Il est du droit du président de la République qui a tenu
à organiser le scrutin municipal avant la fin de son mandat, de
se montrer fier de cet exploit.
De même, le ministre de l’Intérieur peut se targuer d’avoir
assumé la mission à lui confiée d’une manière
parfaite.
Il va sans dire que l’Armée libanaise a été le
grand gagnant, pour avoir donné les preuves palpables qu’elle est
à la hauteur des responsabilités nationales. L’institution
militaire s’est comportée à l’occasion des municipales, conformément
au plan établi par son commandant en chef, le général
Emile Lahoud.
HOMMAGE À L’ARMÉE
De fait, elle a assuré le climat propice au déroulement
de la consultation populaire dans un climat démocratique sans faille
et des conditions sécuritaires parfaites. Et ce, sans recourir à
aucun des procédés utilisés, naguère, par le
“Deuxième Bureau”. Ceci a été un objet de satisfaction
pour les citoyens dont la confiance a été renforcée
dans la Grande Muette, quant au présent et à l’avenir.
Pendant que les nouvelles municipalités cherchaient auprès
de l’Etat à récupérer les fonds qui leur reviennent
et examinaient les moyens d’alimenter leurs caisses, l’échéance
présidentielle était déjà au centre des conversations,
non seulement à Beyrouth mais, également, à Washington
et dans d’autres capitales concernées par les présidentielles,
que ce soit d’une manière directe ou dans les coulisses et les “cuisines”
politiques exerçant quelque influence dans ce domaine.
DÉCENTRALISATION ADMINISTRATIVE
Le chef de l’Etat ne cesse de se féliciter de la façon
dont se sont déroulées les municipales, les qualifiant de
“grande réalisation nationale” sous son mandat, alors que quatre
régimes précédents n’ont pu l’accomplir.
Partant de là, le président Hraoui entame une campagne
en faveur de la décentralisation administrative dont il est fait
mention dans le “document de l’entente nationale”, estimant que les conseils
municipaux peuvent réactiver l’administration locale et mettre l’Etat
et ses institutions en contact direct avec les différentes franges
de la population libanaise.
Les milieux parlementaires n’écartent pas la possibilité
que le projet relatif à la décentralisation administrative
soit ratifié par l’Assemblée au cours de sa session extraordinaire.
Selon des sources renseignées, le ministère de l’Intérieur
dispose d’un projet dans ce sens, nécessitant de simples retouches.
Ce dernier prévoit la constitution de conseils de mohafazat et de
caza, ayant pour tâche de communiquer à l’autorité
centrale des recommandations destinées à relever le niveau
des districts et des cazas dans tous les domaines.
LA VISITE DE HARIRI AUX USA
Dans le même temps, le président Rafic Hariri effectuait
une tournée l’ayant conduit à Washington, New York et Paris,
au terme de laquelle il a laissé entendre que “quelque chose allait
se produire au Proche-Orient” de nature à relancer le processus
de paix; autrement dit à réactiver les négociations
gelées depuis plus d’un an.
Des sources ministérielles et parlementaires avaient trouvé
étrange le fait pour le président du Conseil de se rendre
aux Etats-Unis pour entretenir les responsables US de problèmes
engageant l’avenir de la patrie, sans se faire accompagner du chef de la
diplomatie, seul M. Fouad Sanioura, ministre d’Etat pour les affaires financières,
ayant été du voyage.
La visite du Premier ministre en Amérique a fait l’objet d’une
campagne de la part de M. Bouez qui a trouvé inadéquat le
fait pour M. Hariri d’avoir annoncé la prochaine venue au palais
de Baabda du président Hafez Assad, alors que la nouvelle aurait
dû être diffusée à Beyrouth et Damas. D’ailleurs,
le président Hraoui a blâmé M. Hariri d’avoir agi de
le sorte.
Par ailleurs, l’explosion de roquettes à proximité de
l’am-bassade US à Aoukar, a provoqué une vague de protestations
dans tous les milieux, doublée de la crainte que l’état de
la sécurité soit compromis, au moment où approchent
l’échéance présiden-tielle et que doivent commencer
les préparatifs de la visite du chef de l’Etat syrien, probablement
avant le mois d’octobre.
A propos de cette visite officielle, le chef de l’Etat s’est formalisé
du fait pour le Premier ministre de l’avoir révélée
dans la capitale fédérale, alors qu’elle n’aurait pas dû
être divulguée pour des considérations d’ordre politique
et sécuritaire.
L’ÉCHÉANCE PRÉSIDENTIELLE
EN TÊTE DES DÉBATS
Quoi qu’il en soit, l’échéance présidentielle
figure à présent en tête des sujets qui sont au centre
des débats dans les milieux politiques et officiels. D’autant que
M. Hariri l’a évoquée à Washington à l’issue
d’un entretien avec Mme Madeleine Albright. Ainsi, il a donné l’impression
que lors de sa rencontre avec le secrétaire d’Etat US, il avait
évoqué l’élection présidentielle. En fait,
le président du Conseil s’est limité à dire qu’il
avait donné l’assurance au chef de la diplomatie américaine
que l’élection présidentielle aura lieu dans le délai
constitutionnel.
En ce qui concerne la visite du président Assad, elle porterait
plus d’une signification et pourrait être interprétée,
soit comme un feu vert pour une nouvelle reconduction du mandat présidentiel;
soit pour une sorte de satisfecit au président Hraoui.
Toujours est-il que cette visite revêtira une importance historique,
puisqu’elle marquera un tournant dans les relations libano-syriennes.
D’ores et déjà, des sources informées s’attendent
à l’amorce de concertations en prévision du choix des présidentiables,
sur la base des spécifications dont ils devraient jouir, répondant
aux impératifs de la phase future au double plan interne et régional.
M. Hariri avait précisé que le prochain chef de l’Etat
devrait entretenir de bonnes relations avec la Syrie; accepté par
les chrétiens et les musulmans à la fois; être le fruit
d’un consensus régionalo-international.
Dans ce contexte, il sera procédé à une préparation
minutieuse de la visite du président Assad et, à cet effet,
un sommet bipartite pourrait la précéder, au cours de laquelle
seront passés en revue les problèmes qui se posent sur les
scènes libanaise et syrienne .
DANS L’ATTENTE DE LA DÉCISION PRÉSIDENTIELLE
Les présidentiables commen-cent, de leur côté,
à multiplier les contacts et les démarches auprès
d’instances ayant quelque influ-ence dans l’élection présidentielle,
le chef de l’Etat en tête. Et ce, afin d’être fixés
sur sa véritable intention par rapport à la reconduction
de son mandat.
Jusqu’à présent, on ignore si le président compte
proposer l’amendement d’un ou de deux articles de la Constitution, car
il se doit de prendre une telle initiative, l’Assemblée n’étant
pas habilité à le faire au cours de sa session extraordinaire,
celle-ci devant s’ouvrir le 20 octobre.
S’il optait pour la prorogation de son mandat, le président
Hraoui prendrait l’initiative voulue. Cependant, il devrait, logiquement,
réclamer la révision de l’article de la Constitution permettant
à un fonctionnaire de la première catégorie de poser
sa candidature à la magistrature suprême.
Dans ce cas, on laisserait aux députés le soin de présenter
une pétition portant dix signatures, en vue de l’amendement consti-tutionnel,
afin de ne pas em-barrasser le président de la République
qui ne voudrait pas proposer la prorogation de son mandat, préférant
en laisser l’initiative à l’Assemblée.
De toute façon, le ministre des Affaires étrangères
a confié à M. Melhem Karam, président de l’Ordre des
journalistes, quand il l’a reçu au début de la semaine (voir
ailleurs l’information) que toute révision de la Constitution en
prévision des présidentielles, devrait être envisagée
sous l’angle de “circonstances exception-nelles... et tenir compte de l’intérêt
supérieur de la nation.”
Les milieux politiques et parlementaires se perdent en conjectures,
mais on peut déjà tirer la conclusion ci-après: l’élection
présidentielle aura lieu au mois d’octobre, quelle que soit la procédure
à suivre...