Editorial


Par MELHEM KARAM 

 
D’ABORD, LES TERRORISTES DE NAIROBI ET DE DAR ES-SALAM; PUIS, KENNETH STARR
L'AMERIQUE ENGAGE LA PLUS FEROCE OPERATION TERRORISTE INTERNATIONALE CONTRE LE TERRORISME
Mohamed Sadek Ho-veida qui a été livré au gouvernement du Kénya par les autorités pakistanaises après l’avoir soumis à un interrogatoire, est impliqué dans les atten-tats à l’explosif perpétrés à Nairobi et à Dar es-Salam. Il avait été ramené dans la capitale kényane, une se-maine après son arrestation à Karachi. Au cours de son interrogatoire au Pakistan, il a affirmé que bon nombre parmi les comploteurs ayant quitté, précédemment, Nai-robi, avaient réussi à se rendre du Pakistan en Afghanistan et a avoué aux enquêteurs qu’il avait l’intention d’agir à leur manière. Il est apparu, aussi, qu’il fait partie du groupe recevant le soutien financier de Ben Laden dont la fortune est évaluée à trois-cents millions de dollars.
Le président Bill Clinton qui sort en bon état de la fournaise des accusations quoique d’aucuns pensent le contraire, poursuivra sa lutte jusqu’à la fin des deux années restantes de son mandat. Car toute procédure visant à le destituer par le Congrès nécessite un an et deux mois au moins, temps durant lequel l’Amérique serait paralysée, conséquence de la rancune et du désir d’ébranler un président courageux, déterminé à affronter des bandits de grand chemin que sont les Israéliens.
Lorsque l’ambassadrice des Etats-Unis à Nairobi, Prudence Bushnell, légèrement blessée dans l’attentat de Nairobi s’est demandé: “Quel est l’objectif de tout cela?”, le président Clinton a paru décidé à répondre à cette question.
Quarante-huit heures après les explosions du Kénya et de Tanzanie, les autorités américaines se sont souciées, exagérément, de garder sous le sceau du secret les renseignements qu’elles ont pu obtenir, en raison de leur extrême gravité. Le président Clinton a haussé le ton en disant: “Les Américains sont la cible de tout terrorisme dans le monde. Car nous avons assumé seuls la responsabilité de diriger l’univers et œuvrons en vue d’accélérer le processus de paix. Le fait pour nous d’agir seuls face au terrorisme, est la cause de ce qui s’est produit.
“Si nous devions rapatrier nos diplomates et nos forces des régions perturbées du globe ou tourner le dos à ceux qui menacent la paix, cela signifierait que nous donnons au terrorisme des chances de réaliser une victoire que nous ne devons pas lui permettre de remporter.”
Dans le cadre de comportements ultra-secrets, l’Amérique a mis en branle ses experts en espionnage, spécialisés dans la lutte contre le terrorisme, ceux du CIA, du FBI à l’intérieur et partout dans le monde, pour rester informée de tout ce qui s’y passe.
A l’intention de ceux qui se sont réjouis de ce qui s’est produit et ont été gagnés par le doute, Sandy Berger, responsable de la sécurité nationale à la Maison-Blanche, a déclaré que le scandale de Monica Lewinsky est en dehors du sujet. “Quiconque, a-t-il ajouté, considère que la controverse suscitée par ce scandale aux Etats-Unis peut atténuer notre détermination ou nous empêcher de faire face, rapidement, aux menaces adressées aux USA, commet une erreur monumentale.”
L’opinion américaine tout entière a été mobilisée, ainsi que les mé-dias contre Oussama Ben Laden, considéré par la Presse américaine comme figurant en tête de liste parmi les accusés. En plus de son implication en 1996 dans le complot contre la base américaine de Dhahran, son nom a été évoqué maintes fois dans des opérations terroristes dirigées contre les Etats-Unis. Cependant, les autorités US ne disposent d’aucune preuve ferme contre lui. C’est pourquoi, le fait de l’accuser serait un acte irresponsable, ainsi que l’a dit Madeleine Albright.
L’enquête s’oriente dans maintes directions, alors que les doigts de l’accusation sont braqués sur plusieurs terroristes, dans la plus féroce opération terroriste déclenchée par l’Amérique, estimant que l’arrestation des coupables est une victoire à réaliser. Sinon, elle serait classée parmi les Etats fragiles et sous-développés.
Les Etats-Unis se comportent comme le premier Etat du monde, sans faire cas de tout blâme qui lui serait adressé ou de toute prise de position adoptée contre elle. Car sa sécurité est la chose la plus importante. Madeleine Albright a dit: “Bien des offres alléchantes sont proposées à l’Amérique pour l’amener à s’engager dans certaines directions. Mais il importe d’observer jusqu’à quel point les choses ont changé par rapport au passé, c’est-à-dire en l’espace de cinquante ans. Nous savions naguère quel était l’adversaire: l’Union soviétique et le communisme. Nous savions, aussi, comment lui faire face et le confronter. Mais aujourd’hui, nous nous tenons face à une menace totalement changeante.”
Les appellations sont nombreuses, dont “l’Armée islamique pour la libération des lieux saints” groupant des “moujahidine” de tous les Etats islamiques revendiquant les deux attentats. Puis, une organisation créée en 1983, “Al-Moujahidoune” a diffusé un manifeste dans lequel elle déplore la mort des innocents; tout en approuvant ce qui s’est produit.
Sur la foi d’un porte-parole de cette institution, des formations islamiques se regroupent autour d’Oussama Ben Laden, dans le cadre d’un front international ayant décidé en juin dernier, au Pakistan, de frapper les Américains. D’après ce porte-parole, les mouvements égyptiens armés du Jihad et de la “Jamaa islamiya”, les “soldats de Mahomet” (groupe jordanien), les “Ansars” au Cachemire et maintes formations et, parmi elles, “Al-Moujahidoune” devaient tenir, incessamment, une réunion en un endroit non révélé.
Cependant, les dissensions ont émergé autour de l’affaire des explosions, provoquant la mort d’innocents. Aussi, les enquêteurs doivent-ils tenir compte des antagonismes et des divergences existant entre ces groupements, qu’une chose unique rassemble, à savoir; leur hostilité à l’Amérique.
Au Kénya, le président Daniel Arap Moï a affirmé disposer de renseignements graves, sans rien en divulguer, afin de ne pas entraver le cours de l’enquête. Les “partisans de la loi” (Ansar Ach-Charia), organisation fondée à Londres, a publié des manifestes exprimant sa liesse des souffrances ayant affecté les Américains, “ennemis de Dieu”.
On recherche, à présent, une camera ayant enregistré toute l’attaque contre la mission diplomatique US en Tanzanie; elle était fixée à l’entrée de l’ambassade et en bon état. Selon un diplomate américain, cet appareil aurait capté l’attentat du début à la fin.
Quoi qu’il en soit, ce qui s’est passé n’a pas occasionné un sentiment hostile parmi les gens contre l’Amérique, mais a suscité une compassion envers les innocentes victimes de la haine et de la vengeance exécrables.
Il y a eu à Nairobi 257 tués, dont douze ressortissants américains et mille blessés. A Dar es-Salam, on a déploré six tués et le président Clinton a juré de recourir à tout ce qui est possible et impossible pour se venger et châtier les coupables, surtout les instigateurs et ceux qui ont financé cette opération historique pour laquelle toute la technologie moderne a été mobilisée.
Après s’être vengé du terrorisme, le président Clinton et les démocrates se vengeront de Kenneth Starr, “l’enquêteur indépendant”. Et ce, en annulant le poste créé par le Congrès en 1978 après le scandale de “Watergate”, à l’effet de garantir l’indépendance de la magistrature.
Chaque fois que se produit un conflit d’intérêt, ou un heurt entre le ministère de la Justice et un accusé influent, l’enquête est confiée à un juge spécial choisi par un tribunal indépendant formé de trois magis-trats désignés par le président du Conseil supérieur de la magistrature.
En 1992, puis en 1994, le Congrès a reconsidéré la position de l’enquêteur indépendant et les républicains ont refusé de maintenir le poste, réclamant sa suppression. Cependant - imaginez l’ironie du sort - les démocrates s’y sont attachés et ont réclamé son maintien, afin de l’utiliser contre leurs adversaires républicains, habitués à commettre des scandales politico-financiers.
C’est une arme à double tranchant dont les démocrates goûtent, aujourd’hui, le goût amer. L’enquêteur spécial est un train fou que rien ne peut arrêter et dont les pouvoirs n’ont pas de limites, ni temporelles, ni financières. Starr a coûté jusqu’ici à l’Amérique 40 millions de dollars. Il peut aller plus loin et doubler les dépenses à sa guise, le dixième du budget réservé au secteur judiciaire étant affecté à l’action des enquêteurs spéciaux. 
Photo Melhem Karam

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