SUR LA LIGNE WASHINGTON-TEHERAN
En mars 1971,
une équipe de ping-pong américaine avait été
invitée à visiter la République populaire de Chine.
Moins d’un an plus tard, Nixon y effectuait une visite historique. Serait-ce
par le canal des sports que les peuples apprennent à se connaître
et à briser “le mur de méfiance” qui les sépare?
Dimanche dernier, devant 5.000 correspondants étrangers, l’Iran
disputait à Lyon un match de football aux Etats-Unis, dans le cadre
du Mondial et battait par 2 buts à 1, l’équipe du “Grand
Satan”. Le président Khatami y saluait “la victoire de l’union nationale”,
tandis que l’ayatollah Ali Khamenei indiquait que “le peuple iranien sait
se battre sur tous les fronts”.
Avant le match, lors d’une intervention télévisée,
le président Clinton exprimait l’espoir que cette épreuve
sportive puisse être un moyen de rapprochement entre les deux pays.
Clinton: “L’Iran change de façon positive”.
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Le président Khatami, un modéré
qui affronte avec pugnacité les conservateurs.
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L’ÉCHEC DU “DOUBLE ENDIGUEMENT”
Ce match dû à un tirage au sort, a revêtu une importance
particulière en raison de la nouvelle approche des relations, rompues
il y a 18 ans, entre les Etats-Unis et l’Iran. En 1979, 52 diplomates américains
avaient été retenus pendant 444 jours à l’ambassade
américaine à Téhéran. Les Etats-Unis ne s’étaient
pas remis de cette humiliation et s’étaient employés à
asphyxier économiquement et politiquement l’Iran.
Mais les temps ont changé. L’arrivée au pouvoir à
Téhéran en mai 1997 d’un président modéré
porté par une vague populaire (70% des voix) annonçait un
changement de climat qui s’est confirmé le 1er janvier dernier.
Lors d’une interview-choc accordée à la CNN, Mohamed Khatami
encourageait les échanges culturels et universitaires entre les
deux pays.
Mais Khatami a été aussitôt désavoué
par les siens. Le courant modéré qu’il privilégie
est l’objet d’une contestation ouverte de la part des conservateurs qui
dominent le parlement et l’appareil judiciaire. Ces conservateurs ont même
déclaré la guerre à ses partisans: arrestation, libération;
puis, traduction en justice du puissant maire de Téhéran
Karbastchi et destitution par le parlement du ministre de l’Intérieur
Abdollah Nouri nommé aussitôt (par Khatami) vice-président.
En dépit de cette guerre ouverte que mènent les conservateurs
aux modérés (y compris les organes de presse), l’Iran subit
actuellement des changements et Madeleine Albright a fait état devant
l’Asia Society à New York. “Lorsque le mur de la méfiance
tombera, nous pourrons développer avec la République islamique,
quand elle sera prête, un programme menant à des relations
normales...” Position confirmée par le président Clinton:
“L’Iran change positivement”, a-t-il déclaré. Aux Iraniens
de se montrer “prêts à s’éloigner du soutien au terrorisme,
de la diffusion d’armes dangereuses et de l’opposition au processus de
paix.”
“De grands problèmes subsistent” et une éventuelle normalisation
requiert encore du temps. Désormais, la politique du “double endiguement”
prônée par les Etats-Unis à l’encontre de l’Iran et
de l’Irak semble être dépassée.
Les Iraniens qui ont communiqué avec les Etats-Unis par le canal
de l’Arabie séoudite et de la Suisse ont déjà reçu
en février dernier des lutteurs américains, également
des universitaires, des représentants de compagnies pétrolières
et même des diplomates, se montrent très prudents. “Nous voulons
des actes, répondent-ils, par la voix de leur ministre des Affaires
étrangères, Kamal Kharazi.
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