EN RECEVANT LE PRESIDENT DE L'ORDRE DES JOURNALISTES
BOUEZ:"L'INCIDENT D'AOUKAR, UN MESSAGE D'ISRAEL"
"TOUTE REVISION DE LA CONSTITUTION DOIT SERVIR L'INTERET SUPERIEUR DE LA NATION", AJOUTE LE MINISTRE DES A.E.

 
Pour la seconde journée consécutive, M. Farès Bouez, ministre des Affaires étrangères, n’a pas ménagé le chef du gouvernement dont il a critiqué la manière d’agir, en empiétant sur les prérogatives des ministres.
La veille, le chef de la diplomatie avait tenu une conférence de presse pour dénoncer les voyages de M. Rafic Hariri, disant que “sa visite aux Etats-Unis n’était ni nécessaire ni justifiée”.
En ce qui concerne l’explosion près du siège de l’ambassade US à Aoukar, M. Bouez y détecte un “message de pression” d’Israël, afin d’amener le Liban à souscrire à sa proposition relative à l’application conditionnelle de la résolution 425 du Conseil de Sécurité. 
En recevant mardi M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes, le chef du palais Bustros a répondu aux questions qu’il lui a posées, à propos des problèmes de l’heure au double plan local et régional. 
“La visite du chef du gouvernement aux USA, dit-il, n’était ni nécessaire ni justifiée. Si son but était de soulever, une fois de plus, l’application de la résolution 425, le secrétaire d’Etat US a déjà invité le Liban à approfondir l’étude de la proposition formulée par Israël, qui lie son retrait du Liban-Sud à des arrangements de sécurité... Puis, à mon avis, le timing de la visite était mal choisi, sauf si on veut jeter de la poudre aux yeux des gens au plan intérieur. 
“Quant à l’éventuelle visite que le président Hafez Assad effectuerait au palais de Baabda, son annonce aurait dû être faite à partir de Beyrouth ou Damas et non de Washington, la capitale fédérale n’étant pas concernée par cette affaire.” 

LOGIQUE DÉFAITISTE 
- Le président Hariri a dit que “quelque chose” allait se produire par rapport à la relance du processus de paix. De quoi s’agit-il, en fait? 
“Ses propos à ce sujet étaient vagues et leur but était, sans doute, de justifier sa visite de routine. 
“S’il s’agit de propager un climat d’optimisme, cela anesthésie l’opinion internationale, tout en blanchissant l’Etat hébreu de sa responsabilité quant au gel de l’opération de paix. Il est de notre intérêt, au contraire, de dévoiler les plans israéliens visant à torpiller la paix et d’empêcher son instauration. Nous devons faire comprendre à la communauté internationale que nous avons abouti à une situation dangereuse, parce qu’Israël en entrave le processus. Nous ne devons pas attendre et faire montre de patience; c’est une logique défaitiste inacceptable.” 
Invité à spécifier les incidences sur les négociations de paix, des roquettes ayant explosé non loin du siège de l’ambassade des Etats-Unis à Aoukar, M. Bouez émet ces réflexions: “Cet incident ne peut se répercuter sur les négociations, si elles devaient être reprises, car celles-ci ont, en tout premier lieu, des liens d’ordre politique. 
“Quoi qu’il en soit, ces engins, bien qu’ils n’aient causé aucun préjudice au siège de la mission diplomatique américaine, constituent un message par lequel Israël veut prouver que le Liban ne peut jouir de la sécurité, tant qu’il rejette ses propositions, l’instabilité sous notre ciel étant la sanction à notre rejet de sa demande relative à la signature d’un accord sur les arrangements de sécurité pour protéger les frontières-nord de l’Etat hébreu. 
“Notre voisin du Sud paraît vouloir faire comprendre à l’Amérique et au monde qu’il ne permettra pas à la scène libanaise de se stabiliser, voulant montrer par là sa capacité de perturber la situation et de la saboter.” 

LA SÉCURITÉ ASSURÉE 
- Les organismes qualifiés ont-ils mis la main sur des éléments permettant d’identifier ceux qui ont placé les roquettes à Aoukar,  plastiqué une voiture à Dora et jeté des dizaines de grenades à main dans une poubelle à la Quarantaine? 
“Les investigations se poursuivent et rien ne permet encore d’établir un lien entre les trois faits que vous mentionnez.” 
- Qu’auriez-vous à dire à propos du fait pour le Premier ministre d’entreprendre des voyages à l’étranger sans le chef de la diplomatie? 
“Je me suis excusé de ne pouvoir l’accompagner dans 95 pour cent de ses pérégrinations, pour la raison qu’il s’abstenait d’en informer, au préalable, le Conseil des ministres et d’exposer l’objet de ses périples.” 
- A votre avis, la sécurité serait-elle compromise, comme d’aucuns le laissent croire, suite aux explosions des dernières semaines? 
“La sécurité est solidement établie, au point que nul n’est en mesure de la compromettre. Cependant, nous devons renforcer le front intérieur au triple plan politique, social et économique, en prévision d’éventuels défis régionaux. Nous sommes donc appelés à nous pencher sur nos problèmes internes pour leur trouver les solutions adéquates.” 

QUID DE LA RÉVISION CONSTITUTIONNELLE 
- Serait-il question d’un double amendement de la Constitution à l’approche de l’élection présidentielle? 
“Toute révision constitutionnelle dans les quatre mois à venir, doit être justifiée par des circonstances exceptionnelles. C’est pourquoi, nous attendons de voir si de telles circonstances favorisent ou justifient l’amendement de la loi fondamentale. 
“Quoi qu’il en soit, l’action selon les clauses constitutionnelles est la règle dont on ne doit pas dévier, la révision devant être opérée en prenant en considération l’intérêt supérieur de la nation.” 
De la conférence de Palerme sur le partenariat euro-méditerranéen, M. Bouez précise: “Les Européens ont réalisé qu’il vaut mieux pour eux traiter avec l’ensemble des Etats arabes qu’avec un seul à la fois.” 
Enfin, il se prononce en faveur d’une proposition de loi présentée par plusieurs membres de l’Assemblée, portant de 64 à 68 l’âge de retraite des membres du corps diplomatique. Cependant, il est d’avis que la loi englobe tous les diplomates et ne pas s’arrêter à l’an 2001, comme le suggèrent les députés. 

 

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