicolas Srouji,
10.608; Nassif Amoury, 10.322; Sami Tiné, 10.489; Ibrahim Abou-Dib,
10.935; Elyse Tamer, 10.271; Gabriel Rouhana, 9.889; Issam Kharrat, 9.854;
Antoine Sfeir, 9.775; Joseph Maalouf, 9.875 (Ce sont tous les membres de
la liste soutenue par M. Elie Skaff). Cinq membres de la liste adverse
seulement ont été élus: MM. Joseph Diab Maalouf, Elyse
Tamer, Issam Kharrat, Samir Hraoui et Nicolas Srouji.
À BAALBECK ET AU HERMEL
A Baalbeck, la “liste du développement” appuyée par “Amal”,
les partis et familles coalisés a remporté seize sièges
du conseil municipal, contre cinq à la liste du “Hezbollah”. Ont
été élus: MM. Akram Jammal, Assem Raad, Hussein Osman,
Ghaleb Yaghi, Saïd Lakkis, Ali Toufayli, Hussein Balouk, Hussein Rifaï,
Ismaïl Khirfane, Khaled Chémali, Khaled Chalha, Mahmoud Solh,
Samir Hleihel, Joseph Karha, Rached Sarkis, Hassan Kasr, Saleh el-Chal,
Mazen Rifaï, Hussein Raad, Akram Mourtada et Ahmed Osman el-Ezz. La
répartition traditionnelle des membres du conseil municipal à
Baalbeck change au profit des sunnites et des chrétiens, le nombre
des chiites ayant régressé. Au Hermel, le “Hezbollah” a pu
faire élire sa liste avec un léger écart de voix,
battant celle appuyée par la coalition des partis et des familles.
A Brital, village natal de cheikh Soubhi Toufayli, a été
élue la liste présidée par Ziad Tleiss, frère
de feu Khodr Tleiss, ancien parlementaire tué lors des incidents
d’Aïn Bourday. A Nabi Chit, la liste du “Hezbollah” a été
élue en entier, alors qu’à Taraya, la liste patronnée
par la “révolte des affamés” s’est imposée, ayant
bénéficié de l’appui du PSNS et de “Amal”; ici, un
seul candidat “Hezbollah” a été élu. A Aïn Bourday,
la liste du “Hezbollah” a battu celle de Abbas Chamas, président
sortant de la municipalité. A Kaa, la liste soutenue par MM. Marwan
Farès, député (PSNS) et Wadih Daher a été
élue, à l’exception de trois candidats. A El-Aïn, la
“liste de l’entente” a gagné, mais a été percée
par trois membres de la “liste du libre choix”. Un candidat chrétien,
M. Mrad Mrad, a été élu. A Laboué, “Amal” a
fait passer sa liste, mais le “Hezbollah” a fait élire six de ses
candidats. A Arsal, la “liste de l’unité et de la coopération”,
soutenue par M. Mounir Houjaïry, ancien député, a fait
passer ses dix-huit candidats. A Chmestar, fief du président Hussein
Husseini, les familles coalisées ont pu faire élire leurs
candidats, aux dépens de ceux soutenus par l’ancien chef du Législatif.
A Ali Nahri, les nouveaux conseillers municipaux se réclament presque
à égalité de “Amal”, du “Hezbollah” et de M. Mohsen
Dalloul, ministre de la Défense. A Deir el-Ahmar et Aïnata,
les listes bénéficiant du soutien des “Forces libanaises”
ont été élues d’office, faute de concurrents.
“BATAILLE DES CHIFFRES”
Après la proclamation des résultats dans la Békaa,
“Amal” et le “Hezbollah” se sont engagés dans une “bataille de chiffres”,
chaque mouvement ayant voulu prouver l’élection de ses candidats.
Le président Berri a adressé ses “salutations et ses vœux”
aux Békaaiotes, spécialement à ceux de Baalbeck, se
félicitant “de les voir fidèles à l’imam Moussa Sadr,
en dépit de toutes les pressions.” M. Berri précise que douze
conseils municipaux se réclament de “Amal”, contre dix du “Hezbollah”.
Au cours d’une conférence de presse tenue lundi, M. Ibrahim el-Sayed,
député du “Hezbollah”, a réaffirmé le souci
de ce parti de préserver le désir de vivre en commun, tout
en déplorant la tension ayant caractérisé l’opération
électorale à Baalbeck. Il reste, à présent,
à préparer le scrutin du 4 octobre prochain, date à
laquelle auront lieu les élections pour le choix des conseillers
municipaux dans les localités où celles-ci ont été
ajournées. A présent, ainsi que l’a indiqué le président
Hraoui à l’issue d’un entretien avec le président Hariri,
les responsables doivent se consacrer aux dossiers brûlants qui ont
été occultés durant les quatre dernières semaines.