MADELEINE ALBRIGHT EN TANZANIE ET AU KENYA
L'ENQUETE SUR LES ATTENTATS ANTI-US
OUSSAMA BE LADEN DANS LE COLLIMATEUR

Les Etats-Unis payent cher leur soutien aux intégristes. En réveillant leurs démons intérieurs, ils en sont la cible première.
 

Madeleine Albright en visite au Kenya.

Le secrétaire d’Etat américain au chevet des victimes.
 
Preuve en est leur ouverture envers les Taliban, ces “étudiants en théologie” surgis d’une ère moyenâgeuse qui doivent leurs victoires en Afghanistan aux mannes séoudiennes, à la logistique pakistanaise et à la bénédiction américaine.
Ce sont les Taliban, plus précisément cheikh Omar, leur chef spirituel, qui protègent le présumé commanditaire des attentats anti-US commis le 7 août à Nairobi et Dar es-Salam ayant fait 257 morts dont 12 Américains et plus de 5.000 blessés. Ils continueront à le protéger “à tout prix”, ont-ils fait savoir à Madeleine Albright qui, à partir de Nairobi, leur a demandé de le livrer.

“SUSPECT NUMÉRO UN”
Dès le départ, Oussama ben Laden, milliardaire séoudien, déchu de sa nationalité (originaire d’une riche tribu du Yémen, 41 ans, mince, d’apparence fragile, le menton ravagé par une barbe) et considéré comme “le banquier de la guerre sainte” qu’il mène depuis l’Afghanistan où il a trouvé refuge, avait été pointé du doigt. La progression de l’enquête confirme son rôle majeur dans le double attentat qui a frappé, bien plus que les Etats-Unis, deux pays paisibles d’Afrique. Le suspect palestinien, Mohamed al-Mowaidda, arrêté à Karachi le jour même de l’attentat, alors qu’il était en route vers le Pakistan et soumis à un interrogatoire de plusieurs jours, était passé aux aveux, s’était rétracté; puis enfin, avait confirmé le rôle de commanditaire de ben Laden dans le double attentat anti-US. Selon le “Washington Post”, ce suspect de 34 ans aurait indiqué que ben Laden commanderait une armée de 4.000 à 5.000 terroristes armés, répartis dans le monde musulman.
C’est dans une chambre d’hôtel de Nairobi qu’auraient été réunis les 800 kg de TNT dissimulés dans la camionnette piégée ayant explosé à l’arrière de l’ambassade US. L’un des gardes de la chancellerie aurait même reconnu l’un des suspects de ce véhicule, dont les débris sont examinés minutieusement par les agents du FBI.
A près d’un kilomètre de l’explosion, les enquêteurs ont pu trouver une pièce à conviction très importante: un vibrequin en acier pesant 45 kg et portant le numéro d’identification du véhicule piégé, selon les indications du magazine “Newsweek”.


Oussama ben Laden: le “suspect numéro un”.
ÉTAT D’ALERTE DANS LES AMBASSADES US ET RÉCONFORT DES VICTIMES
Tandis que le directeur du FBI arrivait à Nairobi et que 250 agents fédéraux poursuivaient l’enquête dans les deux capitales du Kenya et de Tanzanie, Washington exhortait tous ses ressortissants dans le monde à se montrer “encore plus prudents que d’habitude”, décrétait l’état d’alerte dans toutes ses ambassades, annonçait la fermeture de ses représentations en Somalie, au Soudan, au Congo-Brazzaville, en RDC, Guinée-Bissau et réduisait le personnel de ses missions en Albanie, Erythrée et au Pakistan. Là, 200 ressortissants américains ont été évacués.
Pendant ce temps, une stratégie offensive était menée au niveau du Congrès, rendu responsable des défaillances dans la protection des ambassades US dans le monde. Il a toujours refusé de débloquer les fonds nécessaires à cette protection. L’ambassadrice américaine à Nairobi, Prudence Bushnell, de même que le Pentagone, conscients de la vulnérabilité de l’ambassade du Kenya, avaient en vain réclamé depuis fin 97, la construction d’une nouvelle ambassade. Désormais, la Maison-Blanche entend intervenir dans ce domaine.
Le secrétaire d’Etat américain a visité en début de semaine les lieux des attentats. Elle a examiné sur place la situation des ambassades, rencontré les autorités officielles et s’est rendue au chevet des victimes, dont les familles avaient été outrées par le comportement des Américains qui les avaient totalement ignorées, s’abstenant de leur porter secours et ne se souciant que de leurs ressortissants. Ces familles considèrent qu’elles ne sont pas liées au contentieux des Etats-Unis avec les intégristes musulmans et doivent être dédommagées.
Madeleine Albright a fait humblement son mea culpa: oui nous n’avons “pas agi parfaitement”. Mais nous nous engageons à “aider le Kenya à dédommager les victimes et à reconstruire les installations détruites autour de l’ambassade”. Elle a réitéré la volonté des Etats-Unis de maintenir “la présence américaine en Afrique” et de “construire une Afrique nouvelle”.

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