LE PRESIDENT CLINTON DEMANDE AUX AMERICAINS DE TOURNER LA PAGE
CONFESSION DEVANT LA NATION APRES L'EPREUVE DU GRAND JURY

Le président Clinton, lors de son
adresse télévisée à la Nation.
Une affaire de sexe qui prend l’ampleur d’une affaire nationale, la vie privée d’un président étalée au grand jour avec force détails sordides que le plus sadique des investigateurs n’aurait pas ainsi fouillés: l’affaire Clinton-Lewinsky a-t-elle trouvé son épilogue le 17 août après la déposition sous serment, par un circuit-vidéo qui l’a relié depuis la salle des Cartes à la Maison-Blanche aux 23 jurés (la plupart des femmes noires d’un certain âge) retranchés à un kilomètre de là au second étage du tribunal fédéral?
Le 21 janvier dernier, début du feuilleton Bill et Monica, le président américain avait catégoriquement affirmé: “Je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec Monica Lewinsky. Je n’ai pas eu de liaison avec elle”. Mais 80 dépositions de témoins, l’accumulation de preuves, le témoignage de Monica Lewinsky, la pression de l’opinion publique qui lui est toujours favorable et celle de son entourage l’ont, enfin, incité à adopter une nouvelle stratégie basée sur une subtile sémantique. Il y eut une relation “inconvenante” qui pouvait n’être point sexuelle dans le sens exact du terme.
Avec ses conseillers, entouré de ses avocats personnels David Kendall et Nicole Seligman et de l’avocat de la Maison-Blanche Charles Ruff,  qui l’ont accompagné lors de sa déposition, il a minutieusement préparé ses aveux. La veille, il était allé suivre l’office religieux dans l’église méthodiste de Washington et, le soir même, il avait prié en compagnie du révérend Jesse Jackson. Car Clinton, en dépit de sa réputation d’homme volage, est un homme qui croit aux vertus de la prière.
 

Bill et Hillary (sortie renforcée de l’épreuve)  
quittent l’église méthodiste de Washington, 
après y avoir suivi l’office religieux.
 
Le procureur indépendant Kenneth Starr,  
quittant la Maison-Blanche. 
 
PLUS DE CINQ HEURES, UNE LONGUE DÉPOSITION
C’est à partir de la Maison-Blanche à 12h 59, heure locale que le président Clinton a commencé sa déposition, moment pénible et humiliant, le plus dur de sa carrière, étalant devant les 23 jurés les détails les plus intimes de sa vie sexuelle. Jamais président américain n’avait témoigné comme suspect dans une enquête criminelle. Et c’est sur le terrain où il était le plus vulnérable que ses détracteurs l’ont entraîné: ses frasques conjugales. Puis, peut-être, comme l’a indiqué Hillary, son épouse, il s’agit d’un “vaste complot de la droite. Le procureur Starr est politiquement motivé... Après avoir passé quatre ans à contrôler chacun de nos coups de fil, à éplucher tous les chèques que nous avions signés, à intimider les témoins par dizaines, il ne peut pas avoir remué tant de boue pour rien.”
C’est ce même Kenneth Starr, assisté de plusieurs adjoints, qui dirigera l’interrogatoire, à partir de la Maison-Blanche, suivi à distance, minute par minute, sur toutes les chaînes américaines, ainsi que par une armada de journalistes et de caméras assiégeant autant la Maison-Blanche que le tribunal fédéral. La curiosité des médias n’étant pas également partagée par les Américains, dont 26%, selon le centre d’études Pew ne sont pas intéressés par l’affaire, désireux dans leur immense majorité d’en finir, sans pour autant y sacrifier leur président qui leur a apporté, avec la prospérité économique, un nombre croissant d’emplois.
 

BAvant sa déposition, Clinton entouré du chef 
du Staff de la Maison-Blanche, Erskine Bowls (à gauche)  
et du conseiller à la Sécurité nationale, Sandy Berger. 
 
 
Journalistes admis à la Maison-Blanche  
dans le Briefing Room, avant la déposition présidentielle. 
 
 
“EN FAIT, C’ÉTAIT UNE ERREUR, UNE TRÈS GRAVE ERREUR”
A la fin de la déposition présidentielle, le rideau n’était pas pour autant tombé. A 22 heures locales (5 heures du matin à Beyrouth), Clinton s’adressait aux Américains dans une allocution télévisée. Il passait aux aveux et répondait, ainsi, à leur attente. Ils souhaitaient qu’il leur dise la vérité pour que le chapitre du feuilleton soit enfin clos. Cet état d’esprit, le “New York Times” le reflétait le matin même: “Les sentiments les plus souvent répandus au-delà des milieux politiques sont la tristesse, la déception et la colère que l’on soit tombé si bas.”
“En effet, a confessé le président, j’ai eu une relation avec Mlle Lewinsky qui n’était pas convenable. En fait, c’était une erreur. Cela constitue une très grave erreur de jugement et un manquement personnel de ma part, dont je suis le seul et l’entier responsable. Mais j’ai dit au grand jury et je vous le dis dès ce soir, je n’ai jamais demandé à qui que ce soit de mentir, de cacher ou de détruire des preuves ou de commettre un acte illégal. Je le regrette profondément.”
En revanche, le président a réclamé son droit à une vie privée, à “une vie familiale normale qui ne regarde que ma femme, ma fille et notre Dieu. (Car) même les présidents ont leur vie propre” (...). Et nous devons passer à la vie nationale où nous avons des problèmes à résoudre. Je vous demande de tourner la page et nous devons nous préparer à tous les défis.”
Le président a, enfin, critiqué l’enquête du procureur Starr qui a été trop longue et a beaucoup coûté à la nation. Aussitôt, il s’est préparé à partir en vacances avec sa famille pour deux semaines dans le Massachusetts, laissant plutôt une opinion favorable derrière lui.
Le premier à réagir, le vice-président Al-Gore qui avait gardé un profil bas ces derniers temps, s’est dit fier du président. Dans l’ensemble, les Américains sont désireux de tourner la page. Mais reste la grande inconnue: Kenneth Starr, résolu à poursuivre l’enquête qui embarrasse autant les républicains que les démocrates. Pour eux, l’échéance des élections de mi-mandat de novembre passe avant les histoires de sexe. Lequel d’entre eux finalement serait sans tâche?
Prières d’une religieuse devant la Maison-Blanche
pendant le témoignage de Bill Clinton.
L’ENQUÊTE SUR LE DOUBLE ATTENTAT SE POURSUIT
Pendant ce temps, aucune relâche au niveau de l’enquête sur le double attentat contre les ambassades US à Nairobi et Dar es-Salam. Par mesure de sécurité, les Etats-Unis ont fermé leurs ambassades dans les pays à hauts risques et décrété l’alerte dans toutes les autres, renforçant leur système de sécurité.
La piste Oussama ben Laden est sérieusement retenue. C’est sur ses traces que se sont lancés les enquêteurs qui ont arrêté un suspect au Pakistan, lequel a reconnu en cet islamiste séoudien déchu de sa nationalité et réfugié en Afghanistan, le commanditaire de l’attentat pour se rétracter par la suite.
Les débris de la camionnette piégée ont été retrouvés. Madeleine Albright s’est envolée à Nairobi et Dar es-Salam pour réconforter les blessés et neutraliser le sentiment d’animosité, voire d’hostilité, des habitants, sacrifiés gratuitement à la cause américaine. Ici aussi, Albright est venue tourner la page.
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