
Les Chinois n’ont pas attendu de recevoir chez eux le président américain pour l’apprécier. Un sondage précédant sa visite avait indiqué que la majorité d’entre eux le trouvaient élégant, séduisant et jovial. Les dirigeants lui ont même concédé le rare privilège d’adresser un message en direct aux Chinois à la radio et à la télévision nationales.
DES DEUX CÔTÉS DU PACIFIQUE
Cette visite, toutefois, a été précédée
de surenchères des deux côtés du Pacifique, tant de
la part des Américains que des Chinois. Répondant à
ses détracteurs, le président américain avait affirmé
que “penser à isoler la Chine est impraticable”. On ne peut “isoler
ou contenir” un pays, le troisième du monde par sa superficie, le
premier par sa population (le quart de celle du monde) et que la “coopération”
était la meilleure stratégie possible. Il a, de plus, souligné
le rôle constructif de la Chine au niveau de la péninsule
coréenne et sa résistance à la tempête financière
asiatique en s’abstenant de dévaluer le yuan.
Les détracteurs de Clinton au Congrès qui font feu de
tout bois ont accentué la pression en rappelant le massacre de Tiananmen,
les violations des droits de l’homme en Chine, la pratique des avortements
forcés, le trafic d’organes humains, sans manquer d’évoquer
la filière asiatique qui avait contribué au financement de
la dernière campagne présidentielle.
Les dissidents chinois aux Etats-Unis sont même entrés
en ligne. Wei Jingsheng a indiqué que le voyage de Clinton en Chine
allait détruire les efforts des dissidents pro-démocrates
et encourager Pékin à adopter une ligne dure à leur
égard.
Les Chinois n’étaient pas en reste. Dans un climat de surenchères,
le “China Daily”, quotidien officiel, notait que “la politique nucléaire
américaine (était) malhonnête”, dénonçant
les “rumeurs selon lesquelles la Chine a vendu de la technologie nucléaire
et des missiles à des Etats qui ne respectent pas les règles
internationales”. Or, la Chine, a-t-il affirmé, respecte ces règles,
contrairement aux Etats-Unis.
La non-prolifération nucléaire sera prioritaire à
l’ordre du jour du sommet Clinton-Zemin le 27 juin, devant porter, aussi,
sur les droits de l’homme, l’environnement et les réformes économiques
et commerciales.
LA PLUS GRANDE ÉCONOMIE DU MONDE
Dans ce pays que Robert Rubin, secrétaire américain au
Trésor, considère comme “la plus grande économie du
monde dans le courant de la première moitié du siècle
prochain”, les enjeux économiques américains sont, également,
prioritaires. En novembre dernier, Jiang avait passé aux Etats-Unis
une commande de 50 appareils Boeing d’une valeur de 3 milliards de dollars.
De fait, la commande s’étant rapportée à 30 appareils,
il s’agira de renégocier les 20 appareils restants et dans le meilleur
des cas, quelques appareils supplémentaires.
Bill, le conquérant, se rendra enfin compte qu’il lui reste
encore beaucoup à apprendre dans le nouvel “Empire du Milieu”.
A la place Tiananmen, préparatifs des soldats de l’ALP pour recevoir le président Clinton. |
Dans les centres d’achat de Pékin, des posters de Bill et Hillary Clinton. |
| BILLET
Pendant plus de deux ans, des messages et des signaux avaient été échangés entre les Etats-Unis et la Chine frappée d’embargo commercial américain, depuis vingt ans. C’était sous le mandat du visionnaire Richard Nixon dont la présidence s’est achevée par le scandale du Watergate en août 1974. Au retour de son second voyage en Chine, le secrétaire d’Etat, Henry Kissinger chargé de paver la voie à la visite présidentielle, relevait dans son rapport (et que rappelle Nixon dans ses Mémoires): “Nous avons posé les fondations qui vous permettront, à vous et à Mao, de tourner la page. Mais nous ne devons nous faire aucune illusion sur l’avenir. Des différences profondes et des années d’isolement ont créé un abîme entre nous et les Chinois. Ils seront coriaces avant et pendant la rencontre au sommet, au sujet de Taïwan et d’autres questions importantes.” La visite historique du premier président américain en Chine eut lieu le 17 février 1972. Dans son toast au Premier ministre Zhou Enlai, artisan du rapprochement sino-américain, Richard Nixon indiquait qu’“à certaines époques du passé, nous avons été ennemis. Il existe entre nous, aujourd’hui, d’importants différends. Ce qui nous réunit est que nous avons des intérêts communs surpassant ces différends. En les discutant, aucun d’entre nous n’accepte de compromettre ses principes. Mais si nous pouvons combler le gouffre qui nous sépare, nous pouvons essayer de jeter un pont nous permettant de parler à travers lui.” Le pont était jeté. Auparavant, l’ONU expulsait Taïwan de son enceinte (le 25 octobre 1971). Par la suite (1979), les Etats-Unis établissaient des relations diplomatiques avec la Chine. Entre-temps, (janvier 1979), Deng Xiaoping effectuait une visite historique aux Etats-Unis. En 1989, le président George Bush se rendait à Pékin. La même année, il y eut la nuit tragique du 3 au 4 juin à la place Tiananmen. Le pont est maintenu et renforcé. Les intérêts qui priment tout, ont effacé les traces de sang et les convulsions de l’Histoire. |