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Ulcère de la cornée dû au pseudomonas chez un porteur de lentille de contact. |
Coloration hématique de la cornée. |
QUAND FAUT-IL RECOURIR À LA GREFFE?
La perte de vue due à certaines affections cornéennes
impose le recours à la kératoplastie. Le professeur Antoine
Khoury, chef de service d’ophtalmologie à l’Hôtel-Dieu de
France, cite celles qui sont les plus fréquentes chez les jeunes:
1- Le kératocône. C’est une maladie dystrophique au cours
de laquelle la cornée perd son aspect sphérique pour devenir
conique. Il en résulte un astigmatisme accentué corrigé,
tout d’abord, par le port de lunettes; puis, par la pose de lentilles de
contact.
Evolutive, elle exige, ultérieurement, le recours à une
greffe. A noter que sa fréquence est relativement élevée
au Liban.
2- Les traumatismes cornéens. Dus aux accidents de circulation
routière ou à d’autres chocs (feux d’artifice très
fréquents), ils laissent des cicatrices opaques indélébiles,
telles des voiles incapacitants qui réduisent l’acuité visuelle
de 99%.
3- Les infections cornéennes. Elles peuvent être virales
(dues, surtout, à l’herpès) ou d’origine bactérienne
(nous citons à titre d’exemple la mauvaise décontamination
et la manipulation malpropre des lentilles de contact).
4- Les brûlures chimiques par acide ou matières basiques.
5- Les brûlures par arc électrique.
Quant aux personnes âgées, leur perte de vue, pour cause
d’affections cornéennes, provient de plusieurs facteurs. En voici
les principaux:
1- Les dystrophies de la cornée. C’est une sorte de dégénérescence
apparaissant avec l’âge ou à la suite d’une manipulation chirurgicale
sur le segment antérieur de l’œil (cristallin, iris, cornée).
2- Les infections et ulcérations de la cornée, bactériennes,
virales ou mycosiques.
3- Les mêmes autres affections que chez les jeunes.
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Dystrophie avant et après greffe. |
| COÛT DE LA TRANSPLANTATION
Selon les estimations des spécialistes, les frais de la greffe ne dépasseraient pas ceux d’une chirurgie oculaire ordinaire, à l’instar de la cataracte. Le financement de cette opération peut être pris en charge par les assurances, la sécurité sociale, le ministère de la Santé, les mutuelles (fonctionnaire, armée...) ou par le greffé lui-même. Il est important de souligner que toute cornée prélevée sur donneur au Liban est “gratis”. Le receveur se charge, uniquement, des frais du produit de conservation. Il peut se procurer les cornées auprès de la Banque nationale des yeux ou bien par le biais de l’ophtalmologue qui a effectué le prélèvement. Toutefois, le nombre de dons ne satisfait pas la demande croissante. Certains patients, las d’attendre, optent pour l’achat d’une cornée importée d’Amérique, dont le coût atteindrait et dépasserait même les 1000 dollars. Cette somme comprend les frais de la Banque des yeux d’Amérique, les frais de conservation, d’importation et d’examens effectués sur la cornée (test du SIDA, ...). |
| COMMENT S’EFFECTUE LE PRÉLÈVEMENT?
Le don posthume des cornées n’intervient pas, nécessairement et uniquement, en cas de mort encéphalique (cérébrale), comme pour celui des reins et du foie: ces organes sont alors maintenus artificiellement en fonctionnement car, non irrigués par le sang; ils sont vite nécrosés en l’espace de quelques minutes et ne peuvent plus servir pour une transplantation. Les cornées du donneur décédé de mort cardiaque et non de mort encéphalique sont tout aussi bien valables. Membranes non vascularisées, elles peuvent être prélevées dans un intervalle dépassant même les six heures après la mort, placées dans une solution de conservation et greffées dans un délai maximum de deux semaines. Le prélèvement peut s’effectuer soit à l’hôpital, soit au domicile même du défunt où tous les soins particuliers d’asepsie sont assurés. Pour que le prélèvement puisse avoir lieu dans les meilleures conditions, la famille du donneur devrait prendre certaines précautions: 1- Au moment du décès, fermer les yeux du défunt correctement et y appliquer des vessies de glace. Cette précaution, très importante, évite aux cornées dessèchement et détérioration. 2- Aviser la Banque nationale des yeux ou bien un ophtalmologue sans trop tarder, pour leur donner le temps de se déplacer et de faire le prélèvement. |
PRÉCAUTIONS POST-OPÉRATOIRES
La kératoplastie consiste à suturer les cornées
à l’aide de fils spéciaux, de couleur noire ou bleue, environ
cinq fois plus fins que le cheveu.
Les points de suture sont le plus souvent retirés dans un intervalle
de 6 mois à un an. Parfois, les médecins préfèrent
les garder, afin de réaliser une bonne soudure des tissus.
Il est recommandé au receveur greffé d’éviter
les traumatismes directs sur l’œil qui pourraient entraver la soudure de
la cornée. Il lui est, de même, fortement déconseillé
de s’exposer aux facteurs d’infection (poussière, pollution, ...)
très nuisibles en période post-opératoire.
C’est donc à titre préventif que le receveur est soumis
à une antibiothérapie (par voie locale, sauf complications).
Il suit, également, un traitement médicamenteux anti-rejet
à base de cortisone par voie locale (gouttes) associé, parfois,
à une thérapeutique similaire par voie générale.
Actuellement, les médecins envisagent d’étudier le degré
de compatibilité des tissus du donneur et du receveur comme pour
la transplantation rénale, afin de réduire au maximum le
risque de rejet.

Intriguées, elles l’emmènent chez un ophtalmologue, dont
le verdict les rend encore plus perplexes: la cornée malade doit
être remplacée par une cornée saine prélevée
sur une personne décédée.
Où peuvent-elles donc se procurer une telle cornée, dans
une société non préparée à l’idée
du don posthume? La seule solution possible et imaginable, à l’époque,
était d’importer un greffon de l’étranger. Et ce fut fait.
L’ophtalmologue se charge d’écrire une lettre à la Banque
des yeux de Paris. Quelques jours plus tard, une amie au groupe de dames
rentre de France avec deux cornées: l’une destinée au jeune
garçon; l’autre, à une patiente nécessitant, également,
un greffon. Cette dernière, issue d’une famille aisée, décide
de prendre en charge l’opération et les frais d’hospitalisation
de l’enfant.
Mmes Andrée Farjallah, présidente de la Banque nationale des yeux et Edith Rechmany (trésorière), consultant la liste d’attente des malvoyants. |
La cornée prélevée, que l’on observe au fond du flacon, est soigneusement conservée dans l’Optisol, en attendant d’être greffée. |
EXTENSION DU MOUVEMENT
Réduit au point de départ, à un petit groupe de
cinq membres, auquel se sont jointes des dames de la Croix-Rouge, le mouvement
prend progressivement son envol. Grâce à une campagne soigneusement
organisée, le nombre d’adhérents fait tache d’huile en commençant
par les parents et amis; puis, en s’étendant aux familles des greffés
particulièrement sensibilisées à ce problème.
Ce mouvement bénévole aboutit, en 1995, à la création
officielle de la Banque nationale des yeux. Présidée par
Mme Andrée Farjallah, la banque se veut une association à
but non lucratif. Son action vise à aider les malvoyants; en collaboration
avec une équipe d’ophtalmologues, elle recueille les cornées
de donneurs décédés, assure leur conservation et les
offre, gratuitement, aux receveurs sur la base d’une liste d’attente.
On dénombre, actuellement, une quarantaine de membres inscrits
et une centaine de sympathisants disséminés sur tout le territoire
libanais.
Entièrement autonome, la banque ne reçoit aucune aide
financière officielle, elle compte sur les dons et contributions
privés pour son fonctionnement.
MÉCANISME D’ACTION
Toute personne désireuse de faire don posthume de ses cornées,
doit l’exprimer de préférence par écrit. Ce procédé
faciliterait, ultérieurement, les formalités avec sa famille.
A cet effet, la banque met à la disposition de tout donneur une
carte de don qu’il doit signer en personne.
De même, elle assure des permanences pour accueillir les patients
à son bureau sis à l’hôpital Hayek (Sin el-Fil) dans
un local mis à sa disposition à titre bénévole.
Le patient-receveur doit fournir un certificat médical attestant
la nécessité d’une greffe et définissant le degré
d’urgence. Il doit y joindre, également, une photo passeport et
présenter sa carte d’identité. Son inscription sur la liste
d’attente se fait automatiquement.
Il est recommandé à la famille du donneur d’aviser la
Banque nationale des yeux dans les six heures suivant le décès.
Un représentant de la banque se rend, immédiatement, au domicile
du défunt, accompagné d’un ophtalmologue qui effectue le
prélèvement en un laps de temps limité (25 minutes
environ). “Cette intervention n’entraîne aucune mutilation des yeux”.
En 20 ans d’activités, la Banque nationale des yeux assure 977
greffes de cornées. Toutefois, la liste d’attente s’allonge faute
de donneurs en nombre suffisant.
SUIVI POST-OPÉRATOIRE
A ce stade, l’action de la banque revêt un caractère plutôt
social que médical et vise la sensibilisation des gens au problème
des malvoyants. Pour ce, elle favorise les rencontres entre les familles
du donneur et du receveur et fait passer son message à l’occasion
des offices religieux (requiem).
Les responsables de la banque maintiennent le contact avec les opérés
et leur prodiguent un ensemble de conseils, en prévision de complications
éventuelles.
Eviter:
1 - la cigarette pendant au moins un mois;
2 - les sources de chaleur et de pollution;
3 - le port de poids lourds (mauvais pour les points de suture).
Il est de même conseillé de se couvrir l’œil en se lavant
la tête pour prévenir l’irritation due au shampoing.
| 50 ANS DÉJÀ...
1946: L’hôpital universitaire américain effectue les premières greffes au Liban à l’aide de cornées importées des Etats-Unis. 1949: L’Hôtel-Dieu de France entreprend, à son tour, ce même genre d’intervention chirurgicale. 1972: Les premiers dons de cornées sont enregistrés. Parmi les pionniers: le Dr Edouard Nukho, Sœur Victorine Zoghbi (Saints-Cœurs) et Mme Olga Abou-Rjaïli, de Baalbeck. 1972-1984: La Croix-Rouge libanaise entame plusieurs tentatives en vue de créer une “Banque des yeux”. 1984: Un noyau voit le jour au Liban dans le cadre de l’association “Terre des Hommes”. 1995: Naissance officielle de la “Banque nationale des yeux”. |