Saturnale

Par MARY YAZBECK AZOURY  
LE SALUT DE LA PATRIE EST LA LOI SUPRÊME
La confrontation Hariri-Bouez ne soulève pas l’intérêt qu’inspire le Mondial et pour cause.
Les Libanais sont lassés, blasés de toutes ces discussions byzantines qui ne sont que distribution de rôles.
Ce n’est pas la première fois que le ministre des Affaires étrangères est relégué au rang de comparse par le président du Conseil et ce n’est pas la dernière fois que M. Hariri enfourchera son tapis volant (jet plutôt) pour aller rencontrer qui lui plaira.
Ce que tout le monde sait, c’est que toutes les portes s’ouvrent devant M. Rafic Hariri, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Et ceci est un exploit...
Qu’on aime ou qu’on n’aime pas le personnage, qu’on approuve ou désapprouve son style, qu’on bénéficie ou non de ses largesses, le fait est là. Il a remis le Liban sur la carte internationale.
Qu’il manque au protocole, soit.
Qu’il ignore la Constitution, soit.
Qu’il empiète sur les terrains de presque tous les ministres, soit.
Mais à qui la faute?
Qui l’a fait “Roi”?
Quel ministre a démissionné pour protester contre ses ingérences?
Personne.
On critique et on s’accroche à son poste.
Et M. Hariri le sait.
Il ne daigne plus répondre à ses détracteurs, se contentant d’un sourire qu’il veut malicieux et souvent sardonique.
Et si une fois pour toutes, les dirigeants libanais adoptaient la règle que “le salut de la patrie est la loi suprême”, cela ne vaudrait-il pas mieux que toutes ces tragi-comédies?
***

LES COULEURS DU LIBAN ET DE LA FRANCE
Surprise pour les journalistes invités par l’ambassadeur de France à la Résidence des Pins, récemment inaugurée par le président Chirac: les couleurs des lustres de Murano et des tapis sont éclatantes: vert, blanc et rouge pour les lustres splendides; vert et blanc, rouge et blanc, bleu et blanc pour les tapis. Idem pour les rideaux. Adieu aux velours sombres, aux voiles pastel et aux damassés somptueux.
Aujourd’hui, la Résidence des Pins respire un air de jeunesse, jamais vu auparavant. Grandeur et solennité font partie de l’histoire. Aujourd’hui, c’est une “maison” où il fait bon vivre. Mis à part le salon ottoman qui a retrouvé toute sa gloire passée, la Résidence des Pins aborde le troisième millénaire avec les couleurs de l’espérance, de la joie de vivre, de l’espace avec une autre constante: le bureau de l’ambassadeur. Une superbe toile de Philippe Mourani représentant le général Gouraud proclamant l’Indépendance du Liban. Toile où foisonnent de multiples personnages.
L’ambassadeur conte pour la petite histoire: le tableau à l’origine n’en comporte qu’une vingtaine, devant les protestations d’autres personnalités qui n’étaient pas représentées, Philippe Mourani les rajoute au tableau... Et c’est, ainsi qu’on voit une Assemblée de notables libanais entourant le général Gouraud.
Accueillis par M. Daniel Jouanneau, le chef du protocole M. François Abi-Saab, le Premier conseiller M. François Senemaud, le conseiller M. Antoine Sivan, le consul général de France, M. François Ponge, les journalistes ont fait le tour du propriétaire, ainsi que des jardins et sablé le champagne en l’honneur de la “nouvelle” résidence, de ses habitants et de l’amitié France-Liban.

***

QUAND LA CONVENTION DE VIENNE EST VIOLÉE...
Rien ne va plus sur la scène diplomatique internationale.
Après avoir vu des diplomates attaqués, pris en otages, le président du Bélarus vient de créer, un précédent dans le monde feutré de la diplomatie.
Violant les statuts de la Convention de Vienne, le président Alexandre Loukachenko a décidé d’agrandir sa résidence privée au détriment des ambassades qui occupaient l’espace convoité.
Le prétexte invoqué est la réparation des installations électriques et autres dans les ambassades.
Mais nul n’est dupe.
Aussi, cinq ambassadeurs de l’Union Européenne (dont la France, l’Allemagne et l’Italie) en sus des ambassadeurs des Etats-Unis d’Amérique et du Japon, ont-ils fait leurs valises pour de bon et ont quitté Minsk, puisque le pays hôte leur avait coupé l’eau et le gaz.
Les pays concernés ne rompent  pas leurs relations diplomatiques, mais laissent un personnel subalterne.
Les diplomates ont souvent eu des déboires avec l’URSS et aujourd’hui avec certains Etats de l’ex-URSS.
Dans le temps, c’était Moscou qui, par le truchement de son “Bureau de Services pour le Corps diplomatique”, le fameux UPDK en faisait voir de toutes les couleurs aux ambassades, car à l’exception de trois ambassades (Turquie, Finlande et Autriche dont les résidents étaient propriétaires) les autres ne s’y trouvaient qu’en location... il est vrai pour cent ans, mais à des prix faramineux, de cinquante mille dollars à quelque cinq cent mille pour les plus grandes.
En outre, le bureau de l’UPDK, pouvait à sa seule discrétion imposer des travaux de réfection, des contrôles de sécurité, des peintres en bâtiment sous des prétextes fallacieux. Quoique l’ambassade soit un lieu inviolable et jouissant de l’extraterritorialité, il était impossible aux ambassadeurs de refuser ces travaux qui pouvaient, en quelques cas, s’avérer nécessaires.
Tous les diplomates en poste à Moscou savaient que le contrôle des installations électriques, c’est-à-dire en premier les lustres, avait pour but l’installation de micros ou d’en vérifier l’efficacité. On surnommait cette opération, le contrôle “IGOR”, prénom masculin très commun en URSS. Les autorités soviétiques savaient que l’on savait... Et la comédie continuait. Pour parler à l’aise, les diplomates entreprenaient souvent des promenades éloignées à pied dans la nature... C’était le système.
Il semble que pour le Bélarus Loukachenko, l’Histoire est un éternel recommencement.


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