FEYROUZ A BAALBECK
LE TEMPS, LA MEMOIRE

Peu importe que Feyrouz ait chanté en play-back, qu’elle ait servi d’anciennes chansons de sa voix d’hier et d’aujourd’hui et que son spectacle se traduise en tableaux-rétrospective. Elle demeure “la voix”, dotée d’une force magnétique avec d’immenses ressources émotionnelles.
Il a suffi qu’elle apparaisse, telle une madone, tout de blanc vêtue, au sommet des marches du temple de Jupiter et chante “Baalbeck”, pour que le passé reflue à la surface de la mémoire et restitue des souvenirs impérissables qui ont gardé, un quart de siècle plus tard, leur puissance évocatrice et fait jaillir les larmes.
“Jisr el-Kamar” (1962), c’était hier, de même que “Jibal es-Souan” (1969) et “Natouret el-Mafatih” (1972). Hier aussi en 1973, Feyrouz avait chanté “Kassidet Houb” dans sa dernière apparition à Baalbeck aux côtés de Wadih Safi et Nasri Chamseddine.
Dans la remontée du temps, 1957 est une date-charnière dans la carrière de Feyrouz mariée deux ans plus tôt à Assi Rahbani. Elle chantait, alors, dans le premier festival folklorique de la Citadelle, initié par Zalfa Chamoun, son inoubliable “Loubnan ya akhdar hélou”.
Août 1998, la voici de retour. Des milliers de Libanais ont pris le chemin de Baalbeck, rien que pour l’écouter clamer: “Dites-leur qu’après Dieu, ils adorent le Liban”; que “là nous allons rester” et que “nous construisons avec ceux qui sont restés”.
Les paroles ineffables des Rahbani étoffent un dialogue savoureux qui tient de la poésie et de l’humour, accompagné d’une musique qui se veut du terroir et jaillit de sources diverses.

Ivanka Trump. 
 

SMain levée, le chef de l’Etat salue 
avec Feyrouz les milliers de spectateurs.

Mouvements de scène et présence 
remarquable des acteurs.

Feyrouz portant sur les sommets 
les valeurs quotidiennes de la nation.
Feyrouz a-t-elle changé? Sa voix n’est-elle plus “la voix”? Les chansons qu’ont composées pour elle Mansour, Elias et Ziad Rahbani témoignent en sa faveur. Bien que non chargées de la puissance émotionnelle de ses anciennes chansons, elles sont la preuve que Feyrouz est toujours Feyrouz; que son apparition est toujours un événement et qu’elle reste l’icône qui fait chavirer les foules.
 

Le président Elias Hraoui, transporté d’enthousiasme,
rejoint Feyrouz sur les marches du temple de Jupiter.
 

Feyrouz, telle une icône au sommet d’un temple.
 
Ce soir-là, les ombres de Assi Rahbani, Philémon Wehbé, Nasri Chamsed-dine ont plané, selon un montage vidéo, sur Baalbeck qui ne les a jamais oubliés.
Ce soir-là, Joseph Nassif et Elie Choueiri donnaient la réplique à Feyrouz, tandis qu’Antoine Kerbaje au mieux de sa forme, tenait la vedette à ses côtés.
Une mention spéciale aux mouvements de scène et danses des acteurs dans une chorégraphie rénovée signée Samir Khoury, aux costumes des 80 acteurs-danseurs habillés par Gaby Abi-Rached et dirigés par Elie Yahchouchi. De même aux efforts du metteur en scène italien, Daniele Abbado.
Lors de la première, en fin de spectacle, le président Hraoui, transporté d’en-thousiasme, a gravi les marches du Temple pour féliciter Feyrouz, une légende en soi.
EVELYNE MASSOUD

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